A Paris, un rucher solidaire pour apaiser les souffrances des migrants

Paris Juin 2020 - ”Société centrale d’apiculture SIMONE PEROLARI POUR « LE MONDE »
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Publié aujourd’hui à 00h29, mis à jour à 11h57

C’est un jardin paisible, isolé des bruits de la capitale, avec de grands arbres et une pelouse magnifique. Un hectare entier de verdure que ceignent les hauts bâtiments des Missions étrangères de Paris (MEP) où sont formés les missionnaires envoyés en Asie par l’Eglise catholique. Sous les tilleuls s’alignent cinq ruches peintes de couleurs vives reproduisant sur chaque face le drapeau d’un pays africain, de la Côte d’Ivoire au Sierra Leone en passant par le Cameroun, le Mali ou la République démocratique du Congo. Silencieux, le pas lent, deux hommes et trois femmes en tenue d’apiculteur s’en approchent.

Pour ces cinq réfugiés, cette journée est spéciale : le moment est venu d’installer une nouvelle ruche, un modèle traditionnel africain en paille du Burkina Faso, à structure horizontale, offerte par un apiculteur.

Annette, 31 ans, originaire de Côte d’Ivoire, a hâte que les opérations commencent. « Ça me passionne de regarder et de comprendre comment cela se passe dans une ruche, jamais je n’avais vu ce spectacle, s’émerveille cette jeune femme albinos, chassée de son pays en raison de la couleur de sa peau dépigmentée. Je dois dire, aussi, que je ne suis pas mécontente de voir que c’est une reine qui dirige l’essaim », ajoute-t-elle en éclatant de rire. Les ruches n’ont pas seulement été peintes et décorées ; leurs reines ont hérité d’un nom, par exemple « Saba » ou « Bibi », surnom de Bintou, l’une des Maliennes du groupe.

Exilés africains en danger de mort

Depuis 2019, le Rucher solidaire des migrants et exilés installé aux MEP par Médecins du monde (MDM) et la Société centrale d’apiculture (SCA), vénérable institution fondée en 1855, accueille des réfugiés par groupes d’une demi-douzaine. Le plus souvent sans papiers, ils viennent d’Afrique francophone ou anglophone, faute de pouvoir disposer de traducteurs qui permettraient d’accueillir des Afghans, des Somaliens ou des Tchétchènes.

Représentants de minorités sexuelles ou ethniques, femmes maltraitées ou promises à la prostitution, tous ont fui leur pays. « Il ne s’agit pas de réfugiés économiques, confirme le docteur Rémi Brouard, bénévole à MDM. Enfermés dans des camps, entassés sur des embarcations de fortune pour traverser la Méditerranée, ils sont en danger de mort chez eux. »

Les psychiatres de l’organisation humanitaire les adressent au Rucher solidaire, la plupart du temps dans le cadre du traitement d’un syndrome post-traumatique. Conditions requises : « Ne pas être allergique et ne pas avoir trop peur des abeilles. » Les stagiaires s’engagent à venir une fois par semaine et à être ponctuels.

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