Après les contaminations à Pékin, faut-il craindre une seconde vague en France?

La situation en Chine, où Pékin a dû fermer écoles et lieux culturels en raison de l’apparition de nouveaux cas de coronavirus, relance la question d’une possible nouvelle vague de l’épidémie. En France, les experts estiment qu’il est trop incertain d’envisager un retour des cas.

Ecoles fermées, suspension du retour des étudiants dans les universités, lieux, sites culturels et sportifs inaccessibles au public, vols suspendus, une trentaine de zones résidentielles en quarantaine… La ville de Pékin reprend le chemin du confinement après l’apparition de 158 cas de coronavirus en une semaine. L’origine de ce nouveau foyer semble être le marché de gros de Xinfadi, principal lieu d’approvisionnement en fruits et légumes de la capitale chinoise. 

Cette situation à Pékin, qui n’avait pas connu de nouvelles contaminations depuis deux mois et la reprise d’une vie quasi normale, ravive évidemment la crainte d’une seconde vague tandis que la majorité des pays européens s’est déconfinée et a ou va rouvrir ses frontières. En France, le conseil scientifique a déjà exclu un reconfinement généralisé même en cas d’un rebond du nombre de cas, un prix trop lourd à payer.

“Pas de vague”

En France, cinq semaines après le déconfinement, “le virus continue à circuler, sur l’ensemble du territoire national, la prudence doit demeurer afin d’éviter tout rebond épidémique et de limiter le risque de cas groupés” recommande le ministère de la Santé. 239 cas groupés ont été recensés depuis le 9 mai, mais aucun de ces clusters ne témoigne “à ce jour d’une transmission communautaire non contrôlée”. Selon les derniers chiffres, en 24 heures, le pays a enregistré 28 décès supplémentaires.

Preuve d’un reflux de l’épidémie, SOS Médecins a réalisé mercredi 120 consultations pour suspicion de coronavirus , soit 2% de son activité. Idem du côté des urgences, où les passages en lien avec la maladie représentaient 0,5% de la totalité des passages. 

“La seconde vague pour maintenant et à la levée du confinement cet été, il est clair qu’il n’y en a pas, tranche Yonathan Freund, médecin aux urgences de l’hôpital La Pitié-Salpêtrière. Il n’y en aura pas dans les prochaines semaines, les prochains mois. Il y a encore une circulation du virus, il y aura toujours des cas, ça va traîner pendant un moment mais pas de vague.”

Un virus saisonnier?

L’une des grandes interrogations de ce virus reste celle portant sur la saisonnalité ou non de l’épidémie. L’Académie nationale de médecine a émis un avis le 25 mai dernier à ce sujet expliquant que des travaux en laboratoire avaient montré que la hausse des températures et du niveau d’humidité faisait baisser le nombre d’infections. “L’importance de cette corrélation a pu être quantifiée, une augmentation de 1 degré de température étant associée à une diminution de 3,1 % des nouveaux cas et de 1,2 % des décès”, écrit l’académie. Des résultats qui ont donné lieu à des travaux de terrain en comparant les données issues des zones intertropicales avec celles des pays européens, confirmant un “effet réducteur” sur la transmission du virus.

Dans ce débat de spécialistes, le professeur Didier Raoult a lui aussi pris la parole sur ce sujet et estime qu’il faut regarder de l’autre côté de l’hémisphère, et notamment la Nouvelle-Zélande, pour savoir si l’épidémie va reprendre. “Le pays est dans l’hémisphère sud, il a des conditions climatiques proches de celles de la France, rappelle le professeur marseillais dans sa dernière vidéo publiée sur les réseaux sociaux. S’il y a une épidémie en Nouvelle-Zélande, cet été, on peut redouter qui ait le même type d’épidémie l’hiver prochain en France. C’est le cas pour la plupart des infections respiratoires”.

L’exemple néo-zélandais à observer

Pour d’autres médecins, l’avenir est beaucoup moins certain. “Quand l’hiver arrivera, s’il y a une saisonnalité liée au coronavirus en général il est possible qu’on ait une deuxième vague aussi importante que la première à l’hiver prochain, mais tout ça est hypothétique”, estime pour sa part Olivier Bouchaud, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital Avicenne à Bobigny. “Personne ne peut dire quoi que se soit, abonde François Bricaire, infectiologue et membre de l’Académie nationale de médecine. Que l’on croie à une deuxième vague ou que l’on n’y croie pas, personne ne peut le démontrer aujourd’hui.” 

“Notre connaissance du SARS-CoV-2 reste pour le moment encore trop parcellaire pour se prononcer avec certitude sur sa saisonnalité, mais tous les travaux rappellent l’importance des mesures de prévention”, écrit de son côté
l’Inserm, l’institut national de la santé et de la recherche médicale.

Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies est beaucoup moins optimiste estimant que l’Europe doit se préparer à une deuxième vague. La question n’est pas de savoir s’il y aura une nouvelle vague de contaminations, mais “quand et de quelle ampleur”, a affirmé Andrea Ammon dans un entretien au quotidien britannique The Guardian

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