Athlétisme : au procès de Lamine Diack, les trous de mémoire et l’absence du fils

L’exercice, délicat, ressemble à un spectacle d’équilibriste jonglant avec les paradoxes. Durant la première semaine de son procès, Lamine Diack répétait avoir accepté de retarder la révélation de cas de dopage russes dans l’unique but de préserver la signature de contrats de sponsoring et donc la « santé financière » de la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) qu’il dirigea de 1999 à 2015. Mais lundi 15 juin, l’ancien dirigeant a tenté de convaincre les juges de la 32e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris qu’il n’était pas vraiment au fait des histoires de gros sous de l’institution.

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Le Sénégalais de 87 ans a-t-il permis à son fils, Papa Massata Diack, ancien consultant marketing de l’IAAF, de détourner plusieurs millions d’euros en marge de contrats de sponsoring, comme le soupçonne la justice française ? Le fils en question, personnage central de l’enquête judiciaire, est resté à Dakar, malgré le mandat d’arrêt à son encontre. Lamine Diack, lui, comparaît pour « abus de confiance », en plus des charges de corruption et de blanchiment aggravé qui pèsent sur lui.

A l’audience, pour le père, ce fils apparaît tour à tour comme une bouée et un boulet. Lamine Diack vante les mérites de Papa Massata, capable de ramener de nouveaux sponsors chinois, indien, russe ou coréen, et les millions d’euros qui vont avec. Un talent généreusement récompensé : les émoluments du consultant marketing n’ont cessé de croître, de 900 à 1 200 dollars par jour, et des primes se chiffrant en centaines de milliers d’euros ont été créées. De 2012 à 2015, note le tribunal, Papa Massata Diack a facturé 2 millions d’euros à l’IAAF pour ses services. Mais le consultant marketing se faisait aussi payer par d’autres partenaires de l’IAAF. « Cela ne vous dérangeait pas que votre fils soit payé par l’IAAF et touche de l’argent des sponsors ? », s’interroge la présidente.

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L’ex-président de la fédération internationale assure ne pas avoir été au courant des détails des contrats signés, ni des multiples jeux de rétrocession entre les différentes sociétés de son fils, permettant le versement de nombreuses commissions. Il dit avoir appris au cours de l’enquête judiciaire que Papa Massata Diack avait acheté 19 millions d’euros des droits de sponsoring, avant de les revendre 10 millions d’euros plus cher à la banque russe VTB, effectuant ainsi un gain substantiel. Son fils, assure-t-il, ne le tenait pas directement informé de ce genre de transaction. Mais les courriels entre le président et le consultant marketing irriguent le dossier d’instruction, et montrent que le père était souvent tenu directement au courant des manœuvres du fils.

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