Au Mali, le pouvoir en quête de décrispation libère les leaders de la contestation

Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta à Nouakchott, lors du sommet du G5 Sahel, le 30 juin 2020.

Les autorités maliennes ont relâché lundi 13 juillet les leaders de la contestation qui réclame un changement de pouvoir, dans un apparent geste d’apaisement après les troubles sanglants qui ont agité la capitale Bamako en fin de semaine passée.

Des tirs nourris ont encore été entendus lundi dans le quartier de Badalabougou, fief de la grande figure de la contestation, l’imam Mahmoud Dicko, et principal foyer de tensions. Des accrochages épars ont opposé des hommes lançant des pierres et des forces de sécurité ripostant à coups de gaz lacrymogène dans des rues encore jonchées de projectiles. Mais sans commune mesure avec les confrontations des jours précédents.

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La capitale, préservée en temps normal des violences djihadistes et intercommunautaires qui endeuillent le nord et le centre du pays, a été la proie vendredi, samedi et une partie de dimanche de troubles civils les plus graves depuis des années. Au moins onze civils ont été tués et des dizaines d’autres blessés, selon les urgences hospitalières. Le premier ministre Boubou Cissé a diligenté une enquête « pour situer les responsabilités et évaluer l’étendue des dégâts », ont dit ses services.

La situation demeure volatile et la communauté internationale, inquiète, a appelé à la retenue de toutes parts. A l’adresse directe du pouvoir contesté du président Ibrahim Boubacar Keïta, elle a condamné le recours à la force létale par ses services de sécurité et demandé la libération des leaders de la contestation arrêtés depuis vendredi.

Coalition hétéroclite

Il s’agissait de tenter de recréer les conditions d’un dialogue rompu, ont dit l’Union africaine (UA), la Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), l’ONU et l’Union européenne (UE) au Mali dans un communiqué.

Les avocats des opposants ont annoncé leur libération lundi. « Mes trois clients Choguel Maïga, Kaou Djim et l’imam [Oumarou] Diarra viennent d’être libérés. D’autres ont été libérés hier soir déjà, de manière désordonnée », a dit l’un d’eux, MAlifa Habib Koné, à l’AFP.

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L’avocat chiffrait dimanche à une vingtaine le nombre d’opposants arrêtés, dont plusieurs leaders du mouvement dit du 5 juin, collectif hétérogène qui s’est agrégé contre le pouvoir autour de l’imam Dicko, personnalité religieuse très écoutée, devenu ces dernières années un farouche adversaire du pouvoir, mais aussi interlocuteur incontournable.

L’imam avait appelé au calme dimanche. Ses partisans, craignant qu’il ne soit arrêté à son tour, avaient transformé en camp retranché le quartier de Badalabougou et les alentours de la mosquée où il prêche. Les affrontements avec les forces de sécurité avaient donné lieu samedi à des scènes de guerre.

« Désobéissance civile »

Lundi, malgré la persistance d’escarmouches, des dizaines de policiers et d’éléments de la garde nationale semblaient chargés d’une reprise en main. « Nous sommes là avec les consignes strictes : dégager les voies et permettre aux Maliens de vaquer à leurs occupations », a dit un responsable policier tenu à l’anonymat, le casque sur la tête à l’entrée d’un des ponts donnant accès au quartier. Toutes les banques sont restées fermées à Bamako et les administrations ont tourné au ralenti.

La pression reste forte sur M. Keïta, qui focalise la colère et dont la contestation réclame le départ. Le Mouvement du 5 juin, coalition hétéroclite de leaders religieux, de personnalités du monde politique et de la société civile, a fait descendre des milliers de Bamakois dans la rue à trois reprises depuis juin. Frustré de ne pas voir ses exigences satisfaites par le pouvoir, il est entré vendredi en « désobéissance civile ».

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Le mouvement canalise une multitude de mécontentements dans l’un des pays les plus pauvres du monde : contre la dégradation sécuritaire et l’incapacité à y faire face, le marasme économique, la défaillance de l’Etat ou le discrédit répandu d’institutions suspectes de corruption.

Les exigences radicales de cette contestation placent le chef de l’Etat dans une situation très compliquée : dissolution du Parlement, démission des juges de la Cour constitutionnelle, formation d’un gouvernement dont elle nommerait le premier ministre et, au bout du compte, départ du président. Aucune des ouvertures de M. Keïta n’a jusqu’alors fait retomber la fièvre, au contraire.

L’escalade récente alarme les alliés et les voisins du Mali, inquiets d’un élément déstabilisateur de plus dans un pays confronté au djihadisme et à une série de défis majeurs, dans une région elle-même tourmentée. Le Quai d’Orsay a « condamné les violences » et appelé les parties « à privilégier de toute urgence le dialogue ».

Le Monde avec AFP

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