Au Sahara Occidental, «Il n’y a pas un véritable message clair de soutien» du Conseil de sécurité

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Le renouvellement du mandat de la MINURSO, la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental, est l’un des sujets de tractations et de désaccords en ce moment au sein du Conseil de sécurité de l’ONU, un an après la fin d’un cessez-le-feu vieux de trois décennies entre le Maroc et les indépendantistes du front Polisario, et sur fond de tensions accrues entre Rabat et Alger. Ce renouvellement n’a pas encore été voté. Le nouvel émissaire onusien Staffan de Mistura doit lui prendre ses fonctions lundi. Riccardo Fabiani, directeur de programme Afrique du Nord à International Crisis Group (ICG) est notre invité.

RFI : Le Conseil de sécurité des Nations unies doit renouveler, d’ici dimanche soir, le mandat de la Minurso. Le vote prévu mercredi 27 octobre a été repoussé à ce vendredi. Pourquoi ce blocage au niveau du Conseil ?

Riccardo Fabiani : Ce blocage est dû à un désaccord entre, surtout, les États-Unis, d’un côté, qui sont les principaux rédacteurs de la résolution pour le renouvellement de la mission de la Minurso et de l’autre côté, la Russie, qui est aussi soutenue par le Kenya. Donc la division entre ces deux groupes est plutôt liée au langage qui devrait être utilisé. Les États-Unis voudraient garder le même niveau d’intérêt du Conseil de sécurité avec une réunion par an. De l’autre côté, la Russie et les pays africains voudraient voir des discussions plus fréquentes.

Et la deuxième question, c’est la question liée à un paragraphe spécifique de la résolution qui parle de la nécessité de trouver un compromis réaliste. Et cette référence au réalisme est plutôt une espèce d’acception implicite de la position marocaine. Là, la Russie et les pays africains voudraient intégrer une référence au droit et à l’autodétermination du peuple sahraoui, donc plutôt une référence à la position du Polisario. Probablement, on va avoir une abstention de la part de la Russie et du Kenya et peut-être de quelques autres pays africains.

Et c’est dans ce contexte que Staffan de Mistura doit prendre, ce lundi, ses fonctions d’Envoyé personnel d’António Guterres. Est-ce qu’il a une chance de réussir là où ses prédécesseurs se sont cassé les dents ?

C’est bien évidemment très difficile. Et surtout ce qui est vraiment préoccupant, c’est qu’il n’y a pas un véritable message de soutien ouvert et clair de la part du Conseil de sécurité, derrière l’Envoyé. Le fait qu’il y ait des divisions est déjà un mauvais signal, parce que c’est une façon de montrer au Maroc et au Polisario qu’il n’y pas a un consensus au sein de la Communauté internationale et que l’envoyé est faible.

Rétablir le cessez-le-feu est impossible dans les conditions actuelles

Il a quand même fallu deux ans pour parvenir à sa nomination, après le départ de Horst Köhler. Rien que cela illustre à quel point sa tâche est ardue !

Tout à fait. En fait on a déjà vu pendant la dernière saison, que le Maroc et le Polisario n’arrivaient pas à s’entendre sur la nomination d’un nouvel envoyé. Et surtout, il y a eu des initiatives des deux côtés qui ont montré, pendant les deux dernières années, qu’il n’y avait plus d’intérêt à s’engager au niveau diplomatique. On a vu le Maroc pousser plusieurs gouvernements africains et moyen-orientaux à ouvrir des consulats et bien évidemment pousser le gouvernement des États-Unis à reconnaître sa souveraineté au Sahara occidental. On a vu le Polisario qui a préféré se retirer du cessez-le-feu. On a vu des mesures initiatives bilatérales, qui montrent très bien comment la distance qui sépare le Maroc et le Polisario a augmenté pendant ces deux dernières années.

Son objectif prioritaire doit être le retour au cessez-le-feu qui a pris fin en 2020 ?

Rétablir le cessez-le-feu est impossible dans les conditions actuelles, parce que le Maroc est présent militairement dans la zone qui sépare le Maroc et le Polisario, qui est censée être contrôlée et vérifiée par l’ONU. Et donc la présence du Maroc dans cette zone tampon est une violation du cessez-le-feu. Et de l’autre côté, le Polisario n’a pas d’intérêt à rétablir le cessez-le-feu. Pour eux, d’abord, il s’agit de recommencer à discuter de la question du Sahara occidental au niveau international.

Ce retour à la guerre, pour le Polisario, est une façon de défendre sa légitimité

Pendant les derniers dix à quinze ans, il y a eu un black-out. Les médias internationaux et les puissances étrangères avaient presque arrêté d’en parler. C’était une guerre qui était suspendue et qui ne posait pas de problèmes ou de risques. Deuxièmement, il y a la question de la jeunesse et de la légitimité. La popularité du Front Polisario pendant toutes ces années a été sous la pression, surtout de la jeunesse sahraouie, qui est devenue plutôt sceptique. C’est une jeunesse qui s’est éloignée de la diplomatie, de la possibilité même théorique, d’arriver à un compromis. Ce retour à la guerre, pour le Polisario, est une façon de défendre sa légitimité, sa popularité, dans les camps.

Vous avez récemment publié une note avec International Crisis Group, dans laquelle vous vous inquiétez d’une escalade possible de ce conflit, pour l’instant de basse intensité. Pourquoi cette inquiétude ?

Cette possibilité est surtout maintenant liée à la question des tensions qui continuent de monter entre l’Algérie et le Maroc. On a vu, pendant les derniers mois, que l’Algérie a pris une position de plus en plus « agressive ». Tout cela semble indiquer que la question du Sahara occidental pourrait devenir un espace où les deux pays pourraient arriver à un conflit ouvert le long de la frontière marocaine et algérienne.

►À écouter aussi : Décryptage – Retour de reportage Sahara occidental avec François Mazet

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