Au Sahel, une coalition « citoyenne » pour porter la voix de la société civile

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Des jeunes femmes attendent de l’aide dans un village de la région de Dablo, au Burkina Faso, en mars 2019.

Une énième coalition pour le Sahel ? Oui, mais « citoyenne » cette fois. Une vingtaine d’organisations sahéliennes de la société civile ont décidé de s’associer pour faire entendre leur voix, dans une région où la guerre menée contre le terrorisme montre ses limites.

« Dans les villages, loin des bureaux, les populations vivent toujours dans la peur. On nous annonce la neutralisation de groupes, mais la situation continue de se détériorer », alerte Drissa Traoré, le coordinateur de l’Association malienne des droits de l’homme (AMDH) et l’un des porte-parole de cette Coalition citoyenne pour le Sahel, lancée jeudi 16 juillet.

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Malgré les discours officiels tels que ceux tenus à l’occasion du dernier sommet du G5 Sahel, le 30 juin en Mauritanie, se félicitant de la « mobilisation des armées sahéliennes » ou des « gains territoriaux » face aux groupes djihadistes, la situation sécuritaire demeure dramatique. Et le bilan macabre s’alourdit de jour en jour, avec près de 17 000 morts déjà recensés au Sahel depuis l’éclatement de la crise au Mali en 2012, selon l’ONG Armed Conflict Location and Event Data Project.

Les civils sont les premiers à succomber à ces violences. Des exactions commises par une grande diversité d’acteurs : groupes terroristes, milices d’autodéfense, mais aussi forces de sécurité gouvernementales. Au Burkina Faso, au Mali et au Niger, le nombre de victimes civiles a ainsi été multiplié par cinq depuis 2016, avec plus de 4 000 morts enregistrés en 2019, selon l’ONU. Plus d’un million de personnes ont été forcées de fuir leur foyer.

Un cercle vicieux

Pour la coalition citoyenne, il y a urgence à « mettre la protection des civils et la sécurité humaine au cœur de la réponse au Sahel ». Sur le terrain, les allégations d’exécutions sommaires se multiplient contre les armées sahéliennes. Un cercle vicieux, estime la coalition.

« Dans certaines localités les populations craignent plus l’intervention des forces nationales que les terroristes. Les exactions poussent certains à s’enrôler pour se protéger ou se venger », regrette Daouda Diallo, du Collectif contre l’impunité et la stigmatisation des communautés, au Burkina Faso.

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« Aucune attaque commise contre la population civile ne doit rester impunie », insiste la coalition dans son manifeste publié jeudi. Car l’absence de sanctions fortes contre les auteurs de massacres alimente l’engrenage des représailles entre communautés, comme on l’a vu à Yirgou au Burkina Faso et à Ogossagou au Mali, où des tueries ont été perpétrées en 2019 et 2020. Ainsi, dans certaines localités, « les populations font plus confiance à la justice des djihadistes qu’à celle de l’Etat », pointe Drissa Traoré.

Cette initiative citoyenne est née du constat des « insuffisances » de la nouvelle « coalition internationale pour le Sahel » formée après le sommet de Pau, en janvier, et réunissant les pays du G5 Sahel, l’Union européenne et des institutions internationales.

Un « rôle de veille »

« La lutte antiterroriste ne peut être l’unique réponse, il faut une approche plus locale pour s’attaquer aux causes profondes de la crise », insiste Niagalé Bagayoko, présidente d’Africa Security Sector Network, un groupe de réflexion basé à Accra, au Ghana.

Il s’agit de faire valoir « l’expertise » de la société civile, en fédérant des acteurs, parfois isolés sur le terrain. « Il ne s’agit plus de multiplier les réunions d’experts et les promesses, j’ai espoir que nous puissions faire bouger les lignes » plaide Victor Ouédraogo, un prêtre catholique à Ouahigouya, au nord du Burkina Faso, directeur du Centre diocésain de communication.

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Pas question de créer une « nouvelle coquille vide ». La coalition entend jouer un « rôle de veille », en suivant les avancées sur le terrain, par exemple grâce à une nouvelle grille de « critères » à définir. « Pourquoi ne pas évaluer les résultats, en comptabilisant l’effectif des forces de sécurité qui ont pu reprendre pied dans les villages, plutôt qu’en comptant le nombre deterroristes neutralisés” ? », propose la politologue Niagalé Bagayoko.

La coalition, qui compte publier un premier rapport à l’automne, souhaite engager le dialogue avec « toutes les parties du conflit », des dirigeants politiques aux populations affectées, en passant par les acteurs communautaires et les forces de sécurité locales.

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