Au Sénégal, la pandémie causée par le coronavirus a entraîné un manque de sang fatal à l’hôpital

A l’entrée du centre hospitalier universitaire de Fann, à Dakar, le 2 mars 2020.

Toujours au premier plan. Au front. Alors que la pandémie de coronavirus ne fléchit pas dans le pays, voilà que le personnel hospitalier est appelé à donner son sang. Pour parer à une grave pénurie, l’association des femmes médecins du Sénégal, mais aussi les différentes équipes hospitalières ont été sollicitées, raconte la professeure Marie Edouard Faye, gynécologue à la clinique gynécologique et obstétricale de l’hôpital Aristide Le Dentec, en centre-ville de Dakar.

Si le corps médical est sollicité, les familles des malades le sont aussi. En vain, parfois, comme le regrette le gynécologue obstétricien Abdoul Aziz Diouf, praticien au centre hospitalier de Pikine, en banlieue dakaroise. « Avec les difficultés de transport et les risques de contamination, il reste difficile pour les familles de se rendre à Dakar où se trouve le Centre national de transfusion sanguine [CNTS] », regrette le médecin qui préconise alors la décentralisation de la collecte.

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Pour lui, comme pour nombre de praticiens, il y a urgence. Selon une étude réalisée par son équipe entre 2017 et 2019, 58 % de la mortalité maternelle dans son service seraient liées à une hémorragie qui n’a pu être contrée par une transfusion de sang. « C’est dommage quand on sait que, derrière chaque malade, il y a toute une famille mobilisée. Des dons de l’entourage permettraient non seulement de sauver les patientes mais aussi d’avoir des stocks », renchérit le docteur Diouf qui, fin mai, a perdu une patiente par manque de sang.

Chute de 60 % des collectes mobiles

Au Sénégal, l’heure est grave. « Nous avons enregistré une baisse de 26 % des dons depuis le début de l’année, notamment entre février et avril », déplore le directeur du CNTS, Saliou Diop. Depuis l’apparition des premiers cas de Covid 19 en mars, la peur a gagné la population sénégalaise qui s’est en partie autoconfinée.

Et la restriction des transports ajoutée à la fermeture des écoles qui comptent de nombreux donneurs parmi leurs étudiants ont lourdement impacté les stocks. D’autant plus que l’interdiction de rassemblements décrétée le 13 mars a en plus engendré une chute de 60 % des collectes mobiles organisées par le Centre national de transfusion sanguine.

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Aujourd’hui, l’urgence devient vitale dans les structures hospitalières. « La morbidité s’est accentuée lors de cette crise durant laquelle nous avons perdu une patiente atteinte de cancer et en besoin de transfusion sanguine », se désole Marie Edouard Faye, gynécologue à la clinique gynécologique et obstétricale de l’hôpital Aristide Le Dentec, dans le centre de Dakar.

Des collectes en berne pendant le ramadan

Si, en néphrologie, aucun décès n’est à déplorer, plusieurs hémodialyses ont été reprogrammées. Selon le professeur Fary Ka, chef de ce service, « près de huit demandes sur dix de transfusion sanguine ont été non satisfaites » ces dernières semaines. Les malades ont aussi vu leurs frais augmenter, puisque la durée d’hospitalisation a souvent dû être prolongée de ce fait.

Au CHU de Fann, à Dakar, la situation n’est pas meilleure et une vingtaine d’interventions chirurgicales ont même dû être reportées en neurologie. « On a différé les opérations qui pouvaient l’être, quand l’anévrisme ou la tumeur cérébrale était stabilisé par exemple, confie le neurochirurgien Cheikh Ndiaye Sy. Sans visibilité sur les stocks, on procède au jour le jour car nos poches de sang ont été réduites de deux tiers au cours de ce trimestre. »

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En effet, en 2019, alors que quelque 160 000 poches sont nécessaires, seules 100 000 dons ont été collectés. « Selon les normes de l’organisation mondiale de la santé, il faut dix dons pour mille habitants. Or, nous en n’avons que 6,5 au Sénégal contre 32 pour mille en France par exemple », analyse le directeur du CNTS qui relativise malgré tout puisque la moyenne africaine est de 4,3 pour mille habitants.

Et si l’année 2020 a débuté au ralenti, une embellie se profile depuis la fin du ramadan traditionnellement marqué par des collectes en berne. Sans doute le fruit du déconfinement entamé et de la campagne de sensibilisation active du CNTS sur les réseaux sociaux.

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