Avec le professeur Jean Kabuta, chacun cherche sa voie /voix de Bruxelles à Kinshasa

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Une exposition met en lumière l’art du Kasàlà, l’importance du lien à la lignée, au souffle, au nom. Avec Jean Kabuta, Agnès Lalau et Mega Mingiedi à voir à la Cinematek en prélude à une rencontre organisée ce jeudi à 19h (extrait vidéo)

En quittant la salle Ledoux de la Cinematek, le spectateur traverse le salon Europa où trois artistes prolongent l’exploration des liens entre Belgique et Congo* à travers une réflexion sur le souffle de vie inspirée du poème du Congolais Sony Labou Tansi.

L’Acte de respirer est le titre d’une série de 7 courts poèmes écrits en 1976 par Labou Tansi. Des poèmes auxquels le parcours du professeur Jean Kabuta semble intimement lié puisque le Kasàlà, qu’il pratique, interroge lui aussi les origines des êtres et le souffle de vie. Ce souffle, à la fois « force instinctive et répétitive », est aussi outil de résistance politique lorsque « le droit de respirer devient un enjeu de lutte », rappelle la première installation vidéo de la salle.

Dis-moi ton nom, parle-moi de tes ancêtres

On y voit le professeur Jean Kabuta expliquer qu’à travers son initiation au Kasàlà, il a découvert une autre façon de respirer. « Le Kasàlà contemporain renforce les liens, relie les générations, relie la personne à sa communauté, à son histoire et à sa terre (…) Et répond en cela à sa devise : de la poésie à l’action. » En replaçant l’individu au coeur de sa lignée familiale, on lui permet de tracer son destin. Sachant mieux d’où il vient, il est en mesure de décider où il va…

C’est cet art oral, rendu populaire à travers la figure du griot, que le professeur Kabuta enseigne aujourd’hui, après des années consacrées à la linguistique et aux littératures africaines au sein de l’Université de Gand. Le Kasàlà ne concerne pas seulement les grands de ce monde, mais aussi tout être humain. Il permet de décliner les qualités non seulement de ses père et mère, mais aussi de ses plus lointains ancêtres afin de retracer le chemin de filiation à travers les générations. Un art (re)découvert par Jean Kabuta lors de son retour au Congo, après de longues et fructueuses études.

La redécouverte de cette tradition provoqua un tel choc qu’il voulut immédiatement approfondir sa quête et établir les différentes variations de ce poème chanté ou récité que l’on retrouve dans les traditions orales de toute l’Afrique sous des appellations variant selon les langues pratiquées : zulu, yoruba, wolof, etc. Un enseignement qu’il poursuit à Rimouski, au Canada, où il s’est installé et où la question de la transmission est tout aussi cruciale pour les Premières Nations.

Soigner la langue, la transmission

Venu en Belgique en 1958 en tant que chanteur au sein de la troupe des « Troubadours du Roi Baudouin », Jean Kabuta propose aujourd’hui d’autres chants et poèmes qui soignent l’âme. Il sera présent à Bruxelles ce 23 juin à la Cinematek pour en discuter en compagnie d’Agnès Lalau, artiste graveuse, à l’issue de la séance proposée à 19h.

Dans un court film animé (6 minutes) réalisé au départ de ses gravures, Agnès Lalau interroge la fonction d’une statuette Luba. On entend l’artiste discuter avec sa mère au sujet de la prononciation d’un mot en Tshiluba tandis que défilent divers fragments de la statuette et de son visage comme pour illustrer les pièces manquantes dans la transmission de sa culture.

Le dernier artiste présenté est un spécialiste des dessins à grande échelle. Mega Mingiedi propose une fresque où il combine des détails liés à l’architecture kinoise et des symboles traditionnels du Congo. Il y intègre des dialogues, des mots et des objets culturels ou non. Son oeuvre aborde avec créativité la question de la restitution des oeuvres d’art du Congo, présentes notamment au musée de Tervueren. Il témoigne ainsi du dialogue « houleux et compliqué entre Bruxelles et Kinshasa avec, en son centre, l’AfricaMuseum, institution à l’histoire compliquée et en pleine mutation ».

A travers ces trois artistes, les histoires transmises ou non, les traces, effacées ou présentes, « refont surface pour nourrir le dialogue et permettre à chacun de reprendre conscience de son souffle », souligne Sorana Munsya, cocuratrice de l’exposition imaginée pour le Kanal-Centre Pompidou Bruxelles et Horst. La seconde partie de l’exposition est installée à Vilvorde.

Karin Tshidimba

*Durant un peu plus d’un mois (du 23/06 au 31/07) un programme d’une vingtaine de films, montrés à la Cinematek bruxelloise, explore ces liens. Nous en parlerons dans un prochain article.

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