Avec Wapa, réintégrer les ex-enfants soldats via l’art ou le sport, loin de la guerre

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Un film et une asbl belge, Wapa, mettent en lumière le drame des enfants-soldats et les solutions existantes. Un rappel nécessaire à l’occasion de la journée de lutte contre l’utilisation des enfants soldats, ce 12 février. Au Liberia, en Ouganda, en RDC comme ailleurs…

«Quand je surfe, tout s’efface. Je ne pense plus qu’à affronter les vagues.» La phrase peut sembler insolite dans la bouche d’un ancien enfant-soldat. Pourtant, comme l’ont constaté Damien Castera et Arthur Bourbon, la pratique du surf connaît un bel envol au large de la ville de Robertsport au Liberia, à quelques kilomètres de la frontière avec la Sierra Leone. Un « spot » où les deux surfeurs professionnels ont passé plusieurs semaines en compagnie de jeunes, privés d’enfance, séduits par cette découverte d’un sport exigeant et grisant. Des rencontres qu’ils retracent dans leur documentaire Water get no enemy salué dans de nombreux festivals.

Le pouvoir régénérateur de l’eau

En prévision du 12 février, journée de lutte contre l’utilisation des enfants soldats, l’asbl belge Wapa a organisé ce jeudi une soirée de sensibilisation et de collecte de fonds et projeté, au Kinograph à Ixelles, le film Water get no enemy de Damien Castera et Arthur Bourbon.
Y voir d’anciens enfants soldats délaisser les armes et opter pour les planches de surf peut sembler inespéré ou improbable mais comme l’expliquent de nombreux jeunes dans le film, la pratique du sport leur permet de vivre pleinement l’intensité du moment (l’adrénaline, le défi, le suspense,…) et d’oublier le passé avec son cortège de fantômes. Une condition indispensable pour arriver à se projeter dans le futur.

Cela rejoint les conseils et observations du psychanalyste et neuropsychiatre Boris Cyrulnik qui souligne que la réappropriation du corps et du toucher est la première étape de travail quand on rencontre des enfants polytraumatisés. « Sans oublier le fait que s’adonner à une nouvelle passion les tient éloignés de la rue, avec ses trafics en tous genres et ses mauvaises rencontres, souligne le Français Damien Castera, marqué par les rencontres faites au Liberia. Le surf est un sport parfait pour la reconstruction mentale, assure-t-il. Et puis, il y a le pouvoir de l’eau qui permet littéralement de se laver le corps et la tête. »

Libérer la parole grâce à l’art ou au sport-thérapie

«C’est la même démarche que nous avons entreprise en Colombie et en RDC avec l’art-thérapie qui permet de libérer la parole» souligne Solveig Vinamont, cofondatrice de l’asbl belge Wapa (pour War-Affected People’s Association).

«La question des enfants soldats nous mobilise depuis neuf ans. Nous sommes les porte-paroles de ceux que nous rencontrons et qui se livrent à nous. Ils se sentent reconnus grâce aux démarches entreprises et aux solutions mises en place pour eux. Nous souhaitons montrer les issues possibles plutôt que les problèmes. Et puis, ce film nous permettait d’amener le sujet de façon plus douce et plus positive.» Depuis sa création en 2013, Wapa se bat pour dénoncer l’utilisation d’enfants dans les conflits armés et pour leur réintégration au sein de communautés renforcées. En neuf ans, l’asbl a soutenu la mise en place et le financement de 70 programmes de réintégration. Wapa est aujourd’hui présente en République démocratique du Congo, en Colombie, au Sri Lanka et en Ouganda, où tout a commencé avec la construction d’écoles maternelles et de maternités pour les ex-enfants belligérants.

En République Démocratique du Congo (RDC), Wapa travaille avec l’ONG locale BVES (Bureau pour le Volontariat au Service de l’Enfance et de la Santé) installée à Bukavu depuis le 6 mars 1992.

«Ces enfants sont stigmatisés, ils ont souvent peur de parler de ce qu’ils ont vécu ou vu. Cela reste compliqué pour eux de partager leurs traumatismes. Les jeux d’équipe comme le foot, le basket, le volley permettent aussi de retisser du lien. Ce film donne de l’espoir car il permet de se projeter dans l’après», souligne Véronique Cranenbrouck, cofondatrice de l’asbl. Même si elle se dit «consciente qu’il y aura des échecs, des enfants que l’on ne parviendra pas à rescolariser. On essaie de construire les programmes les plus complets et les plus durables possibles, mais ce sont eux qui choisissent de s’y insérer, ou pas.» Que ce soit via l’école, l’apprentissage d’un métier, l’accès au micro-crédit ou au micro-entrepreneuriat, le but reste identique : leur redonner une place dans la société et une reconnaissance.

«Au début, on ne voulait travailler que dans les pays post-conflit mais on constate parfois, comme en Colombie, que la transition vers la paix n’est pas fluide ou que la paix est relative, comme en RDC. Finalement, on a fait le choix de travailler dans les zones où les conflits ont été les plus durs» précise Solveig Vinamont. Régulièrement, Wapa mène donc des appels aux dons en Belgique et via les réseaux sociaux afin de permettre à tous les enfants qui le désirent de pouvoir se dessiner un autre avenir.

Les chiffres glaçants des conflits sans fin

Leur nombre est estimé à plus de 250 000, répartis dans une vingtaine de pays à travers le monde, mais on sait que la problématique des enfants-soldats va bien au-delà. «Souvent les recrues les plus jeunes sont cachées dans la forêt, en cas de recensement par les ONG locales. Et les filles sont rarement prises en compte puisqu’elles s’occupent des tâches domestiques et sont le plus souvent réduites au rôle d’esclaves sexuelles» précise Wapa.

Contrairement à ce que l’on croit, leur nombre est plutôt en croissance à cause de la multiplication des conflits régionaux ou inter-ethniques qui génèrent des pratiques de vengeance ou d’enfant «offert à la cause» quand ils ne sont pas tout simplement enlevés ou orphelins.

Avec ses partenaires locaux, présents dans différents pays, Wapa œuvre aussi au renforcement des communautés afin d’éviter la stigmatisation de ceux qui n’ont pas eu d’autre choix que de prendre les armes et de répandre la terreur à leur tour et qui voudraient, une fois le conflit terminé, retrouver une place au sein de leur famille, de leur communauté.

Combinant à la fois plaidoyer et récolte de fonds au Nord et soutien et actions de réintégration au Sud, l’asbl Wapa a pour objectif la prise en charge complète des enfants en difficultés, en insistant sur trois domaines en particulier : la santé et le bien-être; l’éducation et le micro-entrepreneuriat, afin d’aider les enfants les plus âgés, déjà adolescents, à se bâtir une vie décente. En essayant au maximum de «tenir compte des besoins particuliers et des talents de chaque enfant».

Karin Tshidimba

Nb : Le film Water get no enemy est disponible sur Apple TV, iTunes et Amazon Prime Video (coût: 3€).

Pour aller plus loin :
De nombreux films et livres abordent cette thématique épineuse et terrible comme L’Empire du silence, de Thierry Michel, retraçant 25 années de guerre et d’exactions au Congo ou le roman Allah n’est pas obligé, dans lequel Ahmadou Kourouma décrit le destin d’un jeune orphelin, pris dans la tourmente de la guerre au Liberia, et obligé de devenir un enfant-soldat.

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