Barrage éthiopien sur le Nil : le niveau du remplissage prévu la première année est atteint

Photographie aérienne prise le 21 juillet 2020 qui montre la mise en eau du Grand Barrage de la renaissance, ouvrage en cours de finalisation par l’Ethiopiesur le Nil.

L’Ethiopie a annoncé, mardi 21 juillet, avoir atteint le niveau de remplissage prévu pour la première année du réservoir du barrage géant qu’elle construit sur le Nil et qui est source de vives tensions avec l’Egypte et le Soudan, ses voisins situés en aval.

Le bureau du premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, a indiqué dans un communiqué que suffisamment d’eau s’était accumulée dans le réservoir pour permettre de tester les deux premières turbines, une étape cruciale pour que le barrage puisse commencer à produire de l’énergie.

Mais ce faisant, Addis-Abeba risque d’accroître encore les tensions avec Le Caire et Khartoum, qui craignent pour leur propre approvisionnement en eau du Nil et réclamaient qu’un accord global sur le barrage – et notamment la manière dont il est géré – soit conclu avant que le remplissage ne débute.

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L’annonce éthiopienne intervient à l’issue, mardi, d’une nouvelle réunion à distance entre les trois pays, sous l’égide de l’Union africaine (UA), qui n’a pas permis de trouver d’accord. Selon le communiqué éthiopien, cette réunion a permis aux trois pays de s’accorder sur une « vision commune » devant mener à un accord global. De nouvelles « discussions techniques sur le remplissage » sont toutefois nécessaires avant qu’un tel accord puisse être trouvé.

La présidence égyptienne a de son côté exprimé dans un communiqué son « souhait sincère » que des progrès puissent être rapidement faits pour répondre aux « intérêts mutuels des trois pays ». « Il a été convenu à la fin du sommet de continuer les négociations et de se concentrer en priorité sur la conclusion d’un accord légalement contraignant concernant les règles qui doivent s’appliquer au remplissage du barrage pour (ensuite) concrétiser un accord global sur l’usage des eaux du Nil entre les trois pays », a ajouté cette source.

Le premier ministre soudanais, Abdallah Hamdok, a pour sa part insisté sur le fait que le Soudan rejetait « toute mesure unilatérale prise par un pays », a indiqué à la presse le ministre soudanais de l’irrigation et de l’eau, Yasser Abbas.

Saison des pluies

Appelé à devenir la plus grande installation hydroélectrique d’Afrique, le Grand Barrage de la renaissance (Gerd), construit sur le Nil bleu – qui rejoint au Soudan le Nil blanc pour former le Nil – est source de fortes tensions avec l’Egypte depuis 2011.

L’Ethiopie estime que le Gerd est essentiel pour son développement économique, alors que l’Egypte – dont l’irrigation et l’eau potable dépendent à 90 % du Nil – le considère comme une menace vitale.

Addis-Abeba avait plusieurs fois annoncé qu’elle entendait débuter les opérations de remplissage du réservoir du barrage en juillet, à une date non spécifiée, en plein cœur de la saison des pluies. La semaine dernière, l’Ethiopie avait reconnu que le niveau de l’eau retenue par le barrage augmentait, affirmant qu’il s’agissait là d’une conséquence directe de l’avancée du chantier. Mardi, elle a confirmé que le remplissage était achevé pour la première année. « Il est devenu évident avec ces deux dernières semaines de saison des pluies, que la première année de remplissage du Gerd est achevée et que le barrage en construction déborde déjà », a annoncé le bureau de M. Abiy.

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La première année, le Gerd devait retenir 4,9 milliards de mètres cubes d’eau, pour permettre à l’Ethiopie de tester le premier ensemble de turbines. La capacité totale du réservoir est de 74 milliards de mètres cubes d’eau.

Dans son communiqué, l’Ethiopie n’a pas indiqué quel volume d’eau exactement était déjà entré dans le réservoir. Elle n’a pas non plus précisé si le remplissage avait été effectué exclusivement de manière « naturelle » ou s’il avait été accéléré artificiellement. Un responsable sur le site du barrage avait indiqué à l’AFP que le débit actuel du fleuve en amont du barrage, gonflé par les précipitations saisonnières, excédait la capacité des vannes du barrage à laisser passer l’eau en aval. « Nous n’avons rien fermé et nous n’avons rien fait » au niveau de l’installation, avait précisé le responsable.

Le Monde avec AFP

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