Burkina: «20 jours après, on a toujours espoir de retrouver nos collègues» dans la mine souterraine

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                Les huit mineurs coincés depuis 20 jours au fond de la mine de zinc de Perkoa, dans le centre-ouest du Burkina Faso, sont toujours prisonniers des eaux et l'on ne sait toujours pas s'ils sont encore en vie. Les autorités et la direction de la mine burkinabé s'étaient engagés à tout faire pour accéder d'ici à ce jeudi matin 5 mai à la chambre de sauvetage souterraine, où se sont peut-être réfugiés les mineurs. Pourquoi le calendrier n'a pas été respecté ? C'est la question que nous avons posée à Moussa Palenfo Ditil, le directeur de Nantou mining à Perkoa, la filiale burkinabé de l'opérateur canadien, Trevali Mining.                </p><div readability="144.32222557298">

                <p><strong>RFI : Les autorités burkinabè et la direction de la mine s’étaient engagées la semaine dernière à tout faire pour que la chambre souterraine, où sont peut-être réfugiés les mineurs, soit accessible avant ce jeudi 5 mai. Force est de constater que le sauvetage n’a pas encore pu avoir lieu, 20 jours après l’inondation. Qu’est-ce qui explique ce retard ?</strong>

Moussa Palenfo Ditil : Depuis le 16 avril, nous sommes éprouvés par cette inondation qui a gardé huit personnes en captivité dans la mine souterraine. Depuis lors, nous avons travaillé avec plusieurs acteurs, avec l’autorité gouvernementale… pour mettre en place les moyens qui vont nous permettre d’apporter secours à ces huit personnes.

À ce jour, nous sommes en train de pomper l’eau à un débit de 70 litres par secondes, ce qui est un accroissement de la capacité de pompage par rapport à celle que nous avions au début. Malheureusement, nous avons rencontré des difficultés avec le dispositif technique. Le système de pompage, c’est une série de pompes, qui peut compter entre 5 et 7 pompes. Nous sommes en milieu souterrain et on ne peut pas avoir une seule pompe qui pompe l’eau du fond de la mine vers la surface, donc il faut mettre en place des séries de pompes. Dans ce dispositif, il y a en a qui fonctionnent à l’électricité et là, il n’y a pas de problème. Mais les pompes au diesel sont difficiles à calibrer, à agencer avec les autres pompes. Or quand une pompe tombe en panne, il faut arrêter toute la série. C’est ce qui a fait que malheureusement à ce jour on n’a pas pu atteindre la chambre de refuge. Mais nous sommes en train de redoubler les efforts. Nous avons commandé de nouvelles pompes à partir du Ghana, il y a aussi des pompes qui viennent d’Afrique du Sud. Nous allons en recevoir livraison dans le courant de cette journée.

Nous sommes également en contact avec les familles pour continuer à leur apporter tout notre soutien. Nous sommes en contact avec les autorités. Les ministres vont repasser sur le site aujourd’hui (jeudi 5 mai). Et nous espérons que nous aurons une séance de travail avec eux qui va nous permettre de mutualiser davantage nos efforts, rassembler les moyens pour pouvoir accélérer l’opération de sauvetage des huit personnes qui sont coincées dans la mine souterraine.

Vous disiez que vous étiez en contact avec les familles. Elles ont porté plainte contre X et se plaignent de ne pas pouvoir percevoir le salaire des mineurs.

Depuis le 17 avril, nous sommes en contact régulièrement avec les représentants des familles des travailleurs qui sont bloqués dans la mine souterraine. Nous avons eu des séances d’information. Nous les avons reçus vendredi dernier sur le site pour une visite. Ils sont allés en mine souterraine pour voir la complexité de la situation, les conditions dans lesquelles nous travaillons et les moyens que nous avons mis en œuvre. Et à côté, nous essayons de leur apporter un soutien psychologique, un soutien matériel et financier.

Je précise que les salaires ont été virés sur les comptes bancaires des travailleurs. Mais en parallèle, la mine a décidé de leur accorder un soutien financier. Mais pour l’instant, les familles ont dit non, elles ont besoin d’un cadre de réflexion, elles n’entendent pas prendre de soutien financier de la mine pour l’instant. Quant à la banque, elle a ses exigences, nous ne maîtrisons pas dans quelles conditions les gens peuvent aller toucher les salaires qui ont été virés sur les comptes des travailleurs qui ne sont pas présents. Mais certainement la banque dira ce qu’il faut faire pour débloquer cela.

Nous, l’engagement que nous avons pris, c’est d’accompagner les familles en leur donnant un soutien financier et on avait annoncé aussi qu’on les accompagnerait en leur donnant des vivres. On se dit qu’en ce moment ils ont peut-être besoin de payer le reliquat des frais de scolarité, des frais de soins… Il y a des parents de victimes qui dépendent des travailleurs qui ne sont pas là en ce moment. Donc, on se dit qu’il faut avoir un regard sur leur famille, le temps que l’on finisse les opérations de sauvetage. Mais pour l’heure, ils n’ont pas accepté ce soutien. On comprend, la situation est difficile.

La maison-mère canadienne Trevali Mining a-t-elle fait acheminer du matériel spécialisé jusqu’au Burkina Faso pour essayer de libérer ces mineurs piégés par les eaux ?

La maison-mère s’est mobilisée tout de suite, parce que le PDG du groupe Ricus Grimbeek et le directeur des opérations Derek du Preez sont venus, de même que d’autres personnels comme le directeur HSE environnement. Ils sont venus nous apporter leur soutien et ils sont venus avec des experts « rescue emergency team », l’équipe de mesures d’urgence. Donc, ils sont là, on travaille au quotidien. Mais nous n’avons pas reçu de matériel en tant que tel. Comme je l’ai dit, la complexité de la situation, nous la découvrons au fil du temps. Et je pense que le groupe aussi se mobilise à nous apporter davantage de ressources.

Ce que nous voulons, c’est recevoir toutes les aides qui nous permettent d’aller plus vite dans cette opération de sauvetage. Au passage, je remercie l’industrie minière qui s’est déployée, qui a envoyé dès les premières heures de cet accident des pompes, de la tuyauterie et même du personnel pour nous soutenir. Mais l’ampleur de la situation, nous n’en avions pas la pleine mesure dès le départ. Et maintenant on se rend compte que c’est beaucoup plus compliqué. On attend de l’aide du secteur minier. Il y a les sapeurs-pompiers de la brigade nationale basée à Koudougou. Le génie militaire nous a déjà aidés, mais s’il veut encore faire autre chose pour nous accompagner, c’est avec plaisir que nous accepterons son aide.

Est-ce que vous gardez l’espoir de retrouver les mineurs vivants ?

Oui, on a déjà vu à travers le monde des accidents arriver dans les mines, cela a pris du temps et dans ces conditions, des personnes ont pu être sauvées, même après un mois. Nous, notre espoir, c’est vraiment la chambre de refuge. On se dit que si nos collègues ont pu accéder à la chambre de refuge, on a vraiment l’espoir de pouvoir les retrouver, même si aujourd’hui nous sommes au 20ᵉ jour. 

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