« Cela reprend tout doucement » : les hôteliers tunisiens moroses malgré le retour des touristes

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Sur l’île de Djerba, le 18 juillet 2020.

L’atmosphère est bien morne dans les allées du marché couvert de Houmt Souk. Dans le chef-lieu de l’île de Djerba comme ailleurs, les touristes se font rares et les habitants, attablés aux cafés, s’occupent en politique et prix du mouton pour l’Aïd qui arrive à la fin du mois. « Il y a certains commerçants du souk qui n’ont toujours pas rouvert leur échoppe depuis la crise du Covid-19. Certains ont mis la clef sous la porte faute de pouvoir payer leur loyer. Tout le monde est affecté. Même le tourisme intérieur n’a pas beaucoup repris », se désole Afif Yamoun, 40 ans, vendeur de robes traditionnelles dans le souk depuis près de quinze ans.

Comparée à ses voisins, la Tunisie a été peu touchée par l’épidémie de nouveau coronavirus, avec, à la date du 23 juillet, 1 394 cas de contamination confirmés et 50 décès dus au Covid-19. Mais, plus que la crise sanitaire, c’est la crise économique qui inquiète dans un pays où l’activité a énormément souffert de la fermeture des frontières et des mesures de confinement.

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Considérée comme foyer épidémique au début de la crise, l’île de Djerba a été complètement bouclée pendant près de deux mois et subit de plein fouet la crise. Pour l’instant, cette année, seulement 1,3 million de visiteurs ont fait le déplacement en Tunisie contre 9 millions en 2019. Le tourisme représente 40 000 emplois directs et indirects dans la région. Quant à Djerba, elle n’a enregistré que 145 500 entrées touristiques contre 530 000 pour la même période l’année passée. « Cela reprend tout doucement et on espère se stabiliser en août », confie Hichem Mahouachi , commissaire régional au tourisme dans la région.

Situation incertaine

Selon les acteurs du secteur hôtelier, les restrictions sanitaires imposées par la Tunisie au début du déconfinement avec un classement par couleur selon le niveau de la pandémie et la frilosité de certains pays de l’espace Schengen ont eu raison d’une saison qui commençait déjà mal. « L’Italie, par exemple, exige de ses ressortissants de se mettre en quatorzaine une fois qu’ils rentrent de Tunisie, annulant ainsi toute possibilité de voyage vers chez nous », résume Anis Meghirbi, directeur marketing et commercial du groupe Seabel qui gère l’hôtel Seabel Rym Beach à Djerba.

Les apparences sont trompeuses : l’établissement a beau afficher complet pour le mois d’août, il ne l’est en réalité qu’à 50 % de sa capacité en raison du protocole sanitaire imposé. Valérie Matisson, 51 ans, employée dans un Ehpad en Lorraine, est arrivée sur le vol charter de la compagnie luxembourgeoise Luxair, le premier à atterrir en Tunisie le 18 juillet. A en croire cette « inconditionnelle de Djerba », « la gestion de la crise est très cadrée ici. Il y a suffisamment d’espace à l’hôtel, tous les repas se font à l’extérieur et du gel hydroalcoolique est disponible partout ».

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Malheureusement pour les professionnels du secteur, ce n’est pas la venue d’habitués comme Valérie Matisson qui permettra de sauver la saison. La clientèle russe qui représentait près de 600 000 entrées en 2019 n’a pas fait le déplacement. « Nous sommes déjà presque à la fin de l’été et les marchés allemands et anglais, qui d’habitude viennent aussi en automne, n’ont pas du tout repris. Il n’y a pour l’instant que le marché français avec une demande qui reste encore faible », déplore Narjess Bouasker, présidente régionale de la Fédération des hôtels tunisiens dans le Cap-Bon. Les Algériens sont les grands absents de cet été, qui étaient largement majoritaires en 2019 avec 2,5 millions de visiteurs.

La situation est d’autant plus incertaine que la reprise de l’activité et la réouverture des frontières comportent aussi des risques de contamination locale due à l’importation de cas de l’étranger, un facteur qui pourrait pousser la Tunisie à imposer de nouveau des conditions d’entrée aux frontières.

Une offre différente

Monastir, ville de tradition balnéaire, a ainsi accueilli le premier centre pour les personnes testées positives au Covid-19. Slim Dimassi qui tient l’hôtel Helya près de l’aéroport de la ville a choisi de rester un lieu de confinement pour le mois de juillet. Pour les Tunisiens rapatriés de certains pays en zone rouge, comme les Etats-Unis ou les pays du Golfe, tous doivent être confinés une semaine dans un hôtel à leurs frais. « J’ai choisi ce modèle, car cela compense un peu le manque d’occupation et nous permet de rentrer dans nos frais, avec une nuit à un prix fixe de 32 euros en pension complète », décrit-il.

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D’autres misent sur le tourisme local et une offre différente, relançant le débat sur l’épuisement du modèle de masse qui a prévalu pendant des années en Tunisie. C’est le pari d’Abderrazak Khefacha et de sa fille Sarah, deux Tuniso-Belges qui ont ouvert depuis un an une maison d’hôtes dans la médina dans l’espoir de faire découvrir un tourisme plus orienté sur le patrimoine.

« Nous avons tenté de préserver des parties de la maison telles quelles et de nous inscrire dans ce vieux quartier historique de Monastir pour faire découvrir aux Tunisiens et aux touristes d’autres aspects de la ville », raconte Sarah. Pour eux, la crise du Covid-19 a été un coup dur, mais ils restent moins touchés que les hôtels, car leur structure est plus petite et peut respecter plus facilement le protocole sanitaire.

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