Centrafrique: transhumance à haut risque, la cohésion sociale en péril [3/5]

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                Chaque année en début de saison sèche, des dizaines de milliers de têtes de bétail quittent le climat sahélien du Tchad, du Soudan ou des provinces du nord de la Centrafrique vers le Sud à recherche d’eau, d’herbe fraîche pour rejoindre les grands marchés aux bestiaux. Dans la région de l’Ouham Pendé, située dans le nord-ouest du pays, ce mouvement des éleveurs occasionne des conflits avec les agriculteurs.                 </p><div readability="90.712081418253">

                <p><em>De notre correspondant à Bangui,</em>

Cette année en particulier, à la raréfaction des ressources s’ajoute la situation sécuritaire qui exacerbe les tensions. À tel point que certains éleveurs, installés ces dernières années, songent à fuir à nouveau la région.

Janvier Biensona redresse une tige manioc à moitié mangée, ramasse une poignée de graines de sorgho piétinées, mais relativise : « Le troupeau est passé par là, mais les dégâts ne sont pas très importants. En général on essaie de récolter avant la transhumance pour qu’il n’y ait plus grand-chose à détruire dans les champs. C’est juste un passage. Avec les éleveurs qui vivent sur place avec nous, on n’a pas de problèmes, on a l’habitude de gérer ça entre nous. »

« Ici dans le village de Bénankouma, on règle les problèmes à l’amiable, explique Franco Allaessem. Avec les Peuls qui vivent ici, on leur achète parfois des bœufs pour cultiver nos champs. Donc, généralement, si leurs troupeaux détruisent nos cultures, plus tard, ils nous font une ristourne sur le prix des bœufs. »

À écouter : Centrafrique: la transhumance, un problème récurrent

La cohabitation n’est pas aussi paisible partout

À Nzéréké, à 57 km à l’ouest de Paoua, on déplore une centaine de maisons brûlées suite à une affaire de vol de bétail à laquelle ont été mêlés des groupes armés. « À cause de la crise sécuritaire à laquelle nous assistons, il n’y a pas de mécanisme de régulation de la transhumance, déplore Amadou Traoré, chef de bureau de l’Organisation internationale pour les migrations à Paoua. Malgré nos efforts, le risque, c’est que cette année, il n’y ait pas beaucoup de transhumants qui viennent. À cause de cette crise, les transhumants prennent aussi beaucoup de risques pour nourrir leur bétail. »

« Ces tensions vont réduire à néant nos efforts », s’alarme quant à lui Thiébo Wafio Khaïr Abdelhour de l’ONG Casal, une association de leaders religieux, qui œuvre pour la médiation intercommunautaire. Si les Peuls transhumants arrivent armés, peut-être qu’il y a aura des affrontements avec les FACA [les Forces armées centrafricaines, NDLR] qui cherchent à identifier qui sont les “Peuls éleveurs” et qui sont les “Peuls armés”. Cela fait que les éleveurs ont peur et certains ont même quitté la sous-préfecture. »

Suite aux accords de Khartoum en 2019, les USMS – des unités mêlant anciens rebelles et soldats de l’armée régulière – ont été mis en place pour sécuriser la transhumance. Elles ne sont toujours pas opérationnelles.

À écouter aussi :

Centrafrique: l’économie de l’Ouham-Pendé souffre de la fermeture des frontières [1/5]

Centrafrique: transhumance à haut risque, les éleveurs pris en étau [2/5]

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