Comment financer les systèmes de santé en Afrique de l’Ouest ?

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Vous avez organisé le 29 septembre 2021 une table ronde virtuelle sur le financement des systèmes de santé en Afrique de l’Ouest. Vous estimez qu’il faut maintenir dans le débat public la question du renforcement des systèmes de santé alors que la crise sanitaire de Covid-19 tend à se résorber.

Oui. Le risque en Afrique est de ne pas tirer des leçons fortes de cette crise sanitaire qui n’a certes pas provoqué l’effondrement des systèmes de santé mais qui aurait pu le faire si le virus avait eu d’autres caractéristiques et s’il s’attaquait notamment violemment aux jeunes et aux enfants, extrêmement majoritaires dans les pays africains. 

Nous avons organisé le troisième rendez-vous virtuel sur le thème du financement des systèmes de santé après avoir consacré les deux premières conversations à la question essentielle de la prévention puis à celle non moins cruciale de la formation et de la disponibilité des ressources humaines dans le domaine de la santé. 

Vous avez invité trois experts qui ont offert une conversation très informative. 

Absolument, nous avons invité Madame Anne-Marie Borso Mbengue-Seye, consultante en renforcement et financement des systèmes de santé et administratrice générale de la fondation AFRIVAC qui mobilise des ressources additionnelles privées pour les campagnes de vaccination, le docteur Pierre Yameogo, secrétaire technique pour la couverture sanitaire universelle au Ministère de la Santé du Burkina Faso et le Directeur des Études et de la Programmation du Ministère de la Santé Publique du Niger, le docteur Djibo Garba. 

Tous les pays ont fait des progrès en termes de financement de la santé mais restent loin d’atteindre le ratio de 15% des budgets nationaux alloués à la santé, connu comme l’objectif d’Abuja qui a été adopté en 2001. C’était un engagement pris par tous les chefs d’États africains. 20 ans plus tard, en Afrique de l’Ouest, le pays qui s’en est le plus rapproché est le Cap-Vert, avec un peu plus de 10%. 

Même s’il ne faut pas se focaliser seulement sur cet indicateur, l’existence de cet objectif d’Abuja reste très utile pour pousser les États à poursuivre leurs efforts. Il faut aussi s’interroger sur l’utilisation des ressources disponibles. Comme l’a souligné Madame Anne-Marie Borso Mbengue-Seye, on estime que plus de 40% des ressources allouées à la santé sont mal utilisées. C’est important de savoir où l’on met l’argent, comment on le dépense et à quel moment pour être plus efficient. Et c’est précisément pour réduire les gaspillages et la corruption que l’implication des organisations de la société civile est cruciale. 

Le docteur Pierre Yameogo a insisté sur ce point en donnant l’exemple de son pays, le Burkina Faso, où un système de veille communautaire a été mis en place pour que les populations puissent exercer un contrôle citoyen. 

Vous avez aussi beaucoup parlé des programmes de gratuité ciblés selon les pays sur les femmes enceintes, les enfants de moins de 5 ans ou encore les personnes âgées. 

Tout à fait. Dans beaucoup de pays, la mise en œuvre de ces programmes est très difficile. Les établissements de santé se retrouvent souvent dans des situations financières critiques parce que les ressources publiques censées couvrir les coûts des soins et parfois des médicaments offerts gratuitement ne leur sont pas versées ou arrivent avec beaucoup de retard. 

L’exemple du Burkina Faso est intéressant. L’État paye les factures à la place du patient et les ressources financières sont mises à la disposition des établissements de santé à l’avance sur la base des estimations de leurs besoins. Une réforme ambitieuse a été engagée avec le soutien financier et technique de partenaires extérieurs, notamment celui de la fondation Bill et Melinda Gates. 

Ce qui ressort à la fois de ce webinaire et des observations que nous avons pu faire au Burkina Faso il y a quelques mois, c’est qu’il faut à la fois une forte volonté politique, des financements extérieurs importants et un renforcement sérieux et durable des administrations concernées. Les ministères de la santé doivent pouvoir s’assurer que toutes les interventions dans le secteur correspondent aux orientations définies au niveau national et basées sur une compréhension fine des besoins réels des populations. 

► Comme toutes les tables rondes virtuelles de WATHI, la vidéo de cet événement est accessible sur les pages Youtube  et Facebook de WATHI. 

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