Comment la foi de Nelson Mandela a nourri sa lutte contre l’apartheid

Nelson Mandela en février 1990.

(Cet article a initialement été publié dans Le Monde des religions n° 82, mars-avril 2017)

A sa naissance, le père de Mandela lui donne le nom de Rolihlahla : « Celui par qui les problèmes arrivent ». C’est pourtant à l’« apôtre de la désobéissance civile », au « prophète », à l’« homme de paix » que le monde entier rend hommage lors de la mort de Nelson Mandela, le 5 décembre 2013, à l’âge de 95 ans. Pourtant, il disait de lui qu’il n’était « ni un saint ni un prophète ». Regrettant qu’on le présente comme « une sorte de demi-dieu », il préférait se décrire en « homme comme les autres, un pécheur qui essaie de s’améliorer ».

« Pécheur ». Le mot ne trahit-il pas une influence chrétienne ? Après avoir été emprisonné pendant 27 ans, comment a-t-il réussi à pardonner à ses persécuteurs ? Nelson Mandela aimait peu parler de sa foi. Par pudeur, sans doute, mais aussi par conviction. « Toujours faire de la religion une affaire privée, réservée à soi. N’encombre pas les autres avec ta religion et autres croyances personnelles », recommande-t-il à sa fille, dans une lettre du 21 décembre 1978 envoyée depuis la prison de Robben Island.

« Toujours faire de la religion une affaire privée, réservée à soi. N’encombre pas les autres avec tes croyances personnelles. »

Il se méfie également de la religion érigée en idéologie : « La religion, et notamment la croyance en l’existence d’un Être suprême, a toujours été un sujet de controverse qui déchire les nations, et même les familles, explique-t-il à Deborah Opitz, en 1988. Il vaut toujours mieux considérer la relation entre un individu et son Dieu comme une affaire strictement personnelle, une question de foi et non de logique. Nul n’a le droit de prescrire aux autres ce qu’ils doivent croire ou non ».

Tout au long de sa vie, il adoptera cette attitude de réserve, et d’autant plus une fois élu président de l’Afrique du Sud. Dans un entretien à L’Express en 1995, il répond, laconique, au journaliste qui l’interroge sur le rôle de sa foi chrétienne dans sa lutte contre l’apartheid : « La relation entre un homme et son Dieu est un sujet extrêmement privé, qui ne regarde pas les mass media. »

Un chrétien discret

Pourtant, si l’on sait lire entre les lignes au fil de ses biographies, de ses écrits et confidences, d’évidence, Nelson Mandela était un homme de foi. Nelson Mandela a été baptisé dans une église méthodiste et formé dans les écoles wesleysienne (Eglise séparée de l’Eglise méthodiste en 1875). A Fort Hare, l’une de ces institutions, il a été membre d’une organisation étudiante chrétienne. Le dimanche, il donne des cours de Bible. Pendant ses années de prison (1964-1990), il assiste « encore à tous les services de l’Eglise », écrit-il en 1977, et « apprécie certains sermons ».

Il vous reste 70.12% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Total
1
Shares

Laisser un commentaire

Related Posts
%d blogueurs aiment cette page :