Congo Hold-up: comment transférer des millions à l’étranger?

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                Le Trésor américain a déjà sanctionné des acteurs étrangers opérant en République démocratique du Congo pour corruption et blanchiment d’argent. L’enquête Congo Hold-up révèle l’existence d’un autre réseau suspecté de transferts de fonds illicites. Alors que des détournements massifs s'opèrent, ce réseau a réussi, en quatre ans, à transférer près de 350 millions de dollars sur des comptes à l’étranger. Enquête réalisée avec PPLAAF, Mediapart et le réseau EIC.                </p><div readability="867.05184673119">

                <p>Nizal, Nil Shop, Aliya, SMB, Boboto, Mapendo business, Tuendeleye, DK Doing Business et Karibu. Ce sont les noms d’établissements et sociétés créés en République démocratique du Congo (RDC) ces dernières années et qui ont, pendant quelques mois et à l’insu de tous ou presque, transféré chaque année des centaines de millions de dollars d’argent liquide à l’étranger.

C’est l’une des dernières révélations de Congo Hold-up, enquête internationale basée sur la fuite de plus de 3,5 millions de documents et de millions de transactions bancaires de la BGFIBank, obtenus par l’ONG Plateforme de protection des lanceurs d’alerte d’Afrique (PPLAAF) et le site d’information français Mediapart.

Nous avons identifié plusieurs dizaines d’établissements et de sociétés unipersonnelles suspectes qui ont opéré à la BGFIbank entre 2015 et 2019. Ils opèrent au sein de communautés, il n’existe sur eux qu’un nombre d’informations limitées. En quelques mois et sans activités apparentes, ces entités ont reçu des centaines millions de dollars en liquide et les ont transférés par virements à l’étranger.

Beaucoup n’ont même pas d’existence légale ou quand elles en ont une, ces établissements se réduisent à un seul individu, le plus souvent inconnu, qui brasse des millions de dollars du jour au lendemain, sans aucune publicité, avant de retomber dans l’oubli.

Il est difficile, à cette heure, d’établir la provenance des fonds transférés de RDC vers l’étranger. En raison du faible nombre de titulaires de comptes en banque, la RDC est un pays où l’argent liquide circule. Et souvent à des fins douteuses, ce sont ainsi des centaines de millions de dollars qui disparaissent chaque année en liquide, depuis les comptes des institutions et entreprises publiques, y compris de ceux de la Banque centrale, malgré des dispositions légales très claires. Officiellement, les retraits ou dépôts de plus de 10 000 dollars en liquide devraient être assortis de justificatifs sur leur provenance.

La question du blanchiment de fonds illégalement perçus au Congo inquiète de plus en plus à l’étranger et en particulier aux États-Unis. C’est à travers le système bancaire américain que transitent toutes les transactions en dollars, y compris entre les banques opérant à l’intérieur de la RDC. Plusieurs dizaines de personnes et d’entreprises ont été sanctionnées par le Trésor américain pour des faits de corruption et de financement du terrorisme ces dix dernières années. Pour la cellule de renseignements financiers américaine FinCen, la RDC est un pays à risque.

L’analyse de ces établissements et sociétés unipersonnelles suspects, qui disposent ou ont disposé de comptes à la BGFI, reste encore préliminaire. Elle a été réalisée par un collectif de journalistes et de chercheurs dont les enquêteurs de PPLAAF. Elle porte sur un échantillon de neuf sociétés parmi les plus importantes en volume d’opérations. Leurs noms : Nizal et les établissements Boboto, Mapendo Business, Tuendeleye, SMB, DK Doing Business, Nil Shop, Aliya et Karibu.

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Aliya, un établissement suspect qui a opéré à la BGFIbank entre 2015 et 2019.
Aliya, un établissement suspect qui a opéré à la BGFIbank entre 2015 et 2019. © PPLAAF/Mediapart
    </div><h2> </h2><strong>Indicateur #1 : des sociétés éphémères qui transfèrent des millions à l’étranger</strong>

Ces enseignes sont toutes inconnues du grand public au Congo. Pourtant, en moins de quatre ans, entre 2015 et 2019, elles ont encaissé en liquide et transféré à l’étranger pour près de 350 millions de dollars. Ce montant colossal a été atteint par une multitude de « petits » virements, portant sur quelques dizaines de milliers, voire quelques centaines de milliers de dollars. Ces opérations sont donc passées presque inaperçues dans un pays où les transferts de fonds se comptent en millions. Les données de Congo Hold-up établissent aussi que ces sociétés ont transféré, de manière coordonnée, ces fonds à un nombre limité de correspondants : plus de 500 personnes ou entreprises, principalement à l’étranger.

Six de nos établissements (Boboto, DK Doing Business, Nil Shop, Tuendeleye, Mapendo et SMB) sans liens apparents entre eux, ont ainsi envoyé, entre janvier 2017 et août 2018, en cent versements, la somme de 18 millions de dollars vers une société basée aux Émirats arabes unis et nommée Atlantic Traders FZE. Rien ne garantit que ce soit le bénéficiaire final de cet argent.

Quatre autres envoient cinq millions en 45 virements vers une autre société basée à Hong Kong, Hong Yu International Shipping Agency Co LTD.

Les destinataires apparents de ces virements sont, pour l’essentiel, basés dans ces deux places financières, les Émirats arabes unis et Hong Kong. Mais on les retrouve aussi dans plusieurs dizaines de pays aux quatre coins de la planète, de la Chine aux îles Vierges britanniques en passant par le Royaume-Uni, la France et de nombreux pays africains.

► À lire aussi: Congo Hold-up: Congo Futur, un empire sous sanctions

 

Indicateur #2 : des flux financiers similaires à ceux de Congo Futur

Ces établissements ont été confondus par le service de conformité de la BGFI avec ceux du groupe Congo Futur, une nébuleuse d’entreprises bien connue en RDC et liée à la fratrie Tajeddine.

Cette famille, originaire du Sud-Liban, a défrayé la chronique à plusieurs reprises. En Belgique, en 2008 et 2009, certains de ses membres ont été condamnés pour blanchiment d’argent et fraude.

Aux États-Unis, trois des frères ont, eux aussi, été placés sur la liste noire du Trésor, accusés d’être des contributeurs financiers majeurs du Hezbollah. Le groupe Congo Futur a fini lui-même par être sanctionné en 2010.

En 2017, après les révélations de l’ONG The Sentry sur la poursuite, malgré ces sanctions, des activités des entreprises de Congo Futur à la BGFI Bank, une enquête interne a été diligentée pour les identifier.

Dans un mémo daté du 24 novembre 2017 à sa direction générale, Adonis Muamba Mantuila, chef du service de conformité de la BGFI RDC produit une analyse comparative de sociétés qui présentent des caractéristiques similaires à celles des sociétés de Congo Futur, pourraient opérer pour son compte et blanchir des fonds.

« Sur votre instruction, nous venons vous présenter nos analyses et avis sur les sociétés GLORY GROUP et NIZAL SARLU », explique-t-il. Glory Group appartient bien au groupe Congo Futur, le service de conformité de la BGFI le reconnaît implicitement en recommandant la fermeture de ses comptes.

Mais pour l’autre société Nizal, appartenant à notre échantillon, Adonis Muamba Mantuila recommande « au regard du volume de flux que le client apportait à la Banque en termes de versement et les opérations en internationales » une visite sur le terrain « afin de se rendre compte de l’existence de l’activité et solliciter les états financiers certifiés ». Malgré cette demande, Nizal va continuer à mener des transactions via la BGFI pendant encore un mois.

► À lire aussi : Congo Hold-up: la plus importante fuite de documents bancaires d’Afrique

L’enquête Congo Hold-up prouve qu’il existe bel et bien des liens entre les établissements de notre échantillon et les sociétés de Congo Futur. On retrouve, par exemple, des bénéficiaires communs entre Nizal, les établissements Aliya et SMB, trois des sociétés sur lesquelles notre enquête a conduit à nous interroger et Glory Group, Kin Trading, Afri Food ou encore Union Invest côté libanais. Elles ont toutes versé de l’argent des mêmes correspondants : Sweet Road Industry and Trading Co, Vital Solutions Pte Ltd, African Ocean Trading, Jiangmen Sonic Industrial, Intercontinental commodities, ICC Oils and Fats. Autant de sociétés dont les dirigeants sont difficiles ou impossibles à identifier.

Des e-mails attestent aussi que des responsables de sociétés liées à Congo Futur et ceux de nos établissements échangent des informations sur des virements. 

C’est grâce à Congo Hold-up, la plus grande fuite de documents bancaires d’Afrique, que ces flux financiers ont pu être identifiés : sans accès à ces millions de documents et de transactions bancaires, les services de contrôle n’ont pas été en mesure d’établir tous les liens entre ces entités.


La Future Tower était le siège de Congo Futur.
La Future Tower était le siège de Congo Futur. © Imcongo.com

Indicateur #3 : des informations légales limitées ou fausses

Parmi celles que nous avons analysées, l’une des sociétés qui provoque le plus d’interrogations est celle qui a le plus important volume de dépôts et de transferts. Son nom : Nizal. Entre mars 2016 et janvier 2018, cette société encaisse sur son compte à la BGFI plus de 135 millions de dollars de dépôts. Concrètement, ces fonds sont déposés en liquide dans plusieurs agences de la BGFI réparties dans tout le pays. Essentiellement à Kinshasa, la capitale, à Lubumbashi dans l’ex-province du Katanga, et Mbuji-Mayi dans le Kasaï-Oriental. Nizal va transférer à l’étranger, dans la même période, 138 millions.

Mais les activités de Nizal étonnent la BGFI : dans un e-mail du 11 juillet 2017, la cheffe de la conformité de la BGFI Europe, basée à Paris, Eve da Silva, explique les raisons pour lesquelles elle souhaite bloquer les virements de cette société : « Compte tenu de l’activité très diversifiée de la société, du risque pays RDC, de la diversité des bénéficiaires des flux (et de la diversité de leurs activités également), des incohérences relevées sur certaines factures et justificatifs, de l’absence de motif dans les Swift, de l’absence de réponses sur plusieurs flux… ». Madame da Silva s’irrite aussi de ne pas avoir obtenu les statuts de la société et d’autres documents officiels : « Il s’avère que malgré nos mails et demandes répétées et précisées, ces documents ne nous sont toujours pas parvenus. »

Quand les statuts de Nizal sont finalement communiqués à la BGFI quinze jours plus tard, Madame da Silva n’est pas rassurée. Ces documents expliquent que Nizal a été officiellement créé le 31 décembre 2015 et se consacre à un florilège d’activités : « Commerce général, transit, le transport terrestres de personnes et de marchandises, l’exploitation minière et forestière, entretien des bâtiments, route, sous-traitance, import-export ». L’auteur de ces statuts s’est même senti obligé de l’élargir encore : « Généralement, toutes opérations licites de quelque nature qu’elles soient, industrielles, mobilières, immobilières et financières se rattachant directement ou indirectement à l’objet social ». Bref, sur le papier, Nizal ratisse large.

Le propriétaire de Nizal s’appellerait Bénie Madumukina Nsimba, il a moins de 25 ans et la cheffe de la conformité de la BGFI Europe n’y croit pas. Elle note que les gérants sont plus âgés que le bénéficiaire effectif de la société, que la date d’enregistrement de la société et son capital social ne correspondent pas aux données fournies par le régistre du commerce congolais. Elle s’interroge toujours par mail : « Comment se fait-il qu’avec si peu d’antériorité, la société réalise déjà un si grand chiffre d’affaires (avec un bénéfice si important) ? ».

Eve da Silva semble aussi tiquer sur le nom du gérant qui a dix ans de plus :  Mahmad Munir Khwaja Zulfikar. C’est un ressortissant indien, né le 4 juillet 1982 dans l’État du Gujarat. Elle s’y intéresse, car elle a déjà noté que Mahmad Munir Khwaja Zulfikar apparaît également comme le gérant d’au moins un autre établissement suspect : Aliya.

Tout le monde n’est pas aussi regardant à la BGFI. Le 17 octobre 2016, Mahmad Munir Khwaja Zulfikar envoie à Moreau Kaghoma, chef du service portefeuille dans cette banque, un tableau Excel avec une liste de sept sociétés bénéficiaires de virements allant de 20 000 à plus de 310 000 dollars, assortis de coordonnées bancaires, de libellés et de numéros de factures, mais pas les justificatifs eux-mêmes. C’est une liste des virements effectués sur une même journée à destination de l’Inde, de Hong Kong, de la Chine, de la Corée et de Dubaï. Il y en a pour près de 960 000 dollars.

Parmi les documents que nous avons pu consulter, figurent plusieurs e-mails de ce type, tous envoyés par M. Khwaja Zulfikar à Moreau Kaghoma. Interrogé, l’ancien banquier s’est refusé à tout commentaire, préférant renvoyer à la BGFI.

Mahmad Munir Khwaja Zulfikar non plus n’a pas fait suite à nos questions. Bénie Madumukina Nsimba n’a pas pu être joint.


Une boutique National Transfert à Kinshasa.
Une boutique National Transfert à Kinshasa. © RFI

 

Indicateur #4 : des hommes d’affaires issus d’une même communauté

M. Zulfikar est un commerçant établi en RDC. Il est le cofondateur de plusieurs entreprises dont Ghadeer et National Transfert Services, un service de transfert de fonds. Son frère et associé le plus connu, Tofik, est basé à Lubumbashi. Ce dernier est gérant ou associé dans une quinzaine de sociétés parmi lesquelles Unity et ses filiales. Il apparaît comme personne contact sur le site internet d’une société destinataire de virements de ces réseaux.

Tofik et son associé Mirat Virani sont les figures montantes du milieu d’affaires de Lubumbashi. On leur attribue la propriété de chaînes de magasins comme le Groupe Rani, Megastore ou même le développement des stations-service Interpetrol dans l’ex-Katanga. Des marques ou sociétés qui sont en plein boom, mais dont il est difficile d’identifier les propriétaires.

Des partenaires des deux hommes d’affaires, tous Indiens, figurent parmi les destinataires des virements de nos neuf sociétés. Contactés, ni Tofik Khwaja Zulfikar, ni Mirat Virani n’ont répondu à nos questions.

Ils ne sont pas les seuls commerçants indiens à avoir pignon sur rue et dont la société se retrouve citée dans l’enquête Congo Hold-up. C’est aussi le cas pour Kamlesh Shukla, le président de la communauté indienne de la RDC et patron de l’Union africaine de commerce (UAC). Notre enquête établit des liens entre cette société et deux des neuf établissements suspects : Nil Shop et SMB. 

UAC est une société bien connue des Congolais. Dans les centres-villes de Kinshasa et de Lubumbashi, ses panneaux sont omniprésents. UAC SARL a, selon son site, onze magasins dans ces deux agglomérations et 17 salles d’exposition et de centres de service dans les huit plus grandes villes de la RDC. Elle importe « des meubles, des appareils électroménagers, des machines, des technologies et des équipements de différentes marques » et notamment de la marque coréenne Samsung. Son patron, Kamlesh Shukla, est un Canadien d’origine indienne. Son frère, Deepak, est à la tête de la chaîne de supermarchés GG Mart.

Quels liens peuvent-ils être établis entre UAC et nos deux sociétés suspectes ? Dans les registres officiels, aucun. Mais dans plusieurs courriers internes à la BGFIBank, les agents de la BGFI font parfois référence à UAC et Nil Shop comme un seul et même client appelé « Ets Nil Shop/UAC ». Officiellement, Nil Shop appartiendrait pourtant à une certaine Nicole Kambia Tshungu. C’est en tout cas ce que va répondre la BGFIbank aux services de conformité qui poseront la question.

D’autre fois, ce lien entre UAC et l’établissement Nil Shop semble être une information frappée du sceau de la confidence… Le 4 mai 2016, un comptable d’UAC, Jayesh Kanadia, demande à la BGFI le relevé de compte de l’établissement Nil Shop. Un premier agent de la BGFI refuse cette requête et s’en justifie : « Après vérification, Mr Jayesh Kanadia n’a reçu aucun pouvoir sur le compte des ETS NIL SHOP, sauf avis contraire. Nous ne pouvons donc pas répondre à sa demande. » Un autre agent de la BGFI fait alors au comptable d’UAC une bien étrange recommandation : « Veuillez contacter le propriétaire du compte, il vous donnera des informations supplémentaires à son sujet ».

En fait, ceux qui savent n’ignorent rien des volumes d’argent liquide qui arrivent sur le compte de Nil Shop et de ses liens avec UAC. Le 20 mars 2017, un cadre de la banque demande ainsi à rencontrer le « DG » d’UAC « afin de redynamiser la relation ». « Pour le moment, le gros des mouvements du client (versements espèces) sont effectués dans notre agence au crédit du compte ETS NIL SHOP ouvert en nos livres à l’agence de Lubumbashi à hauteur de +/- USD 300 000 par jour », écrit-il.

► À lire aussi : Congo Hold-up: BGFIBank, la banque des présidents

L’adresse e-mail du même comptable d’UAC, Jayesh Kanadia, est aussi en copie de certaines transactions relatives à un autre établissement faisant partie de notre échantillon : SMB. Le compte de SMB à la la BGFIBank n’est actif que quelques mois, de janvier 2017 à novembre 2018, mais il engrangera pendant ce laps de temps 53 millions de dollars de dépôt et effectuera 52 millions de dollars de virements.

Le comptable lui-même est un petit bénéficiaire de ce système illicite, il touche une centaine de milliers de dollars à travers un établissement qui n’est pas sous son contrôle : Nizal. Sur chacun de ces virements, le nom de Jayesh Kanadia est épelé avec une orthographe différente, comme beaucoup de destinataires de ces fonds. Contacté, le comptable n’a pas répondu.

D’autres documents interrogent sur le rôle d’UAC : des factures étranges au nom de la marque coréenne Samsung qu’il représente. On parle d’une bonne dizaine de factures émises pour le compte de deux sociétés, Samsung Electronics South Africa et Samsung Gulf Electronics FZE. Les logos de l’entreprise coréenne Samsung, pixelisés, paraissent manifestement avoir été rajoutés sur des documents non standardisés.

 C’est le même comptable d’UAC qui demande le paiement de certaines factures. Au total, 10 millions de dollars vont être versés à ces sociétés Samsung ou présentées comme telles entre 2016 et 2018. 

Interrogé par RFI et ses partenaires, le patron d’UAC, Kamlesh Shukla, dément tout lien avec Nil Shop et SMB. « UAC ne s’occupe que de commerce de détail et n’a aucun lien avec ces réseaux », explique-t-il : « N’oubliez pas qu’UAC est une entreprise réputée en RDC. » Il affirme aussi être le représentant officiel de la marque Samsung dans le pays, mais dit ne rien savoir des fausses factures, ni des deux Samsung Electronics South Africa et Samsung Gulf Electronics FZE. Le groupe Samsung n’a, lui, pas donné suite.

Indicateur #5 : de l’artisanal à l’industriel

Ces deux sociétés, qui se font appeler Samsung, brassent des millions de dollars.

Les premiers mouvements repérés par notre enquête ont lieu entre mai 2011 et décembre 2013 : un établissement inconnu, appelé New African Impex, fait des virements à ces deux sociétés pour des montants toujours identiques et leur libellé n’a rien à voir avec des produits Samsung.

Ainsi, pendant un an, des montants de 10 000 dollars, soit dans le respect de la limite légale de dépôts d’argent liquide, sont transférés aux deux sociétés au titre de « frais de subsistance » pour des bénéficiaires dont le nom est précisé.

L’année suivante, ce sont des sommes de 5 000 à 9 000 dollars pour des « remboursements de dettes » qui sont envoyées. En dix-huit mois, le montant total des versements reste inférieur à 400 000 dollars.

À partir d’avril 2016, le volume des transactions s’emballe. Jusqu’à août 2018, soit en un peu plus de deux ans, Nil Shop et SMB, les deux établissements gérés à la BGFI par le comptable d’UAC, virent aux deux sociétés Samsung près de 10 millions sous des prétextes presque toujours différents, mais en lien avec les activités de Samsung. On retrouve aussi sur ces comptes des versements venant de deux autres établissements de notre échantillon : Karibu et Mapendo.


Un panneau publicitaire vantant les produit de l'UCA.
Un panneau publicitaire vantant les produit de l’UCA. © RFI

Un autre cas frappant suggère un changement d’échelle en 2016 dans la nature même des établissements qui opèrent ces types de transfert : sous le contrôle effectif de Mahmad Munir Khwaja Zulfikar, l’établissement Aliya transfère ainsi, entre septembre 2015 et juin 2016, pour près de 34 millions de dollars à différents bénéficiaires en République démocratique du Congo, puis à l’étranger.

Entre le 28 septembre 2015 et le 8 janvier 2016, 22,8 millions de dollars ont été transférés sur des comptes d’individus à l’intérieur de la République démocratique du Congo avec toujours le même motif : « Paiement de dette ».

Il y a quatre mois de pause exactement, puis le 8 avril 2016, les virements reprennent mais, cette fois, vers des bénéficiaires à l’étranger, des particuliers comme des entreprises difficiles à identifier. Au moins 11 millions de dollars seront transférés en moins de trois mois sous différents motifs, qui se trouvent régulièrement résumés sous la mention « achat de marchandises ».

Mais nous ne trouvons aucune trace d’Aliya au registre du commerce congolais avant juin 2021. Cet établissement y apparaît alors comme officiellement géré par une certaine « Panjavani Umedali Chhotalal », une Indienne de cette même région de l’État du Gujarat d’où sont originaires les Khwaja Zulfikar. Aliya est déclaré comme domicilié au 188 avenue Basoko à Kinshasa.

Nous nous sommes rendus à cette adresse. Elle abrite un bâtiment qui ressemble à un entrepôt et des bureaux. Interrogés sur l’établissement Aliya, deux employés hésitent à répondre. Un premier explique que cet établissement a déménagé depuis longtemps ; l’autre, qu’il faut en référer au patron. Aucun des deux ne semble connaître le nom de la gérante.

Des sociétés sont bien logées sur place. Elles sont liées à l’une des plus puissantes familles indiennes établies en RDC : les Dhrolia. Une plaque de la Société Immobilière Khasam (Simkha) – aujourd’hui gérée par un certain Roshanali Umedali Dhrolia – a même été placée sous la mention des numéros 188-190 avenue Basoko. Cette famille est originaire de l’État du Gujarat comme les autres protagonistes de cette histoire.

Roshanali Umedali Dhrolia n’a pas pu être joint, mais son fils, Rahim Dhrolia, explique que sa famille « ne possède pas cette parcelle » et que cette domiciliation de Simkha « doit être changée ». Lui non plus dit ne pas connaître la mystérieuse gérante. Il assure en tout cas ne pas avoir de lien avec ce réseau de transferts illicites.

Le 188-190 avenue Basoko est aussi l’une des adresses utilisées par la Société africaine de commerce et de développement (Safricode), une des sociétés immobilières qu’un autre membre de la famille, Sajid Dhrolia, a créé en 2013. Sajid Dhrolia et son cousin Rahim incarnent le boom de l’immobilier de luxe à Kinshasa, Lubumbashi et Kolwezi, en pleine crise politique, alors que les Congolais manifestent contre un troisième mandat de Joseph Kabila.

Nous avons pu parler avec une source proche des Khwaja Zulfikar et de ces présumés réseaux de blanchiment, cette dernière confirme leur changement de nature après 2015. « Au début, il n’y avait que Papa Dhrolia et l’un des frères de la société UAC qui faisaient ça. Ce n’étaient pas des gros volumes d’argent », explique cette personne qui a tenu à conserver l’anonymat. « C’est quand la deuxième génération formée à l’étranger s’est impliquée que tous les amis dans ce groupe sont devenus millionnaires ». Notre source précise encore que les « vieilles familles » n’apparaissent plus en première ligne de ces opérations. « Maintenant, c’est par Mahmad et Tofik (Khwaja Zulfikar) que tout le monde passe », raconte-t-elle.

L’arrivée des frères Khwaja Zulfikar est-il à l’origine de cette deuxième génération d’établissements qui enregistrent de plus gros volumes ? Notre source explique que l’aventure des deux frères a commencé en 2015 avec la société de droit congolais National Transfert Services (NTS). On peut d’ailleurs encore voir leurs bureaux dans les plus grandes villes du pays et cette activité est tout à fait légale. Mais les deux frères auraient très vite disparu de l’actionnariat de cette société pour développer en parallèle une activité beaucoup plus lucrative et beaucoup moins légale de transferts de fonds à l’étranger, assure encore cette source. « Vous leur donnez du liquide et pour 1,5%, ils trouvent un moyen de vous envoyer ça à Dubaï », raconte notre interlocuteur.

Que penser par ailleurs des propos de notre interlocuteur sur l’homme d’affaires indien, Roshanali Umedali Dhrolia? Stavros Papaionnou, l’ancien patron de la compagnie aérienne congolais Hewa Bora, connaît bien « Papa Dhrolia ». Roshanali Umedali Dhrolia est l’un des anciens actionnaires de cette compagnie aérienne. « On n’a jamais été mêlé à ses affaires de blanchiment d’argent. À nous, il nous prêtait de l’argent à un taux de 2% par mois, ça faisait du 25% par an », témoigne-t-il. « Il avait toujours de l’argent disponible. On pouvait même prendre plusieurs millions de dollars en liquide. »

M. Papaionnou se souvient d’un homme « très sociable et extrêmement correct » dans un « environnement de non-droit ». « C’était un homme de parole. Je suis sûr qu’il ne voyait pas le mal dans ce qu’il faisait, et nous non plus », explique encore son ancien associé, avant d’ajouter : « Tout ce qu’on savait au départ, c’est que lui avait une grande famille qui était installée un peu partout et qu’il faisait des investissements au Congo, en Angola et en Afrique avec tous ces fonds qui venaient de l’étranger. » 

À l’époque où il était actionnaire de Hewa Bora, le train de vie de Roshanali Umedali Dhrolia serait resté « assez modeste ». Mais il a « changé », selon Stavros Papaionnou, quand il a rejoint l’actionnariat d’une banque, la Banque congolaise, qui va rapidement fermer. Cette banque avait racheté des créances de l’État congolais pour un montant de 80 millions de dollars, ce qui lui avait fait faire faillite. Son président de conseil d’administration, un homme d’affaires libanais, Roger Yaghi, avait été interpellé le 18 avril 2011. Ses avocats, à l’époque, assurent que le dossier est vide.


Les « cousins » Dhrolia, Sajid et Rahim, ont construit depuis dix ans, à Kinshasa, Lubumbashi et Kolwezi la plupart des résidences et immeubles de luxe. (Prospectus commercial).
Les « cousins » Dhrolia, Sajid et Rahim, ont construit depuis dix ans, à Kinshasa, Lubumbashi et Kolwezi la plupart des résidences et immeubles de luxe. (Prospectus commercial). © RFI

C’est autour de cette période que Stavros Papaionnou dit réaliser, lui aussi, qu’il y a un enrichissement soudain de son ancien associé au contact du système bancaire et que cela dépassait les pratiques d’usurier. « Et j’ai compris que tous les banquiers de Kinshasa savaient. Ils ne l’ont pas dénoncé, car ils se font énormément d’argent avec ce business de blanchiment à l’international. » 

Contactés, ni Mahmat Munir, ni Tofik Khwaja Zulfikar n’ont donné suite à nos questions. Roshanali Umedali Dhrolia est, lui, resté injoignable. Sa famille a vivement démenti être à l’origine ou bénéficiaire de ce type de réseau de transferts illicites.

Indicateur #6 : des commerçants sortis du secteur informel

Parmi les rares destinataires d’argent identifiable de notre échantillon, on retrouve encore plusieurs sociétés liées, là encore, à la famille Dhrolia, bien qu’elles soient difficiles à identifier de prime abord.

Par exemple, trois établissements de notre échantillon (Nizal, Nil Shop et SMB) ont viré au moins 1,3 million de dollars à des sociétés liées à un mystérieux Vinmart Group dont plus d’un million de dollars entre mai et décembre 2016.

À première vue, il s’agit d’un groupe fondé en Tanzanie en 1997. Aujourd’hui, cette information a disparu de son site internet, mais elle figure encore sur ses réseaux sociaux

Aujourd’hui, le Group Vinmart est présenté sur son site comme un conglomérat « bien connu et bien établi » qui fait le commerce « de produits du quotidien ». Quels sont ces produits ? Mystère. La « vision qui a présidé à la création de l’entreprise » était de combler le « fossé en matière d’approvisionnement en produits de base essentiels sur le continent africain ». Ce serait « un réseau commercial stratégique au Canada, aux Émirats arabes unis, en Afrique, en Chine, en Inde et à Hong Kong ».

Plusieurs détails ne collent pas dans cette description. Les seules activités référencées de Vinmart Group se trouvent en République démocratique du Congo. Le groupe assure avoir créé deux fondations : les fondations Vinmart et Kisengo qui disent mener des actions autour du site minier de Kisengo, dans le Haut Katanga, en République démocratique du Congo.

Pour connaître les dirigeants du Vinmart group, il faut littéralement remonter le temps. Sur une version antérieure de son site internet, on retrouve le nom d’un homme d’affaires indien actif en RDC : Chug Chaitanya, qui se fait aussi appeler « Chug Chetan » sur plusieurs sites internet. Tout comme Mahmad Munir Khwaja Zulfikar des établissements Nizal et Aliya et les Dhrolia, Chug Chaitanya est originaire de cette même région de l’État indien du Gujarat. Il se présente comme membre de la branche britannique de l’Association professionnelle de comptables, Association of Chartered Certified Accountants (ACCA).

Son principal associé au sein de Vinmart n’est autre que Rahim Dhrolia, le fils de Roshanali Umedali Dhrolia. Canadien d’origine indienne, il est diplômé de l’école de commerce de l’Université de Toronto. Les deux hommes ont pignon sur rue en RDC. Ils sont les dirigeants légaux de sociétés bien connues, présentées par le site du Vinmart Group comme “associées”, entre autres la Société minière du Katanga (SOMIKA) et Mining Mineral Resources (MMR) qui exploite le site minier de Kisengo. Ce sont les populations riveraines de cette mine qui bénéficieraient des actions de la fondation Vinmart et de sa filiale, la fondation Kisengo.

Interrogés sur le Vinmart group, les associés de Somika expliquent par écrit que les deux familles sont « étroitement liées » et que « le groupe Vin Mart n’est pas une entité corporative avec des actionnaires, mais un nom donné à un groupe de sociétés qui ont été établies au fil du temps par les familles ».

Pour expliquer les incohérences dans sa présentation publique, M. Dhrolia et Chaitanya expliquent : « Si le groupe Vinmart a débuté en Tanzanie, son activité principale se situe désormais en RDC ». Quant aux deux fondations, elles ont été mises sur pied, car « depuis sa création, le groupe Vin Mart croit en la nécessité de redonner à la communauté ».

Indicateur #7 : des croissances suspectes ?

Ce n’est pas le seul « groupe » lié à ces familles qui rend publiques des informations incomplètes ou inexactes. Il semble que ce soit la même chose pour le Sanzi Group qui, avant de devenir le groupe SNS, donnait toutes sortes de données inexactes sur son origine et ses chiffres d’affaires. C’était une « dénomination informelle », assure un cousin éloigné, Sajid Dhrolia. Il indique que « le groupe n’existe pas, mais il existe des sociétés contenant le nom “Sanzi” ». 

Depuis le début des années 2010, on doit à cet autre conglomérat la création de deux des principaux groupes de distribution alimentaire en Afrique centrale : Biso Na Biso et sa chaîne de supermarchés Kin Marché en RDC, et Noble Group et sa chaîne Angola Mart en Angola. Ces deux chaînes connaissent sur cette décennie une croissance exponentielle. On assiste à cette même multiplication du nombre de magasins pour les chaînes UAC et GG Mart, liées à la famille Shukla.

Certains de ces commerçants indiens ont également connu une croissance du même type dans le secteur de l’immobilier depuis 2010, un nouveau secteur qu’ils ont investi. Ensemble ou séparément, les « cousins » Dhrolia, Sajid et Rahim, ont construit depuis dix ans à Kinshasa, Lubumbashi et Kolwezi la plupart des résidences et immeubles de luxe, avec Modern Construction (2009), Safricode (2013) et Maisons Super Development (2014)

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Nous avons comptabilisé au moins 17 immeubles et résidences édifiés sur cette période : à Kinshasa, ce sont le Congo Trade Center, Kiyo Ya Sita, le Panoramique, la Capitale, le Mirage, la Promenade, la Raquette, le Prestige, le Central, Casa Bella…

Dans le Haut-Katanga, il y en a presque autant : Index Building, le Rêve (Lubumbashi et Kolwezi), Aura, Golf Building, la Résidence, Atiya Tower/Infinity Building. En 2019, Sajid et Rahim Dhrolia décrochent, au bénéfice de la Compagnie hôtelière et immobilière du Congo (CHIC), un contrat pour la construction de trois hôtels pour le compte de la chaîne française Accor.

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Prospectus commercial. (Image d'illustration)
Prospectus commercial. (Image d’illustration) © RFI
    </div>On leur doit même, en 2021, Aqua Splash, le premier parc aquatique de la République démocratique du Congo. Il a ouvert ses portes le 1er novembre 2021. Situé dans l’un des quartiers populaires de la capitale congolaise, la commune de Limete à Kinshasa, le billet d’entrée n’est pas à la portée de toutes les bourses : le prix est de 35 dollars pour les adultes et 25 dollars pour les enfants.

Sur plus d’une dizaine d’officiels – issus du gouvernement, de la présidence, du Parlement et des services de sécurité – interrogés dans le cadre de cette enquête, cinq ont pointé, directement ou par l’intermédiaire de leurs sociétés, les familles Dhrolia et Shukla comme appartenant à des réseaux de blanchiment d’argent. Ces officiels disent se baser sur les informations de leurs services, leurs expériences personnelles et dénoncent la croissance des activités de ces familles depuis 2010.

« Certaines de ces familles sont arrivées il y a presque quarante ans, les parents faisaient déjà ce blanchiment, mais à petit niveau », confie un officiel de la République démocratique du Congo. « Ils prétendent importer des biens, mais leurs factures ne correspondent jamais à ce qu’ils importent. Ils font ce blanchiment dans toutes les banques du pays. »

L’officiel ne cache pas son mécontentement et sa frustration : « Ce n’est pas facile d’agir contre eux. Même aujourd’hui, ils sont très puissants. Ils arrivent à faire déplacer un service de sécurité, à faire intervenir un ministre ou un conseiller du président. C’est pour ça qu’ils sont aujourd’hui devenus très dangereux pour l’État congolais. » L’officiel congolais dit manquer de preuves pour convaincre les plus hautes autorités du pays et même redouter pour sa sécurité. « Même maintenant, avec le nouveau régime, ils sont très forts », renchérit-il.

Ces familles de commerçants indiens ont-elles vraiment une croissance anormale depuis dix ans ? Deux membres de ces familles, qui ont préféré garder l’anonymat, s’en défendent. Ils expliquent venir du secteur de l’informel où très peu de relations commerciales étaient formalisées. Elles se seraient nouées entre des familles de marchands indiens qui avaient leurs boutiques sur les marchés, dans un environnement d’affaires très difficile.

Ces sortes de pactes de solidarité auraient donné naissance à ces « groupes » qui auraient mis parfois plus d’une décennie à rentrer dans le secteur formel. C’est ce qui expliquerait que leurs enseignes et leurs tours soient apparus si soudainement dans le paysage congolais. 

Mais deux présumés acteurs de ces réseaux, Chug Chaitanya et Rahim Dhrolia, ne viennent pas, eux, du secteur de l’informel. Diplômés des meilleures écoles, ils sont même entrés en affaires de la Banque mondiale. Quand ils se lancent dans l’agriculture à la fin des années 2000, ils ont obtenu, depuis 2014, un prêt de 18 millions de dollars de la part de la Société financière internationale (IFC / Banque mondiale) pour le compte de deux sociétés associées au Vinmart Group : Terra SPRL et African Milling Company Congo (AMCC).

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Une photo du site du projet Terra.
Une photo du site du projet Terra. © RFI
    </div>Interrogée sur les bénéficiaires effectifs de ces sociétés et d’éventuelles pratiques de blanchiment de fonds, cette filiale de la Banque mondiale, dédiée à la promotion de l’investissement privé, assure avoir, lors de la phase d’évaluation de ce projet, mis en œuvre « <em>un rigoureux processus de due diligence en matière d’intégrité</em> » et « <em>maintenir une position ferme contre l’évasion fiscale, la corruption et le blanchiment d’argent dans les projets qu’elle soutient</em> ».

Pourtant, selon le site de l’IFC, l’actionnaire principal de ces deux sociétés s’appelle Passiflora, une société basée à l’île Maurice, appartenant aux familles Chug, Dhrolia et Rai. Cette île de l’océan Indien vient tout juste de sortir de la liste grise de l’Union européenne sur les paradis fiscaux.

N’en déplaise à la Société financière internationale, des mouvements suspects sont observés vers des sociétés du Vinmart Group deux ans après le début du prêt. Vinmart Limited, Vin Mart HK Limited, Vin Metal Synergies FZCO et Metmin SA PTY LTD vont être impliqués dans le transfert de 1,3 million en 21 virements. Ils sont parfois réalisés ou le même jour, mais pour des montants différents, ou des jours différents mais avec le même montant. Ils ne sont jamais trop élevés pour ne pas attirer l’attention.

Leurs justifications, l’achat auprès de ces sociétés du Vinmart Group de canapé, matériel informatique, téléphone, parfum et même un additif alimentaire. Rien qui ne semble véritablement correspondre à l’objet de ces sociétés.

Interrogés sur ces virements et établissements suspects, Chug Chaitanya et Rahim Dhrolia démentent tout transfert illégal : « Aucune des sociétés Vin Mart ne transfère illégalement des fonds », insistent les patrons de Somika. Ils assurent ne jamais avoir entendu parler les frères Khwaja, expliquent connaître les Shukla comme « membres de la communauté » et « avoir des relations d’affaires avec UAC, propriété de Kamlesh Shukla ».

Deux des ONG partenaires de l’enquête Congo Hold-up se sont penchées sur ces données. « Dépôts de dizaines de millions de dollars en liquide par des sociétés sans réelles activités apparentes, virements bancaires vers des centaines de sociétés dans le monde, principalement dans des juridictions offshore et opaques, factures douteuses, suspicions des départements de conformité », énumère Henri Thulliez, directeur de PPLAAF. « On a là tous les rouages d’une lessiveuse d’argent liquide qui envoie des fonds en grande quantité à l’étranger, à l’abri de tout contrôle. »

Denisse Rudich est l’une des expertes de The Sentry sur la lutte contre le blanchiment d’argent, la corruption. Elle y voit « beaucoup de sujets d’inquiétudes » : « Le recours excessif au cash, l’envoi de plus d’argent à l’étranger que celui qui est enregistré comme étant déposé en espèces ; la présence de sociétés liées par des relations familiales ou communautaires ; le transfert de centaines de millions de dollars à travers le monde, y compris via des pays connus pour être des pays de transit pour le blanchiment d’argent ; la présence de documents frauduleux… ». Pour elle, tous ces éléments indiquent « l’existence potentielle d’un vaste réseau international de blanchiment d’argent ».

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