Congo Hold-up: «Une grande partie des pots-de-vin sont passés par des banques à New York»

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                En 2008, on parlait de « contrat du siècle » en évoquant les six milliards de dollars de prêts chinois au Congo-Kinshasa, en échange de son minerai. Aujourd’hui, l’enquête Congo Hold-up, menée notamment par RFI, révèle que pour mener à bien ce projet, les Chinois ont dû verser au premier cercle de l’ancien président Kabila des pots-de-vin à hauteur de quelque soixante millions de dollars. Au cœur de ce volet de l’enquête, il y a l’ONG américaine The Sentry, cofondée par l’acteur américain George Clooney. Pour l’enquêteur senior Douglas Gillison, les grandes banques américaines ont aussi leur part de responsabilité. Il est l'invité de Christophe Boisbouvier.                </p><div readability="143.54045683314">

                <p><strong>RFI: Pourquoi dites-vous que le détournement d’argent par la société Congo Construction Compagny, c’est le « scandale du siècle » ?</strong>

Douglas Gillison : Effectivement, on peut dire que c’est une caisse noire qui se cachait derrière le contrat du siècle. C’est en 2007-2008 que des grandes entreprises chinoises ont passé un accord avec le gouvernement congolais pour troquer de l’infrastructure contre les minerais de très grande valeur du Congo. On en a parlé comme du contrat du siècle. Mais derrière, effectivement, il y avait un mécanisme de corruption qui se cachait et on en parle comme le « scandale du siècle » aujourd’hui.

Et dans ce volet de l’enquête Congo Hold-up, vous révélez que deux gros opérateurs chinois CREC [China Railway Engineering Corp] et Powerchina [Power Construction Corporation of China] ont versé des pots-de-vin au premier cercle de l’ancien président Joseph Kabila, c’est cela ?

C’est ça, oui.

Dans quel but ?

Après les élections de 2011, monsieur le président [Joseph] Kabila avait fait campagne sur les perspectives que représentait le contrat du siècle pour se faire réélire. Mais une fois réélu, c’est plutôt les Chinois qui avaient davantage besoin de lui que le contraire. Et c’est à ce moment-là qu’on perçoit le flux de pots-de-vin pour faire en sorte que l’Assemblée nationale adopte des exonérations fiscales nécessaires pour faire vivre le projet. Et aussi, il y avait effectivement un barrage hydroélectrique qui a permis l’exploitation des minerais. Et tout cela devait être négocié et adopté

Et quels étaient les intermédiaires par où passait l‘argent ?

Il y avait une caisse noire qui s’appelait « Congo Construction Compagny » [CCC], qui a reçu des sommes aux alentours de 65 millions de dollars sur cinq ans, dont la majorité ont été refilés au président, à sa famille, aux entreprises détenues par ses proches.

Mais, comment arrivait-il concrètement cet argent au destinataire final ? Est-ce qu’il arrivait sur des comptes à la banque BGFI ou est-ce qu’il était retiré sous forme de cash ?

Nous pouvons répondre à cette question grâce à la plus grande fuite de données de l’histoire de l’Afrique. C’est justement effectivement, comme vous le dites, des virements internationaux qui ont été versés sur des comptes au nom de sociétés ou d’individus, ou retiré en cash par des individus liés au président.

Est-ce que vous avez sollicité les réactions des sociétés que vous mettez en cause ?

Oui. Et rares ont été ceux qui ont choisi de répondre.

Je pense notamment aux opérateurs chinois CREC et Powerchina, et à l’opérateur sino-congolais Sicomines…

Pas de réponse. Aucune de ces trois sociétés.

Et du côté congolais ?

Le président [Kabila] lui-même n’a pas répondu. On a eu quelques réponses et des échos auprès de certains individus impliqués dans ce dossier, notamment l’actuel ministre pour l’Aménagement du territoire dans le gouvernement du président Félix Tshisekedi, monsieur Guy Loando, qui a nié avoir été au courant des agissements de ses partenaires en affaires. Il était avocat. D’après lui, il a fourni des services simplement.

Depuis le 19 novembre, Congo Hold Up multiplie les accusations de détournements contre l’ancien président Kabila. Que répondez-vous à ceux qui affirment que vous faites du « Kabila bashing » en vue de la présidentielle de 2023 et que vous faites peut-être le jeu de l’actuel régime du président Félix Tshisekedi ?

D’abord, comme je vous l’ai dit tout à l’heure, il y a un membre du cabinet de Félix Tshisekedi qui figure dans le rapport. Mais, deuxièmement, on est en 2021, il n’y a jamais le moment de parler des choses qui touchent le pouvoir si, effectivement, on va dire que, deux ans avant les élections, vous faites le jeu de ceux qui sont au pouvoir et de ceux qui vont se présenter. Mais, il s’agit pour moi, ici, non pas de faire la police des Congolais, mais plutôt de remettre les instances internationales devant leurs responsabilités, parce qu’une grande majorité des pots-de-vin sont passés par New York, par des banques internationales, telles que la Citybank et la Commerce Bank, qui avaient elles aussi des devoirs de vigilance pour les contrôles anti-corruption qui ont échoué, à notre avis.

A l’ONG américaine The Sentry, qui a été cofondée par l’ancien haut fonctionnaire américain John Prendergast et l’acteur américain George Clooney, ce que vous dites, c’est qu’il y a un manque de vigilance des grandes banques d’affaires internationales…

Quand on peut virer des millions de dollars d’une grande entreprise internationale à une société, qui est effectivement une caisse noire, sur la foi de documents qui n’existent pas, sans que personne ne pose des questions, oui.

 

À lire aussi : Notre dossier Congo Hold-up

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