Côte d’Ivoire: «Notre organisation est robuste et permet de mener la bataille contre Ebola et le Covid»

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La Côte d’Ivoire connaît son premier cas de virus Ebola depuis le milieu des années 1990. Une jeune fille, arrivée de Labé en Guinée, a été testée positive à Abidjan, la semaine dernière. Depuis, les autorités prennent des mesures : un plan de riposte a été mis en œuvre, la vaccination a commencé depuis plusieurs jours. Le ministre de la Santé de Côte d’Ivoire, Pierre Dimba, est l’invité de Magali Lagrange.

Quelles mesures avez-vous prises pour faire face à Ebola ? 

Depuis des années, la Côte d’Ivoire, pays frontalier de la Guinée, sachant ce qu’il se passe, a mis en place des comités de veille, des structures communautaires qui sont chargées en plus des forces de l’ordre et de nos services de santé de veiller sur les frontières pour éviter que les malades puissent y accéder. Dernièrement, nous avons eu l’alerte du virus du Marburg, donc nous avons pris les mêmes dispositions. Malheureusement, le 12 août, nous avons reçu dans notre service du CHU de Cocody une malade qui avait des symptômes de fièvre et d’hémorragie, mais nos spécialistes ont été prompts à réagir. Lorsque nous avons fait les tests avec l’institut Pasteur, nous avons découvert malheureusement le premier cas d’Ebola venu de la Guinée. 

Comment va cette jeune femme aujourd’hui ? 

Elle va bien, elle a été isolée, prise en charge par nos services de maladies infectieuses, et Dieu merci, elle va bien. 

Il y a maintenant un traitement contre Ebola, nous savons traiter la maladie ? 

Absolument, il y a un traitement, il y a même un vaccin. Nous avons donc grâce à elle mais surtout à la bonne collaboration de la compagnie des transports qui a été affrétée pour ramener sur Abidjan le contingent des Guinéens, identifié la composition de ce voyage, les passagers, et identifié aussi où ils ont pu atterrir. Les communautés qui les ont reçus ont fait l’objet d’isolement, et la vaccination a commencé depuis dimanche et se poursuit. 

Qui est vacciné, et qui doit se faire vacciner ? 

D’abord nous avons vacciné les occupants du car, mais également les autres cas contact. Vous savez, cette maladie fait peur, donc nous savons que les voyageurs ont été installés dans des communautés, dans des familles, mais les gens ont du mal à se présenter. Les témoignages montrent bien que ces gens-là sont dans des communautés, donc nous avons isolé ces communautés et nous avons vacciné tout le monde. Le fiancé de la malade également, sa famille, tout son entourage et son voisinage ont été isolés, ces personnes ont aussi été vaccinées, ainsi que le personnel médical de premier contact qui a pu recevoir cette dame. 

► À lire aussi : Ebola en Guinée et en Côte d’Ivoire: ce que l’on sait de l’itinéraire du virus

Itinéraire emprunté par la femme guinéenne détecté positive à Abidjan, de Labé (nord de la Guinée), jusqu'à la capitale ivoirienne, du 8 au 12 août 2021.
Itinéraire emprunté par la femme guinéenne détecté positive à Abidjan, de Labé (nord de la Guinée), jusqu’à la capitale ivoirienne, du 8 au 12 août 2021. Studio graphique FMM

La jeune fille a parcouru 1500 kilomètres, comment faites-vous pour retrouver tous les cas contact ? 

Nous étions à Waninou, qui a été la porte d’entrée de cette dame. Les populations de Waninou, les transporteurs, le corps préfectoral et les élus que nous avons rencontrés ont vraiment collaboré. Ils nous ont aidés à identifier son parcours de façon précise, donc je pense que tous ceux qui sont censés avoir été en contact avec cette dame et les autres voyageurs ont pu être identifiés, et la vaccination s’entendre à cette zone également. Mais au-delà, c’est aussi mettre une veille sanitaire pour que ceux qui pourraient éventuellement présenter des manifestations de symptômes qui s’apparentent à cette maladie soient automatiquement pris en charge. Pour le moment tout se passe bien. 

Pour les personnes qui nous écoutent, que doit faire quelqu’un qui a un doute, qui se demande s’il a croisé cette jeune femme ? 

Qu’il se signale auprès des centres de santé. On met en place un système de surveillance, on prend sa température de façon régulière, on l’appelle pour faire un diagnostic sur les symptômes éventuels de la maladie et leur manifestation, et donc cet isolement et ce suivi permettent d’anticiper si éventuellement cette personne est contact et porteuse de la maladie. Mais pour le moment tout se passe bien, à part la malade et son entourage qui ont été pris en charge suffisamment tôt, nous n’avons pas encore de manifestations qui s’apparentent à cette maladie.  

La jeune femme contaminée venait de Guinée, est-ce qu’il y a une collaboration avec la Guinée actuellement ? 

Oui, la collaboration a été enclenchée très tôt. Nous avons travaillé non seulement à faire acheminer les vaccins mais également fait venir via l’OMS les spécialistes pour compléter nos équipes et faire un travail collégial. C’est ce que nous faisons, aujourd’hui nous avons pu tracer l’itinéraire de cette dame. Les investigations sont en cours en Guinée. 

► À lire aussi: Ebola: vaccinations à Abidjan, recherche de cas contacts en Guinée

Et concernant la frontière entre la Guinée et la Côte d’Ivoire, avez-vous mis en place des mesures de contrôle qui permettraient de repérer d’éventuels autres cas ? 

Oui, la frontière officiellement est fermée, les passages officiels sont barricadés. Mais nous avons constaté qu’il y a des passages détournés, et grâce à la collaboration des populations et du corps préfectoral nous avons identifié ces points. Avec les forces de l’ordre et de sécurité, mais en même temps avec l’organisation de la population, nous avons mis en place un cordon pour surveiller ces points de passage, des moyens de mobilité ont été acheminés, donc la surveillance sera renforcée. 

Comme tous les autres pays, la Côte d’Ivoire fait face aussi à la pandémie de Covid-19, l’apparition d’Ebola ne risque-t-elle pas de vous détourner de la lutte contre le Covid ? 

Effectivement, c’est stressant de faire ces deux combats en même temps, mais je pense que cet évènement malheureux nous permet de comprendre que l’organisation mise en place est quand même assez robuste, et permet de mener les batailles sur deux fronts à la fois. 

► À lire aussi : Côte d’Ivoire: la vaccination contre Ebola commence au CHU de Cocody

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