De la Syrie à la Libye, le projet « néo-ottoman » d’Erdogan

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, le 9 juin à Ankara.

Investie militairement en Syrie, en Libye et dans le nord de l’Irak, engagée dans un bras de fer juridique avec ses explorations gazières contestées en Méditerranée orientale, la Turquie s’affirme comme un partenaire de plus en plus problématique pour ses alliés européens. Ce regain d’activité militaire intervient alors que la bonne fortune politique du président turc, Recep Tayyip Erdogan, est en déclin. Son Parti de la justice et du développement (AKP) a perdu les élections municipales dans la plupart des grandes villes en 2019, ses anciens acolytes ont créé des partis politiques pour le défier tandis que l’économie déclinante est devenue son talon d’Achille.

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Le numéro un turc a désespérément besoin d’une victoire après les revers subis par son armée en Syrie. L’accord de cessez-le-feu conclu avec Moscou, le 5 mars, pour le partage de la région d’Idlib, le dernier fief des rebelles anti-Assad, laisse les positions de l’armée turque à la merci de nouvelles attaques du régime et de son allié russe. L’alliance avec la Russie reste fragile, malgré l’acquisition des missiles antiaériens russes S-400. Autre paradoxe, le gazoduc TurkStream, inauguré en grande pompe le 8 janvier, est à moitié vide, la Turquie ayant considérablement réduit ses achats de gaz russe. Ils ont constitué 9 % de son approvisionnement en mars, contre en 21 % en février.

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« Défendre nos descendants »

Ce qui n’empêche pas M. Erdogan de s’inspirer de Vladimir Poutine. « On nous demande souvent ce que nous faisons exactement en Libye. Nous y sommes pour défendre nos descendants, nos frères anatoliens », a-t-il déclaré, le 22 décembre 2019, à Gölcük (région de Kocaeli), alors qu’il assistait à la mise à l’eau d’un nouveau sous-marin. Tel le maître du Kremlin, prompt à justifier l’intervention russe dans l’est de l’Ukraine par la défense des populations russophones, le président turc habille sa politique étrangère d’une parure « néo-ottomane » qui, sans ancrage dans la réalité, rend son récit politiquement cohérent.

Les actions militaires d’Ankara dans une région située au carrefour de l’Europe, de l’Afrique et du Moyen-Orient sont facilitées par la décomposition de l’ordre mondial issu de la guerre froide, les Etats-Unis ne songeant qu’à limiter leur engagement à l’étranger, tandis que l’Union européenne apparaît sans perspectives, « défaillante », dira M. Erdogan au plus fort de la pandémie de Covid-19. De cette fenêtre d’opportunité, il compte tirer parti pour ressusciter l’influence de son pays. « Tout projet, plan, politique ou économique, dans la région et dans le monde, est voué à l’échec, si la Turquie en est exclue. Cela est valable des Balkans à la Méditerranée, du nord au sud de l’Afrique », a-t-il déclaré, le 18 mai.

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