En Algérie, la justice décide de libérer Karim Tabbou et Amira Bouraoui, deux figures du Hirak

Une Algérienne brandit un portrait de Karim Tabbou lors d’une manifestation antigouvernementale à Alger, le 24 janvier 2020.

La justice algérienne a décidé, jeudi 2 juillet, de relâcher Karim Tabbou, figure emblématique du mouvement populaire anti-régime du Hirak (le « mouvement »). Un geste qui pourrait annoncer d’autres libérations d’opposants à la veille de l’anniversaire de l’indépendance.

Emprisonné depuis le 26 septembre 2019, Karim Tabbou avait été condamné en appel, le 24 mars, à un an de prison ferme pour « atteinte à l’intégrité du territoire national ». Lors de ce procès, l’accusé avait refusé de comparaître sans la présence de ses avocats, mais le juge n’avait pas accédé à sa demande. Karim Tabbou avait été pris d’un malaise en pleine audience, victime d’une poussée de tension artérielle, selon ses avocats. L’opposant est également poursuivi pour « atteinte au moral de l’armée » dans le cadre d’une autre affaire, dont le procès a été reporté au 14 septembre.

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Les ONG de défense des droits humains se sont félicitées de la décision de la justice algérienne. « Algérie, Karim Tabbou enfin libéré. Grand soulagement en attendant les autres », a aussitôt tweeté Saïd Salhi, le vice-président de la Ligue algérienne des droits de l’homme (LADDH). « Bonne nouvelle : liberté provisoire pour #KarimTabbou », a abondé Amnesty International, qui avait lancé une campagne internationale en faveur de sa libération. « Karim Tabbou relâché par ses ravisseurs. Il reste tous les autres. Il restera, ensuite, à libérer la justice », a néanmoins tempéré Abdellah Benadouda, fondateur de Radio Corona internationale, une station pro-Hirak basée aux Etats-Unis.

Le journaliste Khaled Drareni reste en prison

Autre figure remise en liberté : Amira Bouraoui, ex-animatrice du mouvement Barakat (« ça suffit ! »), qui s’était fait connaître en 2014 en incarnant l’opposition à un quatrième mandat du président entre-temps déchu Abdelaziz Bouteflika. Condamnée à un an de prison ferme en première instance le 21 juin, la militante devait sortir de prison, jeudi dans l’après-midi. Le tribunal de Tipaza (80 km à l’ouest d’Alger) a décidé de sa remise en liberté provisoire dans l’attente d’un nouveau jugement, le 24 septembre.

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Le journaliste Khaled Drareni, en détention depuis son arrestation le 7 mars, reste quant à lui en prison. Début mai, le président Abdelmadjid Tebboune avait affirmé au cours d’un entretien télévisé qu’« un journaliste interrogé par les services de sécurité est allé faire un compte rendu à l’ambassade d’un pays étranger ». Une allusion à Khaled Drareni qualifiée de « pression sur les juges » par ses défenseurs.

Amnesty International réclame « la libération immédiate et sans condition de tous les détenus d’opinion en Algérie ». Selon le Comité national pour la libération des détenus (CNLD), une association de soutien, près de 70 prisonniers d’opinion sont actuellement derrière les barreaux, la plupart pour des publications sur Facebook.

Six détenus graciés, dont trois liés au Hirak

Le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, a gracié mercredi soir six détenus, dont trois liés au Hirak. La présidence a fait état de cette mesure de clémence dans un communiqué publié à l’approche du 58e anniversaire de l’indépendance, célébré dimanche et qui est l’occasion d’appels à l’unité nationale.

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Depuis son élection le 12 décembre 2019, M. Tebboune a décrété plusieurs grâces présidentielles au profit de milliers de prisonniers, mais, jusqu’à présent, les détenus du Hirak en avaient été exclus. La libération de Karim Tabbou – et celle d’un autre militant, Samir Benlarbi – avait été évoquée au début du mois par le chef d’un parti d’opposition, Sofiane Djilali, qui avait intercédé en leur faveur auprès du chef de l’Etat.

Né en février 2019 d’un immense ras-le-bol des Algériens, le Hirak réclame un changement du « système » en place depuis l’indépendance, en 1962. En vain jusqu’à présent, même si la contestation a obtenu en avril 2019 le départ du président Bouteflika après vingt ans au pouvoir.

Le Monde avec AFP

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