En Algérie, la répression « implacable » du Hirak entrave la réforme constitutionnelle, selon Amnesty

Manifestation contre le président Abdelmadjid Tebboune à Berlin, où le chef de l’Etat algérien participait à une réunion sur la crise libyenne le 19 janvier 2020.

La répression « implacable » qui vise les militants du Hirak, le mouvement de contestation antirégime, risque de remettre en cause le processus de réforme constitutionnelle en cours en Algérie, estimait, jeudi 25 juin, Amnesty International (AI).

Au lendemain de son élection, le 12 décembre 2019, le président algérien Abdelmadjid Tebboune avait tendu la main au Hirak et s’était engagé à réviser la Constitution, retaillée sur mesure pour son prédécesseur Abdelaziz Bouteflika.

En mai, M. Tebboune a fait distribuer l’avant-projet de sa réforme aux partis politiques, aux syndicats et aux représentants de la société civile pour consultation.

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Dans une note de 10 pages adressée aux autorités, Amnesty exprime sa « préoccupation » à propos de certaines dispositions de l’avant-projet, notamment « en ce qui concerne les droits à la liberté d’expression et de réunion ». L’ONG regrette « l’absence totale de transparence » du processus et du calendrier de la révision constitutionnelle, qui sera soumise à référendum.

Elle s’inquiète aussi du maintien de « lois répressives », comme les amendements au Code pénal adoptés en avril qui criminalisent la diffusion de fausses informations, passible d’une peine de trois ans d’emprisonnement.

Amnesty, qui accompagne sa note de recommandations, prend néanmoins acte de l’introduction de « dispositions plus fermes sur les droits des femmes et les droits économiques, sociaux et culturels ».

Détention provisoire

Mais « si les autorités algériennes veulent que ce processus de révision constitutionnelle (…) soit pris au sérieux, elles doivent cesser d’arrêter des militant.e.s de l’opposition et libérer les personnes qui sont déjà incarcérées ou condamnées pour avoir simplement exercé leurs droits à la liberté d’expression et de réunion », plaide Heba Morayef, directrice pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.

« Tandis que des militant.e.s politiques et des membres de la société civile non violents, ainsi que des journalistes, croupissent derrière les barreaux, l’avant-projet de Constitution vient nous rappeler que les promesses des autorités d’écouter le mouvement de contestation sont loin de se traduire par des faits », déplore-t-elle.

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Au moins 500 manifestants ont été interpellés vendredi 19 juin à la suite de la reprise de marches hebdomadaires pro-Hirak à travers tout le pays, selon la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH).

La plupart ont été relâchés depuis sans inculpation mais une douzaine reste en détention provisoire.

Selon un décompte du Comité national de libération des détenus (CNLD), une association de soutien, quelque 70 détenus du Hirak sont actuellement incarcérés, la plupart pour des publications sur Facebook.

Le Monde avec AFP

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