En Côte d’Ivoire, la mort du premier ministre rebat les cartes de la présidentielle

Le premier ministre ivoirien, Amadou Gon Coulibaly, de retour de sa convalescence en France, à Abidjan, le 2 juillet.

Lui qui avait tant fait pour donner l’image d’un travailleur toujours à la tâche aurait peut-être aimé cette fin. Le premier ministre ivoirien, Amadou Gon Coulibaly est mort, mercredi 8 juillet, après avoir participé à un dernier conseil des ministres, présidé par l’homme qu’il a toujours servi, Alassane Ouattara, et qu’il ne remplacera jamais.

Victime d’un malaise puis transporté dans une clinique d’Abidjan, il s’est éteint dans l’après-midi, laissant « la Côte d’Ivoire en deuil », selon le communiqué de la présidence, et le chef de l’Etat orphelin de celui qui fut « pendant trente ans [s]on plus proche collaborateur », au point de l’avoir désigné comme son successeur.

En rentrant à Abidjan le 2 juillet, après deux mois d’hospitalisation à Paris, Amadou Gon Coulibaly, âgé de seulement 61 ans, espérait faire taire les doutes sur sa santé, se déclarant « en forme » dès sa descente d’avion et prêt à « prendre [s]a place aux côtés du président, pour continuer l’œuvre de développement et de construction de notre pays ». Ces interrogations ne l’ont jamais quitté depuis sa greffe du cœur en 2012, mais elles ont violemment ressurgi début mai lorsque le premier ministre s’est envolé pour la France, officiellement pour un simple « contrôle médical », alors que les frontières des deux pays étaient fermées en raison de l’épidémie de Covid-19. Il s’agissait en fait de lui poser un stent et les « quelques semaines de repos » se sont transformées en deux mois d’absence, dus notamment à des complications ayant nécessité une réhospitalisation à la Pitié-Salpêtrière (Paris).

Dans l’ombre de son mentor

L’illusion d’un homme apte à faire campagne pour la présidentielle prévue le 31 octobre n’a finalement pas duré. Technicien reconnu, y compris de ses opposants politiques, qui ne ménageaient en revanche pas leurs critiques sur son « clanisme » en faveur des personnalités de Korhogo, la grande ville du nord dont il était maire, ce fils d’une famille Sénoufo aura toute sa vie vécu dans l’ombre de son mentor. Ainsi, lorsque Alassane Ouattara entre à la présidence en 2011, il en devient aussitôt le secrétaire général, réglant les dossiers les plus sensibles avec le jeune frère du chef de l’Etat, Téné Birahima Ouattara, connu sous le surnom de « photocopie ». Puis vient la pleine lumière en 2017, lorsqu’il accède au poste de premier ministre. La fonction est faite pour le préparer à la candidature de la future présidentielle. Car au fond, Alassane Ouattara ne s’est jamais imaginé un autre successeur qu’Amadou Gon Coulibaly, un homme qui parle le même langage que lui, l’a aidé à se constituer un ancrage dans le Nord ivoirien et ne l’a jamais trahi pendant les années d’éloignement du pouvoir.

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