En Egypte, l’acharnement du pouvoir contre la famille d’un dissident emprisonné

Leïla Soueif et son fils, le dissident Alaa Abdel-Fattah aujourd’hui emprisonné, après le procès de Sanaa Seif au Caire, en octobre 2014.

LETTRE DE BEYROUTH

Elles sont trois : la mère, Leïla Soueif, une universitaire de 63 ans, et ses deux filles, Mona et Sanaa Seif, 34 et 26 ans, des militantes des droits de l’homme. Depuis l’arrivée du nouveau coronavirus sur les bords du Nil, au début du mois de mars, ces trois femmes, figures des milieux progressistes et culturels cairotes, frappent à la porte de l’administration pénitentiaire égyptienne.

Elles demandent la libération des dizaines de milliers de prisonniers politiques du pays, pour éviter que la maladie se propage dans les cellules surpeuplées où ils croupissent. Elles réclament aussi le droit de recevoir une lettre de l’un de ces détenus, Alaa Abdel-Fattah, 38 ans, le fils aîné de la famille, icône du combat pro démocratie en Egypte, dont elles sont quasiment sans nouvelles depuis trois mois.

Lire aussi Egypte : Alaa Abdel-Fattah, l’« icône de la révolution », à nouveau arrêté

Cette requête anodine, exprimée sous la forme d’un sit-in devant la prison de Tora, en périphérie du Caire, où est incarcéré Alaa, a suffi à fâcher le pouvoir. Après leur avoir envoyé ses sbires, qui les ont tabassées lundi 22 juin, le régime du président Abdel Fattah Al-Sissi a fait arrêter le lendemain la plus jeune de ces trois indignées, Sanaa Seif. « L’Etat s’acharne contre une simple famille, abandonnée par la justice et les médias », s’insurge l’intellectuelle Ahdaf Soueif, la sœur de Leïla, grande écrivaine d’expression anglaise.

Depuis le 10 mars, tous les parloirs sont fermés dans les prisons d’Egypte. Les détenus ne reçoivent plus aucune visite, ni de leur famille ni de leur avocat. Destinée à empêcher que l’épidémie s’engouffre dans les établissements pénitentiaires, cette mesure n’a fait qu’accroître l’inquiétude des familles de détenus. D’autant que les autorités ont aussi interdit les lettres et les coups de téléphone. Les audiences judiciaires auxquelles les détenus assistaient jusque-là ont également cessé. Ceux qui se trouvent en détention préventive n’ont plus la capacité de contester le renouvellement de leur incarcération devant un juge.

Grève de la faim

C’est le cas d’Alaa Abdel-Fattah, qui s’est mis en grève de la faim à la mi-avril pour protester contre ces décisions. Le trentenaire, acteur majeur du soulèvement de la place Tahrir en 2011, opposé aussi bien au mouvement islamiste des Frères musulmans qu’aux militaires, a passé l’essentiel des neuf dernières années derrière les barreaux. Il avait été libéré sous caution en mars 2019, après cinq années d’incarcération due à son opposition à une loi restreignant le droit de manifester. Mais en septembre de cette année-là, dans la foulée de petits rassemblements appelant à la chute du président Sissi, le dissident à la tignasse bouclée a été remprisonné.

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