Entretien avec George Forrest : “La Belgique ne protège pas ses entrepreneurs au Congo”

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Le nom du pays change et change encore, les chefs d’État passent, George Forrest reste.

Même s’il est d’origine néo-zélandaise et possède un passeport belge depuis le mitan des années 1990, son nom est indissociable du Congo et plus encore de la province du Katanga, au sud-est du pays, où il a vu le jour en 1940. C’est à partir de là qu’il a fait prospérer le groupe familial – créé par son père, Malta, et aujourd’hui dirigé par son fils également prénommé Malta – actif dans le bâtiment et les travaux publics, la construction, l’énergie, les mines, l’agroalimentaire… Étant l’une des plus grosses fortunes du continent africain, George Forrest reste un acteur économique important et un homme d’influence. Jadis dans le collimateur de la presse et des ONG, sans jamais qu’au final il ait été jugé coupable des faits qui lui étaient reprochés, l’homme met volontiers en avant ses nombreuses activités philanthropiques. Il est notamment à l’origine de la visite à l’Université de Lubumbashi du Dr Mukwege, dont il a tôt soutenu l’action, début mars dernier. Il avait à cette occasion accordé un entretien à La Libre dans son vaste bureau, décoré d’objets d’art et de souvenirs dévoilant des bribes d’une vie longue de 82 ans, pour discuter de l’évolution du Congo et de ses divers projets.

Le pouvoir actuel a signé des accords pour récupérer des avoirs qui étaient entre les mains du businessman Dan Gertler, proche de l’ancien président. Que pensez-vous de ces accords ? Dan Gertler est-il toujours quelqu’un de très puissant en RDC ?

ll a perdu beaucoup avec le départ de Kabila, mais je ne peux pas commenter des accords que je ne connais pas. Je pense que s’ils les ont faits, c’est qu’ils sont bons.

Il y a actuellement de fortes tensions entre les Kasaïens et les Katangais. A quoi est-ce dû ? Comment éviter que cela dérape ?

Ces tensions existent depuis toujours parce qu’il y a toujours eu beaucoup de Kasaïens aux positions clés, même au temps de la colonisation. Maintenant, ils débarquent au Katanga en raison des problèmes actuels au Kasaï. Cela irrite la population qui juge qu’ils viennent prendre la place des Katangais. Le gouvernement essaie de faire quelque chose pour développer le Kasaï et faire en sorte que les Kasaïens y restent mais il a peu de moyens et sa tâche n’est pas facilitée par tous les conflits et par les Chinois…

Quel est le problème avec les Chinois ?

Ils ne respectent rien, même pas la population. Est-ce qu’ils paient des droits de douane ? On découvre des dépôts chinois avec des minerais un peu partout. Ils rentrent et sortent sans qu’on le sache. Ils vivent entre Chinois, ils importent tout, ils ne font même pas vivre l’économie locale.

Le pouvoir congolais n’a pas assez de puissance pour s’y opposer ?

Le Président tente de faire pression pour changer cette mentalité des Chinois mais ce n’est pas simple.

Vous avez de bons contacts avec le président ? Vous pensez qu’il y aura des élections en 2023 ?

Je le pense.

Vous n’avez pas de candidat favori ?

(Un sourire en guise de seule réponse)

Vous avez auprès de l’opinion publique belge une image controversée, suite aux accusations, dont vous vous êtes toujours défendu, de trafic d’armes t de pillage de minerais, portées contre vus par des ONG et dans les médias. Vous êtes moins la cible de critiques aujourd’hui ?

J’ai l’impression que c’est moindre et que les médias se sont rendu compte qu’ils étaient manipulés par les ONG.

Ces accusations n’étaient pas de bonne foi ?

Ces ONG étaient payées. On a prouvé dans Le Soir et dans La Libre qu’une ONG anglaise très influente  avait reçu de l’argent, 250 000 dollars, d’un minier d’ici, pour les défendre et nous attaquer. Et comme les ONG s’écoutent l’une l’autre, c’était parti dans une attaque fulgurante, notamment orchestrée par le CNCD 11.11.11.

Avez-vous eu des contacts avec eux ?

J’ai essayé de discuter, mais ils ont refusé parce que leur opinion était faite.

L’Union européenne n’a de cesse d’insister sur sa volonté d’être un partenaire stratégique important pour l’Afrique. Est-ce encore possible ?

C’est limite. Il y a 25 ans déjà, j’avais dit lors de la visite d’une mission économique belge, que si l’Europe ne venait pas, et les Belges en particulier, on allait perdre le Congo et l’Afrique. Et quand s’est tenue une conférence Europe-Afrique en Libye (en 2010, NdlR), à laquelle j’avais été invité par Yves Leterme (alors Premier ministre, NdlR), je suis encore intervenu pour dire que l’Europe devait trouver des solutions. En fait, on a déjà perdu. Vous avez les Chinois, les Indo-Pakistanais dont on ne parle pas parce qu’ils viennent plus discrètement. Mais ils tiennent tout le commerce. Les Russes essaient de s’implanter…

Il faut aussi que les mentalités changent en Europe. Quand vous voyez comment les autres opèrent ici, nous sommes pénalisés. Nous, nous respectons toutes les règles de l’Europe, nous avons un comité de compliance qui est très strict et en même temps nous jouons dans un jeu… Les banques, si vous êtes au Congo, elles vous ferment les comptes. Si on n’aide pas les changements et les gens prêts à investir, ils ne viendront pas.

C’est la responsabilité du pouvoir congolais ?

Oui et non. Oui, parce qu’il y a eu une corruption généralisée et non parce que quand arrive un nouveau pouvoir qui essaie de mettre de l’ordre, il faut desserrer un peu la ceinture.

C’est-à-dire ?

Que les banques étrangères laissent les gens opérer. Ici, quand vous faites une transaction d’une banque à l’autre, ça prend une semaine, dix jours. On vous pose trente-six questions sur la provenance de l’argent avant de le débloquer, même 100 dollars… Ça, c’est la responsabilité des gouvernements européens et notamment du gouvernement belge qui ne protège pas ses entrepreneurs et agit ainsi sous la pression des ONG et de la presse.

Êtes-vous optimiste, pessimiste ou découragé en ce qui concerne l’avenir de la RDC ?

C’est difficile de me décourager. Si on trouve plusieurs personnes comme nous et des Congolais qui sont entrepreneurs, on peut développer le pays. Mais pour cela, il y a les facteurs de la sécurité et de la justice. Ça, c’est le rôle de l’État congolais. Si vous commencez par ça, les gens vont venir investir. Moi, je mise sur l’agriculture, parce que le Congo est un pays agricole, pas un pays minier. Si vous refaites les routes, vous aurez de nouveau des produits locaux sur le marché. Puis, il y a l’éducation. Plus vous aurez de gens éduqués, plus le pays va fonctionner, moins les gens vont s’expatrier parce qu’ils pourront trouver de l’emploi chez eux.

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