Fatou Bintou Dahaba, casque bleu à Tombouctou : « Dieu est à mes côtés. Sinon, j’ai toujours mon pistolet »

Pour ne rien manquer de l’actualité africaine, inscrivez-vous à la newsletter du « Monde Afrique » depuis ce lien. Chaque samedi à 6 heures, retrouvez une semaine d’actualité et de débats traitée par la rédaction du « Monde Afrique ».

La Sénégalaise Fatou Bintou Dahaba est casque bleu à Tombouctou, au Mali, au sein de la Minusma.

Chaque matin, le même rituel. Se doucher, prier, enfiler son treillis, nouer ses bottes, passer le gilet censé arrêter les balles de kalachnikov, avant de terminer par le casque bleu barbeau siglé des lettres UN. Un an déjà que Fatou Bintou Dahaba, 41 ans, répète cette routine ; depuis son entrée à la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma), le 18 juin 2019.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Les forces spéciales françaises ont tué et enterré le chef d’AQMI dans le désert du nord du Mali

La Sénégalaise fait partie d’un contingent de vingt hommes et six femmes de la police des Nations unies affectés à la sécurité de la « cité aux 333 saints » : la mythique Tombouctou, tombée aux mains des djihadistes d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et d’Ansar Dine un jour de juin 2012. La ville passe alors à l’heure de la charia, des femmes sont mariées de force, des hommes exécutés, des mausolées et tombeaux sacrés détruits ; jusqu’en janvier 2013, quand les forces françaises de l’opération « Serval » repoussent les assaillants. Depuis, ce sont les casques bleus de la Minusma qui assurent une partie importante de la sécurité de la ville et de sa région, où vivent près de 880 000 personnes.

« Prête à affronter tous les risques »

Fatou Bintou Dahaba est née bien loin de là, dans un petit village de Casamance, dans le sud du Sénégal. Mais c’est à Dakar qu’elle a étudié et poursuivi son rêve d’enfant, elle qui a toujours été « attirée par ces hommes et femmes épris de justice et de paix, qui avaient la mission d’assurer la sécurité des personnes et des biens », résume-t-elle. De fil en aiguille, elle devient policière et est affectée dans un commissariat de banlieue. Là, elle découvre le travail de proximité, qu’elle mène de front avec sa vie familiale – elle a donné naissance à quatre enfants, le dernier en 2015.

Après quatorze ans de cette vie au service de l’ordre et du respect des lois, elle décide de bousculer son quotidien et s’engage à la Minusma. « Le Mali et le Sénégal sont liés par l’histoire et la géographie, explique-t-elle. Nous sommes des républiques sœurs. Nous formions même une fédération juste après l’indépendance. Les Maliens sont mes frères, et en voyant leur pays s’effondrer, je voulais les aider. » Direction les routes minées du nord malien.

Lire aussi Au Sahel, deux guerres qui n’en font qu’une

Les embuscades djihadistes sur les convois de casques bleus ? Les engins explosifs improvisés qui projettent les véhicules blancs de l’ONU à plusieurs mètres ? « Je n’ai jamais peur », répond-elle, la voix assurée. A la ceinture, un pistolet MAC 50. Pourtant, ce n’est pas son arme qui la protège, « c’est ma foi et ma formation », assure celle qui se sent « prête à affronter tous les risques ».

Alors quand il faut escorter des officiels de l’ONU ou des dignitaires locaux, c’est elle, seule femme sénégalaise du contingent, qui prend le volant du 4×4 blindé – et souvent la tête du convoi en tant que cheffe de mission. Dans la police des Nations unies à Tombouctou, les femmes et les hommes participent aux mêmes opérations.

« Ils se cachent derrière l’islam »

Fatou Bintou Dahaba ne fait pas que de l’escorte et des patrouilles. Elle participe aussi à des actions de sensibilisation et de prévention des violences basées sur le genre. « Nous parlons aux soldats maliens, aux leaders communautaires, aux présidents d’association, détaille-t-elle. Nous leur faisons comprendre que les violences et les injustices de genre ne concernent pas que les femmes, mais aussi les hommes, et que les stopper est nécessaire au retour de la paix. »

Avec les collègues femmes de son unité, toutes africaines, elle recueille les témoignages des Maliennes. « Elles se confient plus facilement à nous. » En février, lors d’une patrouille en ville, une mère l’a abordée et lui a raconté le kidnapping de sa fille de 10 ans, violée par deux hommes sur le chemin de l’école. « J’étais effondrée. Cette fille en portera les séquelles toute sa vie. Comment peut-on faire autant de mal ? », s’interroge la policière.

Lire aussi Deux casques bleus tués dans le nord du Mali

En tant que mère, c’est la seule chose qui lui fasse peur. Alors, tous les jours, elle appelle ses enfants pour les rassurer et se rassurer elle-même. Elle ne les a pas vus depuis le 1er janvier mais compte rentrer à la maison avant de signer pour une autre mission onusienne. « Je veux être de ceux qui rétablissent la paix, dit-elle. Et peut-être servir d’autres missions dans le monde. »

Lundi 29 juin, le mandat de la Minusma a été renouvelé pour un an par le Conseil de sécurité de l’ONU. Alors que le défi sécuritaire s’aggrave au Mali, les effectifs de l’opération pourront grimper jusqu’à 13 289 militaires et 1 920 policiers, pour un coût annuel de 1,2 milliard de dollars (près de 1,1 milliard d’euros).

Le 13 juin, une attaque sur un convoi a ôté la vie à deux casques bleus égyptiens. Ce sont les dernières victimes en date des 216 militaires et policiers morts dans le cadre de la mission onusienne depuis 2013. « Ils se disent djihadistes mais se cachent derrière l’islam !, s’emporte Fatou Bintou Dahaba à propos des attaquants. Un fervent musulman ne tue pas, encore moins des femmes et des enfants. » La policière n’a pour l’instant jamais été la cible d’une attaque. Elle en sourit : « Dieu est à mes côtés. Sinon, j’ai toujours mon (pistolet) MAC 50. »

Total
1
Shares

Laisser un commentaire

Related Posts
%d blogueurs aiment cette page :