Félicien Kabuga, un fugitif dans les mailles du filet

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Publié aujourd’hui à 01h55, mis à jour à 13h54

Réveil en sursaut, comme dans un cauchemar. Il est 6 h 20, ce samedi 16 mai, lorsque deux fortes détonations résonnent dans un immeuble cossu du centre-ville d’Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine), près de Paris. Les gendarmes de l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité (OCLCH) jouent toujours l’effet de surprise. Parvenus au troisième étage, ils ont défoncé au vérin la porte de l’appartement 237. Ils se méfient de leur proie : Félicien Kabuga, un fugitif recherché par le Mécanisme résiduel du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) pour sa participation présumée au génocide des Tutsi en 1994 (1 million de morts). Un homme qui nargue la justice internationale depuis plus de deux décennies.

Lire aussi Félicien Kabuga, l’un des principaux accusés du génocide rwandais, arrêté en France

Dans le salon du modeste deux-pièces de 50 m2, les enquêteurs tombent sur un Africain d’une cinquantaine d’années, sous le choc de cette intrusion matinale. Une petite cuisine, vide, puis une chambre, où un vieux monsieur se lève avec lenteur. « C’est mon père, Félicien Kabuga », dit le premier, répondant au colonel Eric Emeraux, l’officier responsable de l’opération. « Comment vous appelez-vous ? », demande ce dernier au vieil homme. « Antoine Tounga », marmonne l’octogénaire encore endormi mais pas vraiment surpris par cette visite.

L’espace d’un instant, les enquêteurs se demandent s’ils ne se sont pas trompés. Un détail les rassure : la longue cicatrice verticale qui barre le cou du suspect sur une dizaine de centimètres en partant de l’oreille droite. C’est bien leur « client ». « Comme dans tous les autres cas, nous bénéficions de l’effet de surprise, résume le colonel Emeraux, ce qui provoque une sorte de sidération chez les personnes présumées criminels de guerre lors de leur interpellation, comme si elles avaient étéblastéespar notre apparition. »

L’immeuble de la rue du Révérend-Père-Christian-Gilbert, à Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine), où résidait Félicien Kabuga.

Après plus de vingt ans de cavale, celui que la justice internationale considère comme le financier du génocide des Tutsi – accusations qu’il conteste – estime sans doute n’avoir plus rien à perdre : son lourd secret de famille est en train de se fissurer. Il savoure encore quelques minutes de répit avant de décliner sa véritable identité, mais il sait qu’il est trop tard. Les gendarmes ont prélevé sa salive pour la comparer à la trace ADN dont ils disposent. Le temps de procéder à l’analyse, la confirmation tombe : Antoine Tounga est bien Félicien Kabuga. « Au bout d’une demi-heure, se souvient l’un des enquêteurs, il s’est levé et a commandé une omelette à son fils… On a laissé faire. » A 9 heures, le ballet de la perquisition peut commencer.

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