Gambie: le port de Banjul étouffe par manque de place

gambie: le port de banjul étouffe par manque de place 6305813ab071f.jpeg
gambie: le port de banjul étouffe par manque de place 6305813ab071f.jpeg

Publié le :

                Situé à l’embouchure du fleuve Gambie, proche de la Casamance, de la Guinée-Bissau, mais aussi du Mali, le principal port gambien de Banjul jouit d’une position stratégique en Afrique de l’Ouest. Mais dès que le volume des marchandises augmente, comme c’est le cas depuis le départ du président Yahya Jammeh, le port étouffe par manque de place.                </p><div readability="152.18080198722">

                <p><em>De notre correspondant à Banjul, </em><strong>Milan Berckmans</strong>

Sur les quais du port de Banjul, les travailleurs du jour s’abritent de la pluie dans des conteneurs vides. Les vas-et-viens des intempéries rythment l’ouverture des cales d’un navire de gros tonnage qui transporte du riz, et empêchent son déchargement.

Keitah Senghore, agent maritime pour un grand groupe de logistique portuaire, explique que « le problème, c’est qu’on a de la pluie depuis 8 heures du matin, et un navire de gros tonnage comme ça, ce n’est pas possible de l’ouvrir, parce que c’est du vrac. Ça peut pourrir. »

Pour ce responsable du transport, qui emploie une cinquantaine d’hommes à la journée, il n’y a pas que la pluie qui provoque des retards. L’autre grand problème, c’est le manque de place sur les quais. « Comme vous pouvez le voir, nous n’avons que deux ou trois quais, A et B, et puis le numéro un », montre Keitah Senghore. « Et donc nous ne pouvons pas prendre plus de trois bateaux par appel, qui puissent accoster. »

Des terminaux qui dépassent souvent leur capacité

Au large, d’autres bateaux de transport de marchandises attendent leur tour pour décharger leur contenu sur l’un des quatre emplacements. Une attente interminable, qui peut parfois durer jusqu’à quatre semaines.

Sur l’autre emplacement, les chariots porte-conteneurs se succèdent lentement sous la pluie pour décharger les grosses boîtes métalliques sur la terre ferme. Amadou Saal, responsable logistique, donne une idée du rendement actuel. « Cela dépend, parce que parfois, vous pouvez décharger plus de 100, peut-être 150 conteneurs, et puis parfois c’est moins. Comme hier, on a été capables de décharger seulement 34 conteneurs. » 

De l’autre côté du port, Buba Njie, responsable du contrôle des conteneurs aux importations, nous fait visiter le terminal dont il a la charge. Ici, les porte-conteneurs se relaient 24 heures sur 24 pour tenter de désengorger les trois terminaux qui dépassent souvent leur capacité, comme l’explique Buba Njie.

« La capacité du terminal est normalement autour des 1 500 conteneurs, ici on en a 2000, parfois on va en avoir quasiment 3 000. Et c’est là que ça devient hors de contrôle », dit Buba Njie.

► À lire aussi : Gennevilliers, nœud logistique aux portes de Paris

Des extensions pour doubler la capacité du port

Pour répondre à ces multiples problèmes, les autorités portuaires ont établi un plan d’expansion qui prévoit notamment de construire de nouveaux quais, d’accélérer la numérisation de la gestion du port, mais aussi de construire un nouveau terminal pour accueillir plus de conteneurs. Et c’est sur ce dernier point que les autorités gambiennes ont principalement travaillé sur l’acquisition de propriétés privées situées aux abords du port.

Sur les toits de l’administration portuaire, Landing Sanyang, responsable des services aux entreprises du port, fait l’inventaire. « On a cette extension qui est d’environ 18 000 mètres carrés et plus, cette école musulmane et une annexe d’une école technique publique. Au total, on sera aux environs de 70 000 mètres carrés », indique-t-il.

Selon Landing Sanyang, ces extensions permettraient de doubler la capacité du port dans les cinq années à venir en faisant de la place pour quelque 4 000 conteneurs en plus. Mais pour Nyang Njie, économiste, cette stratégie d’expansion a ses limites, il faut voir sur le long terme.

Le problème maintenant c’est : est-ce que ce sera assez avec ces terres pour l’expansion qui est requise ? Et ma réponse est non, parce que Banjul reste petite, et si on anticipe que d’ici 15 à 20 ans, les volumes d’échanges vont augmenter, cela aurait été idéal pour le gouvernement gambien de construire un tout nouveau port en dehors de Banjul, mais aussi de réserver des terres pour les futures expansions.

► À lire aussi : Le port de Gdańsk, le rêve d’un hub pour l’Est de l’Europe

Vers une relocalisation du port

L’autre principale raison qui pousse les autorités portuaires à envisager d’emménager ces activités en dehors de Banjul, c’est le risque d’inondations et de montée des eaux. En 2020, la revue Nature prédisait même qu’en cas de fort réchauffement des températures mondiales, la ville serait complètement noyée, d’ici 2100.

Le directeur-général de l’autorité portuaire Ousman Jobarteh répond que pour des raisons financières, l’expansion du port à Banjul continuera pendant une vingtaine d’années, mais que la relocalisation par la suite est une option qui intéresse fortement le gouvernement gambien. Le lieu aurait même déjà été choisi sur la côte, au sud du pays.

« Concernant les infrastructures du port, il y a des attentes claires : une fois que les volumes de marchandises captées auront atteint un certain seuil, on pourra se pencher sur la délocalisation du port sur la côte au sud du pays, là où il y a des eaux profondes. Le lieu a déjà été identifié. »

Selon Ousman Jobarteh, le chantier du nouveau port devrait coûter aux alentours de 500 millions de dollars. En attendant, face aux longs délais d’attente pour les livraisons au port – entre 10 jours et quatre semaines –, de nombreuses entreprises en Gambie choisissent de passer par d’autres ports de la région, plus efficaces et moins coûteux.

            </div>
Total
2
Shares
Related Posts
%d blogueurs aiment cette page :