Ghislaine Dupont et Claude Verlon, Jamal Khashoggi… Agnès Callamard, une intraitable enquêtrice à l’ONU

Agnès Callamard devant l’office des Nations unies, à Genève, le 8 juillet 2020.

Derrière de jolies lunettes cerclées vert d’eau se trouve une femme qui vit parmi les morts. Agnès Callamard parle vite, mélange anglais et français, n’hésite pas à dire « l’autre bâtard » ou « bullshit total » quand il le faut et plaisante beaucoup. De l’humour, il en faut quand on exerce son métier : rapporteuse spéciale des Nations unies sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires.

Parmi ses dernières enquêtes : l’assassinat au Mali des deux journalistes de RFI Ghislaine Dupont et Claude Verlon en 2013, du journaliste saoudien Jamal Khashoggi à Istanbul en 2018, du général iranien Qassem Soleimani par une frappe américaine le 3 janvier… Autant de sujets brûlants sur lesquels elle est souvent la seule à mener une investigation, s’attirant menaces de viol et de mort.

Lire aussi Agnès Callamard, meilleure ennemie de Rodrigo Duterte

Si elle ne possède pas le statut de diplomate, elle a tout de même la possibilité de se saisir de certains cas. « La façon dont elle a travaillé au sujet de Jamal Khashoggi illustre parfaitement qui elle est, résume l’avocate américaine Carolyn Horn, sa principale collaboratrice. Elle a compris que la communauté internationale n’allait rien faire. De son propre chef, elle a lancé cette enquête, avec les risques encourus. Elle est courageuse, méticuleuse, intransigeante. Et sa sécurité n’entre jamais en considération dans ses choix. »

Rapporteuse bénévole

On la rencontre à Genève, le siège des Nations unies en Europe. Le 9 juillet, elle a rendu son dernier rapport, consacré à l’usage meurtrier des drones par nombre de pays. L’assassinat de Qassem Soleimani ? « Illégal », écrit-elle. Réplique agacée du secrétaire d’État américain, Mike Pompeo : « Ce rapport est fallacieux et démontre à quel point il faut se méfier du discours des Nations unies… »

« Notre politique étrangère n’est guère portée par la défense des droits humains. Mais sous Le Drian… Je ne saurais même pas dire s’il a pu défendre cette idée au moins une fois. » Agnès Callamard

Âgée de 55 ans, cette experte internationale passe le plus clair de son temps aux États-Unis. Elle enseigne à Columbia, l’université de Harlem aux 101 Prix Nobel et 34 chefs d’État, dont Barack Obama, qui multiplia les assassinats par drones instaurés sous George W. Bush. Elle y dirige un cursus consacré à la liberté de la presse et à la liberté d’expression. De quoi payer le loyer de son tout petit appartement new-yorkais puisque la mission de rapporteur de l’ONU (deux mandats de trois ans, elle entame sa quatrième année) est bénévole et chichement défrayée. Pour l’enquête sur Khashoggi, elle a dû aller frapper à la porte d’ONG pour couvrir les deux tiers des frais de son enquête. Contrairement à ce qu’insinuent sur les réseaux sociaux les Saoudiens, elle ne croule pas sous les dollars offerts par l’ennemi juré, le Qatar.

Il vous reste 65.45% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Total
1
Shares

Laisser un commentaire

Related Posts
%d blogueurs aiment cette page :