Guy Ossito Midiohouan: «les pratiques révélées par le rapport Sauvé existent aussi en Afrique»

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Environ 3 000 prêtres ou religieux impliqués, plus de 300 000 victimes entre 1950 et 2020. La publication du rapport Sauvé, le 5 octobre 2021, sur la pédocriminalité au sein de l’Église catholique en France continue de susciter de vives réactions, et pas seulement dans l’Hexagone. Au Bénin, Guy Ossito Midiohouan, professeur de littérature et de civilisations africaines à l’université de Calavi, près de Cotonou, appelle l’Église du Bénin à ouvrir une enquête similaire. Il vient de publier une tribune dans la presse béninoise dans ce sens et répond aux questions de Carine Frenk.

RFI : Environ 330 000 victimes d’agressions sexuelles depuis 1950 en France. Ces chiffres vous ont stupéfait ?

Guy Ossito Midiohouan : Le rapport Sauvé a été pour moi un grand choc par l’ampleur du phénomène et sa persistance dans le temps. À l’époque, quand s’ouvre cette enquête, la messe commençait par une formule latine qui signifie « J’irai vers l’hôtel de dieu, vers dieu qui fait la joie de ma jeunesse ». Et voilà ce qui est fait de cette jeunesse, une jeunesse qui est détruite, assassinée. Donc, il y a un décalage entre les proclamations liturgiques et la réalité de la pratique religieuse. Cela révèle que nous avons affaire à une escroquerie morale de grande ampleur, à un mensonge criminel qui doit interpeler tous les chrétiens du monde.

Cette pédocriminalité n’existe à l’évidence pas uniquement en France ?

Pas du tout. Pas du tout. Et naturellement, en tant que chrétien, moi je me suis senti interpelé. Cela a ravivé en moi certains aspects de mon vécu personnel en tant qu’écolier, en tant qu’ancien enfant de chœur, et puis en tant qu’adulte et citoyen qui observe l’évolution de l’Église au Bénin et en Afrique. Les pratiques révélées au grand jour par le rapport Sauvé ont existé et existent aussi en Afrique. C’est le moins qu’on puisse dire pour le moment.

Que se passe-t-il dans un pays comme le vôtre, le Bénin ?

Ce sont des phénomènes qui existent. Tout le monde vous dira que la sexualité des prêtres dans l’Église catholique est quelque chose qui pose problème. En 2020, il y a sœur Mary Limbo du Togo qui a soutenu une thèse sur « Les figures féminines dans les religions » et qui parle d’abus sexuels sur les religieuses. Ça, c’est en interne. Maintenant, les relations des prêtres avec les femmes, les prêtres qui ont des maîtresses en ville, ça ce sont des phénomènes très courants qu’on observe chez nous.

Sur cette règle du célibat, loin d’être respectée par tous les membres du clergé catholique africain justement, le phénomène de pédophilie dans l’Église catholique, est-il-selon vous, aussi important en Afrique qu’en Europe ?

Cela, je ne peux pas l’affirmer. Mais je sais que cela existe. Rien que depuis le 5 octobre, date de publication de ma tribune, j’ai reçu personnellement des témoignages spontanés de victimes de pédophilie en Afrique, qui sont des Africains. Donc, cela existe. Et je crois que l’hypocrisie systémique, le célibat, l’omerta, c’est la combinaison de tout cela qui constitue le fondement de ce que nous observons aujourd’hui.

Vous parlez de l’omerta du Clergé ?

Mais bien sûr ! Il a suffi que je réclame cette enquête pour que je devienne l’objet de toute sorte de pressions. On me dit : attention, c’est très dangereux pour toi d’avancer sur ce terrain. J’entends dire que cette situation prévaut partout, dans toutes les religions, chez les évangélistes, dans les nouvelles religions, chez les musulmans, chez les pratiquants des religions traditionnelles. S’il faut faire une enquête, les gens disent que l’enquête doit se faire partout, qu’elle doit être globale ou ne pas se faire. Et puis, on note aussi une volonté de minimiser l’impact psychologique et sociale du rapport Sauvé. On ne nous dit pas par exemple qu’il y a que 3% de religieux. Donc, on voudrait absolument que l’honneur de l’Église soit sauf. Donc en clair, moi, je crois que la conspiration du silence, la conspiration par le silence à la vie dure et l’omerta semble avoir de beaux jours devant elle.

La prédation sur les enfants n’est pas le seul fait de l’Église, des maîtres d’école, des professeurs ou dans les familles aussi ?

Oui. Ça existe et je crois que c’est partout où cela existe qu’il s’agit de la combattre. Il convient d’aller plus loin que le constat empirique. L’enquête est quelque chose qu’on doit réclamer, qu’on doit obtenir et qui doit se réaliser. L’Afrique est non seulement en retard, mais elle résiste. Et je pense que le rapport Sauvé nous en offre l’occasion.

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