Human Rights Watch dénonce des exécutions extrajudiciaires de masse dans le nord du Burkina

Patrouille de l’armée burkinabée dans les environs de Dori, dans le nord-est du pays, le 3 février 2020.

Human Rights Watch (HRW) a dénoncé, mercredi 8 juillet, des exécutions extrajudiciaires de 180 personnes ces derniers mois à Djibo, dans le nord du Burkina Faso, impliquant des forces armées burkinabées. « Des fosses communes contenant au moins 180 corps ont été découvertes au cours des derniers mois, et les preuves disponibles suggèrent l’implication des forces de sécurité gouvernementales dans des exécutions extrajudiciaires de masse », indique l’organisation de défense des droits humains dans un rapport établi sur la base de témoignages d’habitants.

Selon ces derniers, les morts, tous des hommes, avaient été abandonnés par groupes de trois à vingt le long des routes principales, sous des ponts, ainsi que dans des champs et des terrains vagues. Ce sont des habitants qui ont enterré les corps dans des fosses communes « en mars et en avril », « avec l’approbation des autorités militaires et locales », explique HRW.

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La majorité des victimes étaient des hommes appartenant à l’ethnie peule, rapportent les témoignages. C’est principalement parmi elles que recrutent les groupes djihadistes qui ensanglantent le Burkina Faso depuis cinq ans. « Les autorités du Burkina Faso devraient dévoiler de toute urgence qui a fait de Djibo un terrain d’exécutions sommaires », a déclaré la directrice pour l’Afrique de l’Ouest de HRW, Corinne Dufka, citée dans le rapport. « Les informations existantes désignent les forces de sécurité gouvernementales, il est donc essentiel de mener des enquêtes impartiales », estime-t-elle.

Graves bavures

En réaction à ces allégations, le gouvernement s’est engagé à ouvrir une enquête, expliquant que ces exécutions ont pu être commises par les groupes armés en utilisant des uniformes et moyens logistiques de l’armée volés lors d’attaques, selon HRW. Djibo est située dans l’une des régions les plus touchées par les assauts djihadistes.

Les forces de l’ordre burkinabées ont été plusieurs fois accusées depuis trois ans de graves bavures et d’exécutions extrajudiciaires de civils dans leur lutte contre les djihadistes. Le 12 mai, douze personnes, parmi vingt-cinq arrêtées pour « suspicion de faits de terrorisme », étaient mortes dans leur cellule de la gendarmerie de Tanwalbougou (est), une affaire qui avait fait grand bruit.

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Selon des proches des victimes, dont un député, et des organisations non gouvernementales (ONG), ces douze personnes étaient en fait des civils pris dans une rafle et qui furent exécutés sommairement d’une balle dans la tête. Mais le procureur a exclu cette piste.

Le Burkina Faso est en proie à de fréquentes attaques djihadistes, parfois entremêlées à des conflits entre communautés. Ces attaques ont fait plus de 1 100 morts depuis 2015, et contraint près d’un million de personnes à fuir leurs foyers.

Le Monde avec AFP

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