Incertitudes et roulette russe dans le Sahel et en Afrique de l’Ouest

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                C’est déjà le centième « ça fait débat avec Wathi ». En ce début d’année, l’actualité reste dominée par l’insécurité et l’instabilité dans le Sahel. Vous estimez dans une tribune publiée chez nos confrères de <em>Jeune Afrique</em> que cette année est celle de lourdes incertitudes.                </p><div readability="90.348649272685">

                <p><strong>Gilles Yabi : </strong>Personne ne sait à quoi ressemblera 2022 au Mali. Au Burkina Faso, en très grande difficulté avec de larges pans de son territoire occupés par les groupes armés, le nouveau gouvernement devra très rapidement afficher des signes de reprise en main. Le Niger apparaît comme moins vulnérable, mais il n’a point échappé à des attaques meurtrières contre ses soldats et contre des populations civiles et il n’est pas épargné par de graves affaires de corruption et de criminalité organisée. 

La Mauritanie continue à échapper à la violence terroriste et son approche militaro-politico-religieuse pragmatique semble toujours efficace. Certains éléments de cette approche devraient inspirer des pays voisins, mais il faut se méfier aussi de toute conclusion définitive sur le cas mauritanien. Les fissures qui parcourent la société mauritanienne sont connues et elles ne sont pas traitées. 

Au Tchad, l’incertitude politique est presque aussi forte qu’au Mali. Le général-président Mahamat Idriss Déby a évoqué dans une interview la volonté divine s’agissant de son destin politique. Ce n’est pas bon signe quant au respect de ses engagements… Pour ceux qui espéraient que la disparition du maréchal Idriss Déby ouvrirait la porte à une véritable rupture dans l’histoire politique du pays, rien n’est gagné. Et si on s’aventure plus loin, au Soudan, on reste dans l’incertitude avec une transition qui est contrôlée désormais par des militaires violents accrochés à leurs privilèges. 

RFI : Et ce dimanche, un nouveau sommet extraordinaire des chefs d’État de la Cédéao à Accra se penchera sur la transition au Mali et surtout sur sa durée… 

Oui, ce qui ressemble à un marchandage entre l’équipe du colonel Assimi Goïta et de Choguel Maïga d’une part et l’organisation régionale, d’autre part, achève de donner une image lamentable à la fois du jeu politique à l’échelle nationale et des processus de décision au niveau régional. 

Je ne fais certes pas partie de ceux qui considèrent que les périodes de transition doivent servir exclusivement à préparer des élections pour revenir à un ordre constitutionnel inopérant. Je pense que dans le contexte de pays enfoncés dans une crise sécuritaire, politique, sociale et même morale, les périodes de transition doivent être mises à profit pour restaurer un minimum de sécurité sur le territoire et pour enclencher des changements institutionnels et politiques ambitieux. Encore faut-il que certaines conditions soient remplies pour qu’une transition ouvre effectivement la voie à une nouvelle trajectoire politique positive. 

Vous doutez que ces conditions soient aujourd’hui remplies au Mali…

Oui. Une des conditions est que le pouvoir de transition inspire assez largement confiance quant à l’absence de prééminence d’agendas personnels et qu’il recherche avec sincérité l’adhésion d’une majorité de forces politiques et sociales. Le contexte dans lequel ont été organisées les Assises de la refondation n’a pas été marqué par un large consensus. Mais malgré cela, si les autorités de transition avaient par exemple estimé que dans la fourchette allant de 6 mois à 5 ans proposée par les participants aux Assises, un délai de deux ans leur semblait approprié pour mettre en œuvre les réformes les plus urgentes et organiser les élections, elles auraient donné un signal de sérieux et de respect de la diversité des opinions exprimées lors des Assises. 

En choisissant la limite supérieure, qui équivaut à la durée d’un mandat présidentiel constitutionnel, le pouvoir actuel de Bamako fait douter profondément même ceux qui voulaient bien lui donner une chance de faire mieux que les gouvernements élus et non élus qui se sont succédé depuis dix ans avec le bilan que l’on sait. Rappelons cependant autant aux chefs militaires de Bamako qu’à la Cédéao que jouer avec l’avenir du Mali, c’est aussi jouer à la roulette russe avec la sécurité de tous les pays d’Afrique de l’Ouest.

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