Inna Modja parie sur la Grande Muraille verte pour « redonner un rêve à l’Afrique »

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L’affiche du film documentaire de Jared J. Scoot, « The Great Green Wall », sorti en salle le 22 juin 2020.

Oubliés le strass et le sourire caméra. Quand Inna Modja raconte le danger imminent que court son Sahel natal, brûlé par la sécheresse, miné par les conflits et grignoté par une émigration de survie, l’artiste malienne et ex-mannequin troque sa volonté de séduire contre une farouche envie de convaincre.

La chanteuse et actrice, à qui on doit des albums à succès et de nombreux passages sur les télévisions françaises, a repris ses accents de militante en sillonnant l’Afrique, de Dakar à Djibouti. Des mois durant, elle a traversé son continent de cœur pour raconter la Grande Muraille verte, un mur végétal en cours de plantation qui ambitionne de devenir un rempart contre la désertification qui ronge les 8 millions de kilomètres du Sahel.

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De là est né The Great Green Wall, écrit, réalisé et produit par l’Australien Jared P. Scott. Ce documentaire musical, qui s’est construit autour d’Inna Modja et de son road trip, sort en salle lundi 22 juin « pour raconter l’urgence de construire cette barrière contre la désertification en montrant l’état des pays du Sahel aujourd’hui », rappelle la comédienne.

Alternative à la faim

Une violente aridité s’est installée partout sur des millions de kilomètres carrés. Dans le village de Colli Alpha, où elle s’est rendue, elle a rencontré des petites filles qui déchiraient des sacs de ciment vides pour les donner à manger au bétail, mêlés à quelques écorces de baobab, faute d’autre nourriture. Une scène demeurant parmi celles qui l’ont le plus choquée durant son périple à travers cinq pays. Mais la musicienne a aussi croisé des orphelins rescapés de familles disséminées par Boko Haram. Des enfants enlevés et conditionnés à tuer par ce même groupe terroriste. Car sur ces terres devenues stériles, les groupes djihadistes sont quasiment les seuls à offrir une alternative à la faim. Juste un peu d’argent pour s’enrôler et combattre ce qui reste des institutions étatiques. L’artiste a également rencontré, au gré de ses étapes, des migrants coincés dans le désert, en errance, trop honteux d’avoir échoué à gagner l’Europe pour oser rentrer chez eux.

« Je n’imaginais vraiment pas trouver une telle situation », résume Inna Modja, émue qu’un des migrants bloqués au Niger soit issu du quartier de Bamako où elle est née et a grandi. « Ça aurait pu être moi », s’identifie cette fille issue de la communauté peule. « Parmi les orphelines de Boko Aram, il aurait pu y avoir ma fille », ajoute-t-elle, touchée au cœur en tant que jeune maman par ces destins brisés. De ces rencontres, Inna Modja tire une motivation, une ambition forte : « Redonner un rêve à l’Afrique, à chaque enfant africain. » Et à ses yeux, « réaliser la Grande Muraille verte, c’est s’autoriser à rêver à nouveau ». Une idée africaine, réalisée par des Africains.

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Tout commence en 2007. Les premiers effets du dérèglement climatique commencent à se faire sentir. La terre perd de sa fertilité, les pluies se font rares, ou trop violentes, les villages recommencent à manquer de nourriture… Naît alors l’idée qu’il faut se battre contre ce désert rampant en plantant des arbres, une Grande Muraille verte, capable de restaurer les écosystèmes. Et ainsi refaire du Sahel une terre fertile et nourricière. Douze pays s’engagent sous l’égide de l’Union africaine (UA). Ils sont 21 aujourd’hui à avoir signé et parfois bien entamé le processus : 12 millions arbres plantés au Sénégal, 15 millions d’hectares restaurés en Ethiopie, 3 millions au Burkina, 5 millions au Nigeria ou au Niger. Ce sont ces avancées qu’Inna Modja observe, et ses piétinements aussi. Car treize ans plus tard, Jared Scott, qu’on savait déjà préoccupé par le climat depuis le documentaire The Age of Consequences (2016), a voulu braquer à nouveau les projecteurs sur ce défi.

Le combat sera long. Ambitieux, l’objectif est de refertiliser, d’ici à 2030, 100 millions d’hectares de terres aujourd’hui perdues pour la culture, de piéger, grâce à cette végétation, 250 millions de tonnes d’émissions carbone et de créer 10 millions d’emplois en zone rurale. « Si nous achevons la Grande Muraille verte, ce sera la réalisation humaine la plus longue. Plus que la Muraille de Chine ! », observe la jeune femme, fière à l’avance de son continent. Mais il faut accélérer le pas. La population du Sahel, de 100 millions aujourd’hui va être multipliée par trois d’ici à 2050. Et la crainte grandit de voir exploser le nombre de candidats à l’exil si la désertification continue, ou les ralliements aux djihadistes.

« Un exemple pour le reste du monde »

Si la Grande Muraille peut changer le destin de bien des jeunes Africains, elle aura aussi des bienfaits sur le climat de la planète, sur l’Europe, si proche voisine des côtes africaines. D’où l’idée du réalisateur, Jared P. Scott d’essayer de toucher un public plus large que les classiques militants verts en accompagnant Inna Modja dans son road movie.

Ambassadrice des Nations-Unies en Afrique et en Inde sur le climat, populaire de Bamako à Paris ou New York par ses albums, l’artiste semblait s’imposer comme la porte-parole idéale. Et pour Inna Modja, maman depuis 2019, l’heure était venue. Car à Valentina, sa fille, elle veut léguer un monde « viable », « une planète qui ne brûle pas sans fin comme l’Australie il y a quelques mois, ou le Mexique auparavant ». Et sur cette terre, elle veut une Afrique forte « qui ne tende plus la main, mais a retroussé ses manches pour faire barrière au réchauffement et devenir un exemple pour le reste du monde ».

La jeune femme n’est pas née écologiste. La première fois qu’elle a vraiment « agi » pour la nature, c’était au collège, se souvient-elle : « Je devais avoir autour de 14 ans et, en sortie scolaire, nous avions planté des arbres. Je me souviens encore de ma fierté d’adolescente à l’idée d’avoir accompli ce geste qui contribue à reverdir un peu mon pays. »

« On doit oser inventer le futur », disait Thomas Sankara, brièvement chef de l’Etat burkinabé. Inna Modja connaît par cœur cette phrase pour avoir grandi à l’ombre d’un père sankariste. Chaque jour elle se la répète. Encore et encore.

Voir la bande-annonce du documentaire en cliquant ici.

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