La flambée de cas de coronavirus menace-t-elle la Constitution sud-africaine ?

Distribution de nourriture pour des résidents du canton de Tsakane, dans la province de Gauteng (Afrique du Sud), le 6 juillet.

LETTRE D’AFRIQUE

Au poste de police de Parkview, à Johannesburg, tout semble normal, comme dans « nouveau normal », le terme consacré depuis que les habitudes du quotidien ont été changées par la pandémie de Covid-19, qui est en train de s’emballer en Afrique du Sud, comme prévu, comme redouté. La barre des 200 000 cas est désormais passée, le nombre des décès se situe au-delà de 3 500. Les courbes se cabrent et devraient continuer sur cette lancée pendant au moins deux mois.

Devant le poste de police, la queue des usagers serpente sagement, chacun à distance respectable. C’est ici un quartier riche, avec de belles maisons, et une belle discipline facile à imposer vu la faible densité. Une seule personne à la fois, masquée, est autorisée à entrer dans le bâtiment. A l’intérieur, tout a été désinfecté du sol au plafond après la fermeture du poste, il y a quelques jours, à la suite d’une série de cas de coronavirus parmi les policiers. L’effectif demeure réduit. Il y a aussi des « hot spots », concentrations de cas, dans les beaux quartiers. Du reste, finalement, stop : impossible de se faire prendre les empreintes ce jour-là, toute l’équipe en uniforme vient de partir se faire tester. On ne sait quand ils reviendront, le système est tellement engorgé. Où faut-il aller, pour trouver des policiers en activité pour ce genre de démarche ? La station la plus proche est en quarantaine. Pour cause de coronavirus. D’autres ouvrent et ferment au fil des contaminations. « Revenez demain, et vous verrez si le service est rétabli », conseille l’officier, fataliste, en vaporisant les mains les plus proches.

Fêtes, dîners et barbecues se multiplient

Le confinement, en Afrique du Sud, a commencé le 27 mars, en mode dur, et dans un climat d’approbation générale. Ce n’est que cent jours plus tard, alors que ses règles en ont été adoucies, que la pandémie devient tangible. Le pays de 57 millions d’habitants se pliait aux règles quand la pandémie était en gestation. Mais avec le temps, la fatigue a fait son œuvre : la nation se cabre en même temps que les courbes. Les taxis collectifs ont annoncé qu’ils reprendraient leur service à plein régime, et, alors que les visites demeurent interdites, fêtes, dîners et barbecues se multiplient.

Ces derniers jours, 10 000 nouveaux cas ont été recensés quotidiennement à l’échelle du pays. Le Gauteng, la plus petite, la plus riche, la plus peuplée des provinces, celle où se situe Johannesburg, en compte près de la moitié. La liste des hôpitaux qui approchent de la saturation s’allonge. Impossible d’aller voir de près les services réservés aux malades du Covid-19. Leur accès en est strictement interdit. La logique médicale est imparable. Mais cela permet-il de cacher des dérives ? Shonisani Lethole, 35 ans, un homme qui était hospitalisé depuis une semaine avec des troubles respiratoires à Thembisa, grand township à l’est de la ville, a signalé dans un ultime message sur Twitter que les mauvais traitements dont il faisait l’objet « devenaient intolérables » et qu’il n’avait pas été nourri depuis deux jours. Lorsque ses parents ont tenté de lui apporter de la nourriture, ils n’ont pas été autorisés à le voir. Lorsqu’ils sont revenus, on leur a donné son téléphone et la nourriture, intacte. Il était mort dans l’intervalle.

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