La mort d’un chanteur oromo embrase l’Ethiopie

Des militaires patrouillent dans les rues à la suite de manifestations à Addis-Abeba, le 2 juillet.

Il avait été tant de voix à la fois. Celle, d’abord, d’un chanteur engagé, dans une Ethiopie impatiente de sortir d’un pouvoir autoritaire et épuisé ; mais aussi l’interprète du chant le plus pur de la beauté de son pays, ou du désir du groupe ethnique le plus important de l’Ethiopie, les Oromo, de s’inventer un nouveau destin national. Hachalu Hundessa (Hacaaluu Hundeessaa), 34 ans, a été assassiné lundi 29 juin au soir à Addis-Abeba, la capitale. Depuis, la région Oromia est secouée par des troubles et son enterrement, jeudi 2 juillet, a donné lieu à de nouvelles violences.

A Ambo, la modeste ville à une centaine de kilomètres à l’ouest d’Addis-Abeba dont il était originaire, une cérémonie hâtive d’hommage a eu lieu dans un petit stade. Alors que des foules énormes auraient, dans d’autres circonstances, convergé vers cette agglomération connue pour l’eau pétillante emblématique de l’Ethiopie mais considérée comme un autre symbole subtilisé aux Oromo, un déploiement de forces de sécurité a réduit l’ampleur de la cérémonie par la force. Selon des sources non confirmées – compte tenu de la difficulté de recouper les informations alors qu’Internet a été coupé dans le pays depuis mardi matin –, l’oncle du chanteur aurait été tué, ou blessé, dans ces violences. La dépouille d’Hachalu Hundessa a ensuite été inhumée dans sa ville, en catimini, tandis que se poursuivaient manifestations de colère et violences.

« Au total, 87 personnes, dont quatre policiers de la région d’Oromia, ont été tués ces trois derniers jours, et 76 personnes ont été gravement blessées », a annoncé jeudi un responsable de la police de la région, Mustafa Kadir. L’Agence France-Presse cite un communiqué de la police d’Addis-Abeba faisant état de 10 autres victimes, dont 2 policiers, dans la capitale pour la même période, et établit le décompte officiel des victimes, jeudi soir, à près de 100 morts.

Instabilité du pays

Le pouvoir éthiopien a laissé entendre que l’assassinat du chanteur avait été fomenté afin de déstabiliser le pays. Le premier ministre, Abiy Ahmed, a ainsi déclaré que ses assassins voulaient même « tuer l’Ethiopie ». A défaut de preuves sur les commanditaires, c’est un aveu lucide d’impuissance. Cette étincelle a aussitôt déclenché un feu qui en dit long sur l’instabilité du pays de 110 millions d’habitants.

Lire aussi L’Ethiopie d’Abiy Ahmed n’est pas en paix

D’abord, la colère qui a éclaté est celle de manifestants oromo, convaincus qu’on a abattu leur chanteur, leur porte-parole, pour écraser une part d’eux-mêmes. La répression, dans ce cadre, a été violente. Jointe par téléphone, une source éthiopienne bien informée sur la région d’Oromia entame la litanie des villes où des manifestations, et donc des troubles, ont eu lieu, d’Adama à Harar en passant par Shashemané, puis s’interrompt : « En fait, c’est partout. » Ce « partout » désigne d’abord les villes, petites ou grandes, où se sont affrontés manifestants et forces de l’ordre.

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