« La transition écologique et le tourisme responsable sont incompatibles avec la massification des voyages »

Tribune. Les pays du sud de l’Europe figurent parmi les plus affectés par les effets économiques de court terme induits par le confinement. Rien d’étonnant à cela quand on sait que le tourisme génère une part substantielle du produit intérieur brut et crée de nombreux emplois directs et indirects en France, en Italie, en Espagne, au Portugal et en Grèce.

Or, cette industrie figure aussi parmi les plus touchées par la crise due au Covid-19. Elle le sera d’ailleurs durablement. D’une part, en raison des contraintes sanitaires et de distanciation physique additionnelles qui vont grever, au moins pour un temps, la rentabilité des exploitants. D’autre part, la crainte d’une crise économique forte et durable peut induire des arbitrages de consommation potentiellement défavorables aux loisirs. On comprend dès lors l’empressement des gouvernements à soutenir cette industrie et à créer les conditions d’une relance de la saison estivale.

Il ne nous revient pas de questionner le montant de ces aides. L’Etat joue ici pleinement son rôle d’assureur en dernier ressort face à une industrie sinistrée. Il nous apparaît toutefois que l’Etat ne devrait pas faire l’économie d’une réflexion sur la façon d’allouer ces aides, car ce choix sera structurant sur le long terme. Une telle possibilité de rectifier une trajectoire stratégique basée sur des volumes mortifères ne se représentera pas de sitôt.

Sites naturels et patrimoniaux en péril

Nous le savons, l’industrie touristique figure parmi les mauvais élèves en matière de rejets de gaz à effet de serre et de polluants. Ces dernières années, les cris d’alerte se sont multipliés pour dénoncer l’empreinte écologique des transports ou encore les méfaits du tourisme de masse, qui met sous tension les ressources, déséquilibre les écosystèmes locaux, met en péril les sites naturels et patrimoniaux, contribue au déplacement des populations et engendre de nombreux désagréments dans la vie quotidienne des résidents. Osons le dire : la transition écologique et le tourisme responsable sont incompatibles avec la massification des voyages.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi De Chambord à Cheverny, les châteaux se languissent de leurs visiteurs

C’est cette incompatibilité structurelle qui nous pousse à appeler de nos vœux un « green new deal » du tourisme, pour une transition progressive vers un tourisme soutenable. Un tel « new deal » s’appuierait sur une meilleure répartition des touristes sur le territoire et sur la lutte systématique contre toute forme de dumping ou de subvention de nature à fausser le mécanisme de formation des prix des différentes activités en lien avec le tourisme, ou à en collectiviser les externalités négatives. La prise en compte de l’ensemble des coûts aura pour effet de renchérir les prix des prestations, mais aussi de tendre vers un mieux-disant social, fiscal et environnemental au sein de l’Union européenne. Ces principes devraient également être imposés avec la plus grande fermeté à toutes les entreprises étrangères désireuses de développer une activité touristique en Europe.

Il vous reste 56.86% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Total
1
Shares

Laisser un commentaire

Related Posts
%d blogueurs aiment cette page :