Le long chemin vers la réconciliation en Angola

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Il a fallu 44 ans pour que les Angolais entendent une demande de pardon du chef de l’État pour les « exécutions sommaires » de milliers de personnes pendant les deux ans qui ont suivi les événements du 27 mai 1977. Un comité pour la réconciliation s’est aussi engagé à trouver et à rendre aux familles les restes des victimes des conflits politiques entre 1975 et 2002. Cela suffira-t-il à guérir les plaies d’une nation ?

Le 27 mai 1977 est une des pages les plus sombres de l’histoire de l’Angola indépendante et le silence ne commence que maintenant à être brisé. Entre 30 000 et 80 000 personnes auraient été arrêtées, torturées et fusillées sans jugement préalable pendant plus de deux ans.

Le 26 mai 2021, le président João Lourenço a demandé pardon, au nom de l’État, aux victimes et aux familles des victimes. Une prise de position inédite qui intervient dans le cadre du plan de réconciliation nationale. Ce plan prévoit notamment de chercher les dépouilles pour les rendre aux familles, et aussi de délivrer des certificats de décès pour les victimes des conflits politiques entre l’indépendance, le 11 novembre 1975, et la fin de la guerre civile, le 4 avril 2002.

Un processus satisfaisant pour la Fondation 27 mai. Son président, le général Silva Mateus, a lui-même échappé à la mort et cela fait des années qu’il se bat au nom des victimes. Aujourd’hui, c’est sur un ton enflammé qu’il défend que l’heure du pardon est venue. Pour lui, le gouvernement répond aux principales revendications des victimes.

À réécouter : La réconciliation nationale est en marche en Angola

Moisés Marçal fait aussi partie de cette fondation. Son regard oscille entre tristesse et espoir. L’ancien militaire raconte qu’il a passé plus de deux ans dans un camp de travaux forcés, où « rien qu’à voir autant de collègues mourir, chacun attendait son heure ». Pour survivre, il a mangé du caméléon, « hautement venimeux », parce que « nous mangions tout ce que nous trouvions, tout ». « Ce camp, je ne sais pas si c’était un camp où l’on tuait déjà des gens à l’époque coloniale, explique-t-il, mais il y avait beaucoup d’ossements et, au début, on cherchait ces ossements pour les chauffer au feu et essayer de les mâcher pour boire un peu d’eau. C’était horrible, c’était horrible… » Malgré la douleur, il n’hésite pas à répondre qu’il a pardonné.

Le pardon revient dans les mots de Sizainga Raul, un orphelin qui n’a pas eu le temps de connaître son père et qui souhaite une enquête pour savoir « de quel côté est la vérité ».

Car ce 27 mai 1977 a souvent été résumé comme une purge au sein du parti au pouvoir, le Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA). La version officielle parle de tentative de coup d’État pour justifier la répression. Les survivants et les familles de victimes évoquent une manifestation populaire de soutien à Nito Alves, ancien ministre de l’Intérieur, qui venait d’être expulsé du parti pour avoir critiqué sa direction.

« Il n’y a pas de réconciliation sans vérité »

D’autres victimes et proches de victimes se sont réunis sous la bannière de la « Plateforme 27 mai » et demandent une commission de vérité avec une enquête et l’audition des « bourreaux ». C’est le cas de Francisco Nunes « Kudia », un ancien commissaire politique du MPLA qui, pour la première fois, accepte de parler à la presse sur ce qu’il a vécu. Il a passé plus de deux ans dans un camp de travaux forcés, mais il ne peut pas pardonner tant qu’il ne connaît pas « toute la vérité ».

Nelson do Nascimento est en quête de cette même vérité. Ses yeux brillent et sa voix tremble quand il parle de son père qu’il a perdu à 12 ans. « Il n’y a pas de réconciliation sans vérité », tranche-t-il, demandant que les bourreaux soient traduits en justice parce que « c’était quelque chose d’absolument dantesque » où l’on a parlé de 30 000 à 80 000 morts.

« C’est un génocide », résume de son côté Gilberto da Silva, dans son cabinet d’avocats à Luanda, sous le regard ému de sa sœur. « J’ai l’habitude de dire que nous sommes orphelins de père, d’oncles, d’amis », rajoute Josefa da Silva. Alors, ils demandent une enquête parce qu’une « société ne peut pas bien vivre si elle ne purge pas ses fantômes ».

Cependant, au ministère de la Justice, la réponse est claire : aucune commission de vérité n’est prévue car cela ne mènerait pas à la réconciliation et au pardon, mais plutôt à la division, défend le coordinateur de la commission de réconciliation et ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Francisco Queiroz.

Les Angolais sont-ils prêts à se réconcilier ? Le pasteur Daniel Ntoni-a-Nzinga, qui a participé au processus de paix en Angola, met en garde : « La réconciliation nationale ne peut pas se limiter à un discours, la paix est quelque chose de fragile. »

Rappelons que 2021 est une année pré-électorale pour le pays, souligne le chercheur Andrade Nzagi, à la Bibliothèque nationale à Luanda. Il faut attendre, selon lui, le résultat de la prochaine élection présidentielle pour voir si cette réconciliation peut vraiment avancer.

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