Le Malawi à nouveau aux urnes pour élire un président

Le président du Malawi Peter Mutharika, dont l’élection a été annulée par la Cour constitutionnelle, à Blantyre, dans le sud du pays, le 31 mai 2019.

Le Malawi a commencé ce mardi à voter pour élire un président, plus d’un an après l’annulation historique de la réélection du sortant Peter Mutharika en raison de fraudes massives. Les quelque 5 000 bureaux de vote du pays ont lentement ouvert leurs portes à 6 heures locales (4 heures GMT) et doivent accueillir les 6,8 millions d’électeurs inscrits du pays jusqu’à 18 heures (16 heures GMT), a constaté un journaliste de l’AFP.

« Je suis heureux parce que ce nouveau scrutin est la volonté du peuple », s’est réjoui Peter Chadza, 26 ans, un vendeur de poissons venu accomplir dès l’aube son devoir civique à l’école primaire Malembo, dans la capitale Lilongwe. « J’espère que le meilleur l’emportera », précise-t-il.

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Au terme d’une campagne qui a ravivé les tensions politiques dans le pays, M. Mutharika, 79 ans, affronte une nouvelle fois le chef de l’opposition Lazarus Chakwera, 65 ans, et un troisième petit candidat qui n’a guère de chance de troubler leur duel.

A l’issue de l’élection du 21 mai 2019, la Commission électorale (MEC) avait proclamé la victoire du sortant, au pouvoir depuis 2014, avec 38,57 % des suffrages, contre 35,41 % à son rival. Mais M. Chakwera n’a jamais accepté ces résultats, à ses yeux outrageusement frauduleux.

« Irrégularités généralisées »

Entre autres irrégularités, lui et d’autres candidats hostiles au régime ont dénoncé le nombre suspect de procès-verbaux de dépouillement barbouillés de blanc à corriger et saisi la Cour constitutionnelle.

Pendant plusieurs mois, le Malawi, d’ordinaire si tranquille, a tangué au rythme des manifestations de l’opposition, émaillées de violences avec les forces de l’ordre, et des audiences devant la plus haute juridiction du pays. Et à la surprise générale, ses juges ont annulé en février la victoire de Peter Mutharika, en confirmant des « irrégularités généralisées et systématiques ».

En concluant samedi sa campagne à Rumphi (nord), le sortant a exhorté le pays à lui rendre sa victoire. « Nous avons gagné le scrutin de 2019, mais [l’opposition] a saisi la justice et nous a volé le gouvernement, a-t-il lancé devant des milliers de partisans. Alors votons pour faire honte à ceux qui nous ont volés. »

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Allié au vice-président Saulos Chilima qui a rompu avec le président sortant, Lazarus Chakwera a, de son côté, mobilisé ses troupes en dénonçant la corruption et la faillite économique du régime sortant. « Le peuple veut le changement, a-t-il résumé lors d’un entretien accordé cette semaine à l’AFP. Il nous considère comme le visage d’un nouveau Malawi dont la construction serait ouverte à tous. »

Le Malawi est l’un des pays les plus démunis de la planète. Selon la Banque mondiale, plus de la moitié de ses 17 millions d’habitants vit sous le seuil de pauvreté. De nombreux analystes ont fait de Lazarus Chakwera leur favori.

« Les gens veulent vraiment voter »

« Je n’accorde pas à Mutharika de fortes chances de réélection, a prédit le politologue malawite Michael Jana, de l’université du Witwatersrand (Afrique du Sud). J’espère juste que les résultats seront suffisamment clairs pour éviter de nouvelles contestations. »

Le nouveau président de la MEC Chifundo Kachale a promis des élections transparentes. « Je tiens à vous assurer de mon engagement absolu et de celui de toute la Commission à organiser une élection crédible dont les résultats seront acceptables par tous », a-t-il déclaré devant les représentants des candidats.

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Les candidats ont multiplié depuis des semaines les réunions publiques devant des milliers de partisans, mais M. Kachale a promis que les règles de prévention sanitaire contre la pandémie du nouveau coronavirus seraient respectées pendant le scrutin présidentiel.

Dès le lever du soleil, de longues files d’électeurs sans masque se sont formées devant le bureau de vote de l’école primaire Malembo à Lilongwe, sans grand respect des règles de distanciation sociale. « Les gens veulent vraiment voter, a justifié l’un d’eux, Innocent Maguya, un chauffeur de 34 ans. Mais il vaut mieux risquer l’infection que d’avoir un président que le peuple ne veut pas ». Selon le dernier bilan, 730 cas d’infection par la maladie du Covid-19, dont 11 mortels, ont été recensés officiellement au Malawi.

Le Monde avec AFP

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