Libye : Haftar sanctuarise son bastion avec l’appui russe

Khalifa Haftar, en janvier 2020 à Athènes.

La Libye orientale se sanctuarise face aux velléités de contre-offensive du gouvernement de Tripoli. Dans l’escalade de la guerre en Libye, la partition se consolide entre une Tripolitaine (Ouest) désormais rassemblée sous l’influence turque et une Cyrénaïque (Est) où le maréchal dissident Khalifa Haftar fortifie son ancrage historique, après avoir été bouté hors de Tripoli début juin. Ses parrains étrangers veillent à ce que nul ne touche à son bastion. Alors que des Mig-29 et des Soukhoï-24 russes sont basés à titre dissuasif sur la base de Djoufra, le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi a qualifié l’axe Djoufra-Syrte de « ligne rouge » dont le franchissement déclencherait une « intervention directe » du Caire.

Depuis son irruption sur la scène militaire libyenne en 2014, Haftar est adossé à une coalition internationale dont les Emirats arabes unis (EAU) sont le pivot. Engagé dans une offensive régionale contre les Frères musulmans, Abou Dhabi a tenté de « vendre » Haftar dans les capitales occidentales comme un rempart contre l’« extrémisme ». Mais c’est surtout l’entrée en lice des Russes dans cette galaxie d’alliés qui crédibilisera au plan militaire l’offensive de Haftar, déclenchée le 4 avril 2019 contre le gouvernement d’accord national (GAN) de Faïez Sarraj à Tripoli.

Pour Moscou, le dossier libyen, symbole de la perfidie occidentale depuis le renversement en 2011 de Mouammar Kadhafi par l’OTAN, recèle une forte charge symbolique. Si la Russie ne prétend plus jouer les premiers rôles en Libye, son soutien à Haftar, souterrain et en grande partie opéré par le biais de la compagnie de mercenaires Wagner, lui a permis de remettre le pied sur ce théâtre. Le profil du maréchal, comme ses liens anciens avec la Russie en ont fait le candidat idéal, et un outil d’influence opportun.

« Haftar est devenu toxique »

Dès l’origine, ce soutien n’a pourtant pas été univoque. Il s’est accompagné de fortes oppositions à Moscou. Surtout, l’étoile de Haftar a eu le temps de pâlir, dans la foulée de ses revers sur le terrain, mais aussi à cause de son intransigeance, illustrée par son départ précipité de Moscou, le 14 janvier, où il avait été convoqué pour entériner un cessez-le-feu avec M. Sarraj. La mort au combat d’une trentaine de Russes, selon les décomptes d’observateurs extérieurs, n’a rien arrangé. Le retrait du front de plusieurs centaines d’hommes de Wagner, qui a précipité sa défaite à Tripoli début juin, apparaissait dès lors autant comme un signal envoyé au jusqu’au-boutiste Haftar que comme une façon d’entériner le nouveau rapport de forces sur le terrain.

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