Madagascar: des concerts et des débats pour commémorer les 50 ans du 13-Mai 1972

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                Pour commémorer les 50 ans du 13 mai 1972 ce que beaucoup appellent la «<em> vraie indépendance </em>», ou le «<em> mai 68 malgache </em>», des scènes artistiques, des débats et des témoignages de « soixante-douzards » étaient organisés Place du 13 Mai. C'est une date charnière dans l’histoire du pays, au cours de laquelle les grèves étudiantes de ce début d’année 1972 ont pris une dimension nationale et populaire, après que les forces républicaines de sécurité ont tiré sur la foule.                </p><div readability="107.65345268542">

                <p><em>Avec notre correspondante à Antananarivo,</em> <strong>Sarah Tétaud</strong>

Poings levés, ils réclament le changement du système éducatif. Eux, ce sont les étudiants de 72, peints sur une fresque par une vingtaine de lycéens de la capitale. Oni ny Aina, élève de 1ère au lycée Jules Ferry, regarde avec admiration ces soixante-douzards, qu’elle a représentés en peinture : « C’est vraiment impressionnant parce que nous, à notre âge, qui était le leur à l’époque, on n’arriverait pas à faire ça. Il y a beaucoup de grèves ici, mais celle de 72, elle a vraiment marqué l’histoire. »

La jeune femme regrette que leurs revendications n’aient pas abouties. « En terme d’éducation pour tous, de Malgachisation, ça n’a pas vraiment donné de résultats visibles. Aujourd’hui, on a du mal à être fier de nous, parce que tout ce que nous faisons, ça provient de l’éducation en français. Pour être vraiment fier, il faudrait qu’on arrive à faire quelque chose en malgache : là ça viendrait de nous. On a toujours l’impression que notre indépendance, c’est juste un masque, et qu’en vrai, on est encore dépendant de la langue française et des Français, de leur culture. On fait tout comme eux en fait. Vous n’avez qu’à nous regarder ! »

« C’est la malgachisation qui m’a permis d’être moi-même »

À quelques minutes de monter sur scène enflammer l’esplanade d’Ankatso, Bekoto, chanteur guitariste phare du groupe Mahaleo, les « Beatles malgaches » comme on les appelle, soutient qu’il doit sa carrière d’artiste à Mai 72 :

« C’est la malgachisation qui m’a permis d’être moi-même. En créant en malgache, en parlant malgache, en chantant en malgache, en raisonnant en malgache, j’étais devenu moi-même. Parce qu’à l’époque, j’adorais la chanson française, la chanson anglaise, et c’est ici [en écrivant des « protest-songs » pour animer les grèves, NDLR] que j’ai appris le malgache. »

Au premier rang, au pied du podium, Armand Rasoamiaramanana, soixante-douzard convaincu, qui était sous les balles le 13 mai 72, se prend à rêver au milieu de ces centaines de jeunes venus assister aux concerts du jour.

« J’aimerais bien qu’ils reprennent le flambeau, pas contre les Français, comme nous en 72, mais contre la politique exercée par le régime actuel. Qu’ils se battent pour leur avenir, pour leur système éducatif. De voir tous ces jeunes-là, qui ont soif d’enseignement, et voir en même temps qu’il n’y a pas eu de changement positif depuis mon époque, cela me rend très inquiet pour eux. »

Des expositions photos retraçant cette période charnière de l’histoire malagasy sont à découvrir dans différents endroits de la ville jusqu’à la fin du mois.

►À lire aussi : Reportage Afrique – Madagascar : manifestations du 13-Mai 1972, les leaders des grèves se souviennent

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