Madagascar: suite à la fusillade d’Ikongo, l’opposition dénonce un «terrorisme d’État»

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                À Madagascar, la fusillade d’Ikongo commence à faire réagir publiquement, surtout du côté politique. L'ancien président Marc Ravalomanana a dénoncé le massacre et ce qu'il signifie selon lui de «<em> terrorisme d'État </em>». Le ministre de la Défense et des renforts de la gendarmerie sont eux toujours présents dans la ville.                </p><div readability="117.87418274597">

                <p><em>Avec notre correspondante à Antananarivo,</em><strong> Laure Verneau</strong>

Marc Ravalomanana, ancien chef d’État et principal leader de l’opposition, a réagi mardi soir au drame d’Ikongo. Lors d’une intervention télévisée, il a dénoncé une crise et un « terrorisme d’État ». Selon lui, la fusillade montre la perte de confiance de la population envers les gouvernants et la justice. « Je parle de terrorisme d’État car ce sont les gendarmes et les forces de l’ordre qui ont tiré sur la population. Ils doivent protéger les gens et non pas leur tirer dessus. Ce n’est pas leur rôle. Je suis très choqué », déclare-t-il, joint par téléphone. 

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Le village d'Ikongo est situé dans la partie sud-ouest de la région de Vatovavy-Fitovinany.
Le village d’Ikongo est situé dans la partie sud-ouest de la région de Vatovavy-Fitovinany. © RFI
    </div>Rivo Rakotovao, le coordinateur national du HVM, le parti de l’ancien président de la République Hery Rajaonarimampianina, a lui aussi fermement condamné la tuerie et a déploré les pertes de vie humaine. « <em>Cette situation remet en cause les relations de confiance entre la population en face de la justice et les forces de l’ordre. La politique sécuritaire menée par le régime en place a montré ses limites et nécessite une réforme en profondeur. La défaillance des actions des dirigeants s’est soldée par la perte de vies humaines tant civiles que militaires </em>», peut-on lire dans un communiqué signé de sa main, publié mardi 30 août.</p><h2>Une position délicate pour la société civile</h2><p>La porte-parole du gouvernement et ministre de la Communication, Lalatiana Rakotondrazafy, jointe par téléphone, réplique : « <em>Ce qui s’est passé est regrettable et nous déplorons les pertes humaines. Nous avons envoyé le ministre de la Défense ainsi que le Premier ministre mardi pour calmer les tensions. Le président de la République a donné l’ordre d’une enquête. Parler de terrorisme d’État quand on ne connaît pas les circonstances précises du drame, c’est de la provocation pure. De la part d’un ancien chef d'État qui compte se représenter [aux élections présidentielles de 2023, NDLR] et qui a ordonné de tirer sur la foule en 2009 [référence au coup d’État de 2009, NDLR], c’est inadmissible et cela attise la haine entre nos compatriotes. Nous ne pouvons pas nous faire justice nous même et les gens doivent respecter la loi : chacun doit prendre ses responsabilités pour ne pas que ce genre de drame se reproduise.</em> »

Du côté de la société civile, il n’y a pas encore de réaction officielle. « C’est un sujet compliqué, explique le représentant d’une organisation qui préfère rester anonyme. Albinisme, lynchage… Ce fait divers mêle trop de problématiques et cristallise un système en faillite, qui ne vient à la rescousse que lorsque l’explosion a déjà eu lieu. Ça montre que les gens ne croient pas en l’État. Pour la société civile, prendre parti pour les gendarmes ou la population ce serait quelque part soit justifier la tuerie, soit justifier la violence envers l’État. Difficilement tenable comme position. »

L’association Albinos Madagascar appelle ce mercredi matin le gouvernement à prendre « des mesures exceptionnelles face à l’ampleur de la situation ». Depuis l’année 2020, Madagascar a recensé 118 cas d’enlèvements dont 22 concernait des personnes atteintes d’albinisme, selon les Nations unies.

L’armée mobilisée pour venir en aide

Sur place à Ikongo, le général Richard Rakotonirina, ministre de la Défense, coordonne les évacuations de blessés. « Il faut ouvrir une enquête. Est-ce qu’il s’agit d’une bavure ou d’un débordement ? », a-t-il déclaré mardi. Il ajoute qu’« il faut départager les responsabilités et que les sanctions nécessaires seront prises ». C’est la gendarmerie qui va enquêter elle-même sur la fusillade.

Le ministre ajoutait avoir rendu visite aux blessés encore hospitalisés. L’armée a aussi livré des médicaments, des couvertures et des plaquettes de sang à l’hôpital de la ville, débordé. La troisième et dernière livraison a eu lieu ce matin, en hélicoptère vers l’hôpital d’Ifanadiana, à environ une centaine de kilomètres. En tout, ce sont dix patients qui se trouvent entre la vie et la mort depuis la fusillade, d’après le médecin en chef de l’hôpital.

De leur côté, les gendarmes de la ville sont toujours en fuite, mais les forces de l’ordre n’ont pas d’informations sur leurs lieux de repli, pas plus que sur les suspects recherchés par la population à ce stade. Ils étaient une quinzaine de gendarmes à avoir tiré sur une foule de 500 personnes, d’après le témoignage d’un gendarme impliqué lui-même dans la fusillade et contacté le jour du drame. Le bilan est toujours de 19 morts et d’une trentaine de blessés dont certains ont été évacués à la mi-journée.

Les militaires envoyés en renfort patrouillent toujours dans la ville où la vie a repris son cours, selon des témoignages locaux.


Effectivement, les vindictes populaires sont monnaie courante à Madagascar parce que la justice malgache est trop lente, trop coûteuse, trop procédurière, et rend des décisions incompréhensibles pour la population. Deuxièmement, comme la justice fait partie de l’État, l’État qui est absent et impuissant, la population malgache ne fait pas confiance à la justice. L’État est absent et impuissant par rapport aux problèmes quotidiens de la population, que ce soit au niveau de la santé, de l’insécurité, de l’éducation. Et l’administration étatique malgache se trouve être débordée par d’innombrables problèmes. Donc, comme la population ne voit pas d’évolution concrète dans leur vie quotidienne, elle ne fait plus confiance ni à l’État ni à la justice

Paul Rabary: «la population malgache ne fait pas confiance à la justice»

►À lire aussi : Violences contre les albinos: « ces dernières années, il y a beaucoup plus de signalements » à Madagascar

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