Mali: «Il n’y a pas d’amélioration sécuritaire, un an après la chute du président IBK»

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C’était il y a un an. Le 18 août 2020, au Mali, le président Ibrahim Boubacar Keïta était poussé à la démission par les militaires, après plusieurs semaines de mobilisation d’une partie de la population contre son pouvoir, portée par le M5-RFP (coalition composée de partis politiques et d’organisations de la société civile). Un an plus tard, quel bilan peut-on faire de cette année de transition ? Lamine Savané, enseignant chercheur en sciences politiques à l’université de Ségou, est notre invité.

RFI : Quelques semaines avant le renversement de l’ancien président IBK, des manifestants réclamaient un changement. Un an après, des solutions ont-elles été apportées ?

C’est le statut quo. L’aspiration du peuple malien, à travers notamment les revendications du M5, n’ont pas été résolues dans leur ensemble. Sur la question par exemple de l’insécurité, comme vous le savez, la semaine dernière encore, il y a eu une attaque dans la région d’Ansongo.

Il y a une gronde sociale, les enseignants menacent de prendre en otage les examens.

Un an après la chute du président Ibrahim Boubacar Keïta, on ne peut pas dire qu’il y a eu une amélioration sur un certain nombre de points, notamment sur le plan sécuritaire.

Vous parlez d’insécurité, d’une multiplication des attaques, qu’est-ce qui explique cette situation ?

Je pense vraisemblablement que des mouvements jihadistes ne sont qu’en attente d’un éventuel départ de la force Barkhane pour essayer de se remettre en selle. Le problème de l’insécurité est un problème beaucoup plus profond que, je pense, on ne peut pas régler en quelques mois. Il s’agit véritablement d’une refondation de l’État, du contrat social qu’il y a entre l’État et les citoyens. Tant qu’on n’aura pas résolu ce problème, malheureusement, le problème de l’insécurité persistera. On peut rajouter aussi le fait que vraisemblablement, la greffe d’un État moderne importé au Mali n’a pas pris. Il y a vraiment une refondation de l’État à faire pour une occupation de l’État sur l’ensemble du territoire malien.

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Il y a eu deux temps dans cette transition, puisque l’ancien président de la transition et son ancien premier ministre ont à leur tour été démis en mai dernier, qu’est-ce qui a motivé leur départ ?

Pour le moment, nous n’avons qu’une seule version, c’est-à-dire celle du président actuel de la transition, le colonel Assimi Goïta. Le couple exécutif Bah N’Daw et Moctar Ouane, qui est pour le moment assigné à résidence, aura certainement l’occasion de s’exprimer à ce propos.

Une chose est sûre, c’est que la question du partage du pouvoir entre le président et le vice-président semble en être à l’origine, notamment le fait que le vice-président n’aurait pas été consulté dans la composition du second gouvernement de la transition qui a débouché sur le deuxième coup d’État.

Des élections doivent avoir lieu en février prochain pour mettre fin à la période de transition. Pourront-elles se tenir à la date prévue ?

Il est un peu difficile de croire qu’on puisse réunir tout le matériel nécessaire pour l’organisation des élections à venir en février 2022. Je pense qu’en raison de l’insécurité que connait le Mali, en raison du désengagement de l’État sur un certain nombre de points à travers le territoire national, la tenue des élections pour le mois de février me parait difficilement tenable.

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Au sein de la classe politique malienne, voit-on émerger des figures pour l’après transition ?

Aujourd’hui, il est un peu difficile de se prononcer sur de nouvelles têtes politiques. Une chose est sûre, c’est que de 1992 à aujourd’hui, il y a eu un très faible renouvellement de l’élite politique malienne. Ce sont toujours ceux qui ont occupé les fonctions depuis le début de l’avènement démocratique à aujourd’hui, qui sont encore en tête. Il est un peu prématuré d’avancer des noms. Ce n’est qu’à partir des dates des élections, de la validation des candidatures qu’on pourra réellement se prononcer sur les futurs candidats possibles.

Les militaires envoient-ils des signaux, pour l’instant, montrant qu’ils veulent lâcher le pouvoir ?

Les signaux avancés par les militaires pour le moment sont plutôt des signaux de prolongation de la transition, mettant en avant l’impossibilité sur le plan matériel et logistique, d’organiser les élections.

Quelles réactions provoque cette possibilité d’une prolongation de la transition et du report des élections ?

Je crois que vous avez deux positions qui se dégagent. La classe politique qui est opposée, en tout cas dans l’ensemble, à la prolongation de la transition, et qui veut que les élections se tiennent à la date prévue. Et vous avez de l’autre côté les militaires et les soutiens des militaires, notamment à travers le Conseil National de la Transition, qui veulent une prolongation en avançant l’argument qu’on ne peut pas organiser des élections dans le temps imparti.

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