Maroc : les journalistes Omar Radi et Imad Stitou interpellés

Le journaliste Omar Radi en mars à Casablanca.

Omar Radi et Imad Stitou, deux journalistes travaillant pour le site d’information marocain Le Desk ont été interpellés dimanche soir à Casablanca à la sortie d’un bar. D’après leur rédaction, ils été embarqués « suite à une altercation avec un cameraman de Chouf TV venu les harceler ».

Mis en cause pour « ivresse publique et violences » selon le porte-parole de la direction générale de la sûreté nationale (DGSN), Omar Radi a été placé en garde à vue. Reporter et militant des droits humains, le journaliste est au cœur d’une double affaire d’espionnage. La justice marocaine le soupçonne en effet de bénéficier de « financements de l’étranger » et d’entretenir des « liens avec un officier de liaison d’un pays étranger » qui aurait travaillé « sous couvert diplomatique depuis 1979 dans plusieurs régions de tensions » dans le monde. Une enquête ouverte après la publication d’un rapport d’Amnesty International selon lequel le téléphone du journaliste était espionné à l’aide d’un logiciel de piratage utilisé par les autorités marocaines.

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« Je n’ai jamais été et ne serai jamais au service d’un pouvoir étranger (…) je ne suis ni un espion ni un agent payé par un fonds étranger », avait réagi le journaliste dans un message publié samedi sur son compte Facebook.

« Accusations graves et tendancieuses »

Les autorités marocaines ont réfuté le rapport d’Amnesty en exigeant que l’organisation non gouvernementale fournisse des « preuves » de ces « accusations graves et tendancieuses », menaçant à défaut de « prendre les mesures nécessaires pour défendre [la] sécurité nationale ».

Amnesty International estime pour sa part avoir fourni toutes les preuves utiles : « La technologie utilisée pour espionner le téléphone d’Omar Radi exige une influence sur les opérateurs téléphoniques, que seul peut exercer un gouvernement pour pouvoir pirater la connexion Internet », a argué l’organisation dans un communiqué publié samedi.

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A ce stade, les autorités marocaines estiment cependant que les éléments fournis par Amnesty ne sont pas « des preuves scientifiques probantes », selon un communiqué officiel diffusé à la fin de juin.

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En avril 2019, Omar Radi, journaliste d’investigation et poil à gratter du régime, se fend d’un tweet au vitriol. Alors que la justice de son pays vient de condamner des membres du mouvement de contestation du Hirak à de lourdes peines de prison, il s’en prend frontalement au magistrat qui a prononcé les peines, le qualifiant de « bourreau ». « Ni oubli ni pardon avec ces fonctionnaires sans dignité ! », écrit-il.

Rapidement, les autorités ouvrent une enquête pour outrage à magistrat et entendent le journaliste. En décembre 2019, il est inculpé puis incarcéré, ce qui déclenche une vague de protestations au Maroc, de la part des associations et sur les réseaux sociaux. Il a été condamné en mars à quatre mois de prison avec sursis. Coréalisateur d’un documentaire sur le Hirak, le journaliste a également collaboré avec des médias marocains et internationaux et a enquêté sur la corruption, l’économie de rente, la prédation foncière et les collusions entre pouvoir et milieux économiques.

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Le Monde avec AFP

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