Mathias Hounkpè: «l’alternance en Zambie entre un président sortant et un opposant est un bon signe»

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Changement de président à la tête de la Zambie. La Commission électorale a annoncé, tôt ce lundi 16 août, la victoire de l’opposant historique Hakainde Hichilema à la présidentielle de jeudi dernier. Il l’emporte avec près d’un million de voix d’avance sur le président sortant, Edgar Lungu, qui a promis hier une « transition pacifique du pouvoir ». Pour parler des alternances, en Zambie et sur le continent, notre invité ce matin est le politologue Mathias Hounkpè, administrateur du programme de gouvernance politique pour OSIWA (Open Society Initiative for West Africa).

RFI : La Zambie connait la troisième alternance par les urnes de son histoire, quelles sont les conditions qui étaient réunies selon vous pour la rendre possible ?

Je pense que la condition principale, c’est déjà la qualité des élections et l’indépendance de la commission électorale, l’organe en charge de la gestion des élections, capable d’annoncer les résultats, même si le président sortant perd les élections. Je pense que c’est ça la qualité numéro une.

Le vainqueur, l’opposant Hichilema a affirmé dans son discours que les attentes de la population zambienne sont fortes, diriez-vous qu’une alternance est un gage de changement ?

Disons qu’au minimum, ce que l’alternance permet, c’est au moins le changement de la personnalité chargée de gérer un pays. Maintenant, est-ce que ça conduit nécessairement au changement, surtout lorsque vous êtes dans le contexte africain, c’est très difficile à dire. L’alternance c’est lorsqu’il y a un changement entre un parti au pouvoir et un parti en dehors du pouvoir qui sont idéologiquement différents.

Mais dans le cas d’espèce, on sait très bien que dans nos pays d’Afrique, les partis politiques ne sont pas nécessairement caractérisés par une rigoureuse identification idéologique. On peut bien avoir une alternance sans que ça ne veuille dire nécessairement un changement substantiel en ce qui concerne les politiques à mettre en œuvre.

► À lire aussi : Zambie: l’opposant Hakainde Hichilema remporte largement la présidentielle

Qu’est-ce qu’il faudrait pour qu’il y ait véritablement changement ?

L’idéal serait que les interactions, entre les candidats aux élections et les citoyens, portent de plus en plus sur les sujets de préoccupation : les questions de développement, d’épanouissement des citoyens et non sur les autres facteurs qu’on connait très bien,  à savoir l’ethnie, à savoir l’argent, qui ne sont pas des facteurs qui déterminent des politiques à mettre en œuvre. Le travail que nous avons donc à faire en Afrique est de faire en sorte que petit à petit, les citoyens commencent à choisir les leaders sur la base des promesses qu’ils font en ce qui concerne la résolution des défis des citoyens.

Il y a eu un certain nombre d’élections sur le continent. Cette année et même ces dernières années, lesquelles gardez-vous en tête pour une alternance réussie ?

J’apprécie l’alternance lorsqu’elle met en compétition un président sortant et un adversaire de l’opposition. Si là, le président sortant arrive à perdre le pouvoir, c’est quand même bon signe. Je me rappelle ces cinq, six dernières années le cas du Nigeria avec Goodluck Jonathan qui a perdu le pouvoir alors qu’il était lui-même au pouvoir, le cas du Ghana, avec le président John Mahama qui a perdu alors qu’il était un président sortant, ou le cas gambien avec Yahya Jammeh qui a perdu alors qu’il était au pouvoir. Ça montre qu’on est en train d’aller petit à petit vers ce moment, où être au pouvoir ne garantit plus automatiquement votre réélection.

Il y a également des pays où le président sortant n’est pas candidat, mais son parti politique perd les élections. Ça aussi, ce sont des élections intéressantes pour moi. Je peux citer le Bénin avec le président Boni Yayi dont le candidat a perdu en 2016, je peux citer le Liberia, la Sierra Leone. Ces éléments sont de petites avancées que nous sommes en train de faire en Afrique en ce qui concerne la qualité des élections, et peut-être la qualité en matière de changements de politique mis en œuvre dans nos pays.

► À réécouter : «On veut de l’alternance, on veut du changement en Afrique»

Diriez-vous que la qualité des élections en Afrique s’améliore ?

Je dirais qu’on a eu des avancées, même si nous sommes en train d’en payer un peu le prix ces derniers temps. Par exemple, s’il devient de plus en difficile aujourd’hui de tricher le jour des élections, ce que nous avons observé, dans quelques pays ces derniers temps, c’est que l’on empêche les candidats crédibles de l’opposition, cette fois-ci de se présenter aux élections.

Vous savez que si le président sortant zambien avait pu empêcher le leader de l’opposition d’aller aux élections, il aurait peut-être gagné facilement.

Vous avez cité beaucoup de pays anglophones dans ces exemples d’alternance. On entend parfois qu’il y a une différence entre l’Afrique anglophone et francophone en la matière. Diriez-vous que c’est le cas ?

Si je veux parler strictement de l’alternance, je dirai qu’on a quand même des résultats aussi bien dans les pays francophones qu’anglophones. Mais, il y a une question spécifique sur laquelle pour le moment, et ces dernières années, on voit une différence claire entre les pays francophones et les pays anglophones : c’est la question du troisième mandant.

Si on regarde par exemple la zone dans laquelle je suis en Afrique de l’ouest. Ces dernières années, les seuls pays où les présidents ne veulent pas quitter le pouvoir, ce sont les pays francophones. En regardant un peu plus en détail, on observe que les organes chargés de la gestion des élections sont plus politisés dans les pays francophones que dans les pays anglophones. Ça peut avoir aussi un impact sur la gestion des élections et peut-être des résultats, et faire une différence entre les pays anglophones et les pays francophones.

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