Mozambique : comment le soutien de la France à l’industrie gazière accentue la militarisation du pays

Déchargement de nourriture et de couvertures pour des déplacés qui ont fui des attaques dans le nord du Mozambique, le 13 juin 2018. Des djihadistes terrorisent le nord du pays.

La France est bien moins distante du Mozambique qu’une carte le suggère. Près de 10 000 kilomètres séparent l’Elysée et les tours de la Défense du palais présidentiel érigé sur la baie de Maputo, la capitale. Les deux pays, sans grande histoire commune, ont pourtant opéré depuis 2013 un rapprochement accéléré, sur fond d’exploitation gazière et d’accusations de corruption. Un processus dangereux, selon l’ONG Les Amis de la Terre qui publie ce lundi 15 juin un rapport accusateur intitulé « De l’eldorado gazier au chaos. Quand la France pousse le Mozambique dans le piège du gaz ».

Cette nouvelle relation franco-mozambicaine s’est bâtie sur un contrat en or pour les chantiers navals français, avec la commande aux Constructions mécaniques de Normandie, (propriété d’Iskandar Safa à travers la holding Privinvest) de 24 bateaux de pêche et de six navires militaires. Si l’achat contribue au « redressement productif » encouragé par François Hollande, il vire au scandale d’Etat et à la catastrophe financière au Mozambique. Les 200 millions de dollars nécessaires au règlement du contrat ont en effet permis à trois sociétés publiques mozambicaines d’emprunter dix fois ce montant.

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Entachée de forts soupçons de détournement de fonds et de corruption, la dette n’est pas longtemps restée cachée. Le Mozambique s’est vite retrouvé en défaut de paiement, le FMI a alors gelé ses aides budgétaires, mais Paris n’a pas pour autant cessé de renforcer son investissement sur place. En toile de fond, les immenses découvertes gazières – 5 000 milliards de mètres cubes, soit les neuvièmes réserves mondiales – qui font de ce pays d’Afrique australe « une pépite à l’export », selon les termes d’un rapport du Sénat.

Soixante milliards d’investissements

L’exploitation des champs gaziers, prévue sur une trentaine d’années, devrait générer 60 milliards de dollars d’investissements, les plus importants jamais réalisés sur le continent. En rachetant en 2019 les actifs africains de la société Anadarko, le groupe français Total est devenu avec l’américain ExxonMobil et l’italien ENI l’un des trois principaux acteurs sur place.

D’autres entreprises françaises, comme la Société générale, la BNP, le Crédit agricole et Natixis, dans le financement des projets, ou Bolloré dans la construction d’un terminal pétrolier, ou encore la franco-américano-britannique TechnipFMC dans l’ingénierie, sont également impliquées. Avec le soutien appuyé des diplomates français. Le ministre des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, s’est rendu à Maputo en février pour y rencontrer le président Filipe Nyusi.

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