Présidentielle dans le calme au Malawi, après l’annulation du scrutin de 2019

Début du dépouillement à Lilongwe, la capitale malawite, le 23 juin 2020

Les électeurs du Malawi se sont rendus en nombre et pacifiquement mardi 23 juin dans les bureaux de vote pour choisir leur président pour la deuxième fois en un an, après l’annulation historique de la réélection du sortant Peter Mutharika en raison de fraudes massives.

Au terme d’une campagne rythmée par de nombreuses réunions publiques malgré la pandémie de coronavirus, M. Mutharika, 79 ans, retrouve encore sur sa route le chef de l’opposition Lazarus Chakwera, 65 ans. Troisième candidat sur les rangs, Peter Kuwani n’a guère de chances de pouvoir perturber leur face-à-face.

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A l’issue de l’élection du 21 mai 2019, la Commission électorale (MEC) avait proclamé la victoire du chef de l’Etat sortant, au pouvoir depuis 2014, avec 38,57 % des suffrages contre 35,41 % à Lazarus Chakwera. Mais ce dernier n’a jamais accepté ces résultats, à ses yeux outrageusement frauduleux, et saisi la Cour constitutionnelle.

A la surprise générale, ses juges ont annulé en février la victoire de Peter Mutharika, confirmant des « irrégularités généralisées et systématiques ». Le Malawi est ainsi devenu le deuxième pays d’Afrique subsaharienne, après le Kenya en 2017, à annuler un scrutin à la magistrature suprême.

Seulement quelques incidents

Dès l’aube mardi, les Malawites se sont pressés dans les quelque 5 000 bureaux de vote. « Je suis heureux parce que ce nouveau scrutin est la volonté du peuple », s’est réjoui Peter Chadza, 26 ans, un vendeur de poissons venu accomplir son devoir civique à l’école primaire Malembo, dans la capitale Lilongwe. « Ce vote est très important parce que mon choix va déterminer la vie qu’auront les petits-enfants », a estimé une autre électrice du même bureau, Eginati Gundiya, 96 ans.

Peter Mutharika a voté à Blantyre, la capitale économique, où il a accusé l’opposition de s’en être pris violemment à des membres de son parti, dont certains ont été « chassés » ou encore « battus ». « C’est très triste que cela se produise, parce que nous devons respecter la volonté des gens », a-t-il ajouté.

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Mais après la fermeture mardi à 18 heures (16 heures GMT) des bureaux, le nouveau président de la MEC, Chifudo Kachale, a affirmé que « le vote s’est dans l’ensemble déroulé de façon pacifique, à l’exception de quelques incidents qui n’ont cependant pas perturbé le processus » électoral.

La police a confirmé. « Nous avons enregistré des problèmes au cours des douze dernières heures mais, en général, la situation est calme. Pas de problème d’intimidation d’électeurs, d’employés de la MEC », a déclaré le numéro 2 de la police, Noel Kayi. L’armée a assuré qu’elle allait « protéger jalousement le vote du peuple ». « Nous prendrons toutes les mesures pour dissuader ceux qui sont mal intentionnés », a déclaré le chef de l’armée, Peter Namathang.

De longues files d’attente dès l’aube

Présenté par nombre d’analystes comme le favori de ce nouveau scrutin, Lazarus Chakwera s’est montré confiant sur l’issue du vote. « Nous avons rendez-vous avec le destin, l’heure d’un nouveau Malawi a sonné, a-t-il lancé. Je veux servir le Malawi avec intégrité (…), je veux régler nos problèmes, à savoir le détournement des fonds publics et la corruption. »

Le Malawi est l’un des pays les plus démunis de la planète. Selon la Banque mondiale, plus de la moitié de ses 17 millions d’habitants vit sous le seuil de pauvreté.

Pendant la campagne, les candidats ont multiplié les réunions publiques, mais la MEC avait promis que les règles de prévention sanitaire contre la pandémie du Covid-19 seraient respectées pendant le scrutin présidentiel. 803 cas d’infection, dont 11 mortels, ont été recensés dans le pays.

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Dès le lever du soleil mardi, de longues files d’électeurs sans masque se sont pourtant formées devant le bureau de vote de l’école primaire Malembo à Lilongwe, sans grand respect des règles de distanciation. « Les gens veulent vraiment voter, a justifié l’un d’eux, Innocent Maguya, un chauffeur de 34 ans. Mais il vaut mieux risquer l’infection que d’avoir un président que le peuple ne veut pas. »

Selon les nouvelles règles en vigueur depuis cette année, il faut désormais la majorité absolue des voix pour être élu au premier tour. Dans le cas contraire, un second tour opposera les deux candidats arrivés en tête.

Le Monde avec AFP

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