Procès Bucyibaruta à Paris: la parole aux témoins du massacre de l’école technique de Murambi

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                Le procès de l’ancien préfet rwandais Laurent Bucyibaruta se poursuit aux assises de Paris. Deux témoins du massacre de l’école technique de Murambi se sont succédé à la barre ce vendredi 20 mai : un homme qui a participé à cette tuerie, et une rescapée, jeune maman en avril 1994 au témoignage bouleversant.                </p><div readability="88.031746031746">

                <p><em>Avec notre envoyée spéciale au tribunal de Paris</em>, <strong>Claire Fages</strong>

Le 21 avril 1994, à l’aube, les gendarmes ont attaqué l’école technique de Murambi avec des grenades et des fusils. « Nous autres, gens du voisinage, nous sommes allés encercler l’établissement pour qu’aucun des réfugiés tutsis ne puissent s’échapper. Mais ce sont les gendarmes qui, à l’aube du 21 avril, ont attaqué l’endroit », raconte Vincent.

Cet ancien responsable au centre de santé de Gikongoro a donc participé au massacre. « Je n’avais pas de colère particulière contre les Tutsis. Je suis allé me liguer aux autres. C’était comme me défendre moi-même. J’ai été faible », répétera-t-il trois fois. « Depuis la préfecture, avait-on une visibilité sur l’établissement technique de Murambi ? », lui demande un avocat des parties civiles. « Oui, très bien », répond-il.

► À lire aussi : Procès Bucyibaruta à Paris: l’ancien préfet rwandais face au témoignage fort d’un rescapé

Vient ensuite à la barre Juliette Mukakabanda. Longuement, cette femme hutue, épouse d’un Tutsi, va raconter son calvaire. Conduite à pied par les gendarmes, sa famille arrive au centre de Murambi. « Il n’y a plus d’eau. On nous a comptés soi-disant pour nous donner à manger, mais rien n’est venu. Les quelques vaches qu’avaient amenées les réfugiés, nous avons dû manger la viande crue, dit-elle en pleurs. On savait bien qu’on était là pour être tués. »

Elle raconte comment les gendarmes auraient accepté qu’elle parte au vu de sa carte d’identité hutue si elle avait abandonné ses enfants. C’est finalement un milicien hutu qui aura pitié d’elle et de son bébé de trois semaines. Son mari et ses deux autres enfants seront tués par balle à Murambi.

Les trois rescapés qui témoignent ce vendredi relatent ainsi la soif, la faim, les armes de fortune pour se défendre, pierres et briques contre balles et grenades… et l’hécatombe parmi leurs proches. Tous affirment avoir rejoint le camp encadrés par les gendarmes, et sur ordre du préfet qui leur avait promis assistance.

Ils prétendent aussi que Laurent Bucyibaruta, alors qu’il visitait Murambi après le massacre, aurait encouragé les Interahamwe à poursuivre leur sinistre besogne à Cyanika. Mais l’ont-ils vu ou entendu sur les lieux ? L’une dit avoir aperçu la voiture du préfet à l’entrée du camp. L’autre dit l’avoir vu et entendu en chair et en os, à moins de 50 mètres. Mais il se contredit sur le lieu où il se trouvait par rapport à ses déclarations précédentes. Un peu de grain à moudre pour la défense.

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