Pudence Rubingisa, maire de Kigali : « La résilience naît de la communauté »

Les villes-monde après le Covid

Partout dans le monde, les maires ont été en première ligne dans la gestion de la pandémie due au nouveau coronavirus. Les principaux foyers infectieux se sont concentrés dans les métropoles, et plus ces métropoles étaient attractives et connectées, plus elles ont souffert – « L’épidémie a clairement profité des forces de la mondialisation urbaine pour se développer », écrivait le géographe Michel Lussault dans nos colonnes. Comment les édiles ont-ils vécu cette crise inédite ? Comment articulent-ils ses premiers enseignements avec les politiques urbaines qu’ils avaient mises en œuvre, notamment en matière de lutte contre le réchauffement climatique ? Nos correspondants ont interrogé, dans le monde entier, quatorze maires ou gouverneurs (Barcelone, San Francisco, Kigali, Manchester, Séoul, Florence, Abidjan, Montréal, Budapest, Bogota, Bangkok, Tokyo, Madrid et Mexico). Leurs entretiens, que nous publions du 14 au 21 juin, témoignent de la vulnérabilité des métropoles mais aussi des ressources qu’elles sont capables de mobiliser pour répondre aux crises sanitaire, climatique et démocratique.

Le maire de Kigali, Pudence Rubingisa, élu en août 2019, ne cache pas son ambition de faire de sa ville un véritable « Singapour africain ». Réputée pour sa propreté et ses rues sûres, la capitale du Rwanda, pays d’Afrique centrale de 12 millions d’habitants grand comme la Bretagne, veut attirer les touristes et les conférences internationales et accélérer sa transformation en une « ville intelligente ». Un agenda de développement qui pose la question de l’inclusion de toute la population, dans un pays où, selon la Banque mondiale, 38 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté. Kigali est également une des villes à avoir pris les mesures de confinement les plus strictes du continent afin d’endiguer la propagation du coronavirus.

Pudence Rubingisa, le maire de Kigali, en 2019.

Le Rwanda a été l’un des premiers pays du continent africain à imposer un confinement total à sa population, une semaine seulement après la confirmation du premier cas de Covid-19 sur son territoire. Jusqu’ici, la maladie semble avoir été contenue. A Kigali, foyer de l’épidémie, quels étaient les principaux défis posés par la pandémie ?

Le plus grand risque, c’était l’incompréhension de la population. Nous craignions que les habitants ne réalisent pas le danger de cette épidémie. La densité de la population à Kigali, surtout dans les marchés et dans les gares routières, était un autre défi important, tout comme l’utilisation de moyens de transport tels que les mototaxis et les vélotaxis, qui ne permettent pas de respecter une distanciation physique acceptable. Sans compter les bidonvilles, dans lesquels les gens vivent dans des espaces extrêmement restreints. Pour éviter une contamination rapide, le gouvernement a donc décidé d’un confinement total.

« Les services en ligne réduisent les contacts physiques, mais aussi les risques de corruption »

Le respect de ce confinement a-t-il été difficile dans la capitale ?

Nous avions mis en place un véritable arsenal éducatif pour que la population soit sensibilisée aux gestes barrières et à l’importance de rester chez soi, et ce bien avant le confinement. Cela n’a pas été facile, car cela demandait une véritable transformation des habitudes. Nous nous sommes appuyés sur le travail de milliers de jeunes volontaires que nous avons déployés dans des zones considérées comme à risque. Nous avons également utilisé des drones, qui ont circulé en complément des sonomobiles [voitures équipées de haut-parleurs]. Les drones ont pu aller là ou les voitures ne pouvaient pas passer et recommander aux personnes de rentrer chez elles. Avant la pandémie, nous utilisions déjà les drones pour vaporiser des insecticides et, dans le secteur de la santé, pour la livraison des pochettes de sang dans les hôpitaux. Mais dans l’espace public, comme cela, c’était une première expérience, et ça a vraiment joué son rôle.

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