Ray Lema : « A Kinshasa, on ne pouvait pas échapper à la rumba »

Le pianiste, compositeur et chanteur Ray Lema à Kinshasa (République démocratique du Congo), en 2019.

Né en 1946 dans le Bas-Zaïre (aujourd’hui République démocratique du Congo – la RDC), le pianiste, compositeur et chanteur Ray Lema, installé en France depuis 1982, rend hommage au guitariste et chanteur Franco Luambo (1938-1989), l’un des patrons de la rumba congolaise, dans un album intitulé On entre K.-O., on sort O.K., enregistré en 2019 au festival JazzKif à Kinshasa.

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De quand date votre intérêt pour Franco Luambo ?

Quand j’étais môme à Kinshasa [Léopoldville, à l’époque]. Je faisais le ngembo, la « chauve-souris », en français. C’est l’expression qu’on employait pour parler des gamins qui grimpaient dans les arbres afin d’apercevoir les musiciens en train de jouer. J’ai été la chauve-souris de Franco ! J’ai pu le voir jouer d’assez près, parce que les arbres étaient juste en surplomb de la scène.

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Aujourd’hui, il n’y a plus aucun arbre dans la cité. La ville est dans un état épouvantable. Après trente-deux ans d’absence, j’y suis retourné pour la première fois en 2011, pour des histoires de famille et pour recruter des musiciens en vue d’une création, au festival Détours de Babel, dans l’Isère.

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Il semblerait que la rumba congolaise ne vous ait pourtant pas captivé…

Non, mais moi, je suis un cas atypique. J’ai fait mon premier concert, à 13 ans, avec la Sonate au clair de lune de Beethoven. Je n’ai jamais été un musicien de rumba, mais c’était une musique présente partout dans la ville. On ne pouvait pas y échapper. On a donc tous baigné dedans depuis notre enfance. Quand ce n’était pas les tambours traditionnels qui résonnaient pour les mariages ou un décès, c’était la rumba qu’on entendait, diffusée à longueur de journée et de nuit dans les bars. Je n’ai jamais vraiment eu envie d’en faire mais elle est là. Quelques morceaux dans mes disques sont des rumbas mais, de l’avis des Congolais, un peu « torturées », un peu déviantes.

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Pourquoi cet hommage ? L’idée vous traînait-elle dans la tête depuis longtemps ?

C’est un enchaînement de circonstances. Stéphanie Suffren, qui organise le festival JazzKif à Kinshasa, voulait rendre hommage en 2019 à deux grandes figures de la musique congolaise. Ella a demandé à Lokua Kanza [un musicien et chanteur, également né dans l’actuelle RDC], et à moi-même de choisir chacun un artiste. Lokua a choisi Papa Wemba et moi, Franco Luambo.

Il se trouve que, avant qu’on ne me sollicite pour ce projet, l’Unesco m’avait invité à un colloque à Paris pour parler avec des jeunes de racines et de culture. A un moment, l’un d’eux s’est levé en demandant : « Mais nous, ici, nous n’avons pas de musiciens folkloriques comme Franco. Où peut-on les trouver ? » Cette question m’a un peu « piqué ». Qu’on appelle Franco « musicien folklorique », je n’ai pas aimé. Je lui ai répondu que ce terme « folklorique », ce sont les colons belges qui nous l’ont fourré dans la tête. Ils parlaient toujours de « musiques folkloriques congolaises ». Franco n’est pas davantage un musicien traditionnel. Voilà la première raison pour laquelle j’ai choisi Franco en répondant à la proposition de JazzKif.

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