RDC: Bacre Waly Ndiaye (ONU) prône la «prise en charge» des personnes démobilisées dans le Kasaï

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Le mandat de l’équipe d’experts internationaux sur la situation au Kasaï vient d’être renouvelé par le Conseil des droits de l’Homme aux Nations unies. Il même été renforcé, puisqu’il a été étendu à l’ensemble du territoire de la RDC à la demande du gouvernement congolais. Le Kasaï, c’est cette province congolaise dans laquelle a éclaté en 2016 la révolte Kamuina Nsapu et qui a été le théâtre de terribles violences. Où en est la situation sur le terrain ? Pourquoi la justice tarde-t-elle à être rendue ? Notre invité, Bacre Waly Ndiaye,est le président de l’équipe d’experts sur le Kasaï.

RFI : Quel bilan faites-vous de la crise Kamuina Nsapu dans le Grand Kasaï ?

Bacre Waly Ndiaye : Cette crise, pour ainsi dire, a terminé sa période active, à part quelques incidents sporadiques, mais ce que l’on peut dire également, c’est qu’elle continue à courir un danger dans la mesure où les personnes qui se sont démobilisées volontairement, n’ont pas été prises en charge. Si ces personnes sont laissées à elles-mêmes, avec leurs armes, à errer, sans ressources, elles vont s’attaquer aux populations. Deuxièmement, ces personnes peuvent être recrutées dans des conflits intercommunautaires souvent justifiés par des litiges fonciers. Donc nous avons dit : prenez en charge ces personnes, avant qu’elles ne deviennent des bombes à retardement pour le Kasaï et pour d’autres parties du Congo. Mais d’autre part, il est absolument important qu’on avance, qu’on juge des crimes abominables qui ont été commis. Nous voyons un peu ces victimes abandonnées à elles-mêmes et c’est vrai que la justice congolaise a identifié seize cas exemplaires qui doivent faire l’objet de poursuites, mais ces seize cas n’ont pas pour le moment fait l’objet de jugement, jusqu’à ce jour.

Et comment expliquez-vous que ces seize cas qui ont été identifiés comme prioritaires, depuis trois ans, n’ont pas encore été jugés ?

D’abord, certains cas sont massifs. Je sais que dans le cas de Nganza, où il y a eu des centaines de viols, des meurtres, des agressions qui ont été faites par les forces de sécurité, la dernière fois que j’ai vu l’auditeur militaire supérieur de Kasaï, il m’avait dit qu’il y a encore 600 personnes à auditionner. Et sans compter que le manque d’expertises médico-légales n’a pas permis les fouilles qui peuvent permettre d’identifier toutes les fosses communes ou d’identifier les victimes, comme cela a été le cas notamment à Tshisuku. Dans l’ensemble -et ce qui est quand même difficile à expliquer- c’est qu’il n’y a  pas eu de recrutement dans la justice militaire congolaise depuis dix ans. Donc l’une des recommandations que nous avons faites, c’est non seulement de recruter tout de suite de nouveaux magistrats pour faire face à cette demande importante de justice par les Congolais, mais aussi de donner plus de capacité à la justice civile, qui est aussi compétente en matière de crimes internationaux, et même d’ouvrir le recrutement aux avocats, et surtout, d’ouvrir le recrutement aux femmes, parce qu’il y a eu beaucoup de violences sexuelles et de violences basées sur le genre commises.

Voulez-vous dire que les autorités congolaises n’ont pas donné à la justice militaire les moyens nécessaires pour que justice soit rendue dans cette affaire ?

C’est exactement ce que nous disons et nous avons indiqué des recommandations très claires, très précises et même très simples. Il y a beaucoup de magistrats qui sont actuellement à Kinshasa. Puisqu’ils ont été affectés dans des lieux où il n’y a pas de palais de justice, il n’y a pas de prison, il n’y a pas de sécurité physique pour eux… Pourquoi ne pas déplacer ces magistrats au Kasaï, pour renforcer l’équipe, en attendant que le recrutement se fasse ?

Sur les dizaines de fosses communes répertoriées, une poignée seulement ont été ouvertes. Pourquoi ?

Là également, c’est un problème de disponibilité de moyens. Il y a la capacité technique qu’il faut bâtir sur place.

Les retards de certains volets de la procédure judiciaire peuvent-ils être liés, selon vous, au fait que des généraux sont parfois cités ?

C’est clair qu’un des problèmes de la justice militaire, c’est qu’elle demeure quand même militaire, quelle que soit la compétence des magistrats en cause. A un certain niveau de grade, les dossiers doivent absolument être envoyés, parce que c’est à Kinshasa que nous avons l’auditeur militaire, le général Likulia, qui est général de division, qui peut interroger certains officiers généraux, qui ne peuvent pas être interrogés par des colonels qui sont au niveau de la province de Kasaï.

Et à Kinshasa, est-ce que les dossiers continuent à avancer ou est-ce qu’ils bloquent ?

D’après ce qu’on nous a dit, le général Likulia lors de notre dernière rencontre, certains dossiers sont sur le point d’être jugés. En tout cas, il y a un dossier qui fait plus de 8 000 pages. Il demande l’assistance de la Monusco pour transporter cet énorme dossier par avion, justement à Kinshasa, dans des conditions de sécurité. Donc il y a un certain nombre d’obstacles matériels importants. Mais encore une fois, c’est possible d’avancer. C’est possible de régler ces obstacles. Il y a un énorme problème de moyens, mais cet énorme problème de moyens demande des résolutions politiques pour être résolu.

Justement, est-ce que vous voyez à ces retards et à ces difficultés logistiques des raisons politiques ?

Là, je ne veux pas spéculer. Je constate ce que je vois. C’est au pied de l’ouvrage que l’on va reconnaitre le maçon. Dans la mesure où nous avons été renouvelés, nous allons travailler avec la société civile, avec la justice militaire, avec le gouvernement congolais, pour que ces cas puissent avancer.

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