RDC: campagne pour inscrire la rumba congolaise au patrimoine de l’Unesco

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Une campagne officielle a été lancée à Kinshasa pour promouvoir l’inscription de la rumba congolaise, style majeur de la musique africaine, au patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’Unesco.

Avec nos correspondants à Kinshasa, Pascal Mulegwa et Kamanda Wa Kamanda

Issu de la rumba cubaine des années 1930, ce style musical possède une grande notoriété en République démocratique du Congo et au Congo-Brazzaville. Le dossier, déposé l’année dernière auprès de l’Unesco, est défendu de part et d’autre du fleuve Congo par les deux pays qui en tirent leur nom.

Dans sa forme actuelle, cette musique va totaliser un siècle, rappelle Manda Tchebwa, chroniqueur et écrivain qui a mené des recherches. Selon lui, « ça reste quand-même une création extraordinaire : c’est la création qui a réussi à fédérer le Congo, l’Afrique et le monde, à travers ce va-et-vient entre nous et la Caraïbe, principalement Cuba. En fait, n’eut été la promotion et la forme que Cuba lui a donnée, en fin de compte, nous serions peut-être restés dans la rumba traditionnelle de nos parents. »

« Notre rumba, c’est notre passion »

Cette musique a su résister à l’usure du temps. « Que vous suiviez par exemple les œuvres de Fally [Ipupa], que vous suiviez les œuvres de Ferre [Gola], que vous suiviez les œuvres de Fabregas, ce sont les plus jeunes, vous allez tout de suite constater qu’ils ne se départissent pas de la rumba ! », explique Jean-René Malwengo, enseignant à l’Institut national des arts.

Manda Tchebwa, lui, est convaincu que cet héritage sera inscrit sur la liste de l’Unesco pour une seule raison : « Un élément fédérateur, qui, participant de la culture, a démontré que l’homme est d’abord culturel, et nous, notre rumba à nous, c’est notre passion, la passion du Congolais, mais c’est aussi un élément identificatoire de la musique congolaise. »

► À lire aussi : La rumba congolaise, indémodable ?

Jean René Malwengo, de son côté, confesse avoir été séduit par le répertoire de l’African Jazz. La rumba, une passion, une identité du Congolais, qu’il souhaite donc faire reconnaître, et partager avec le reste de l’humanité.

« La rumba, c’est l’histoire de l’esclavage »

Catherine Katungu Furaha, ministre de la Culture et des arts de la république démocratique du Congo.
Catherine Katungu Furaha, ministre de la Culture et des arts de la république démocratique du Congo. © Pascal Mulegwa/RFI

Les autorités congolaises de Kinshasa ont pris l’affaire à bras le corps. Pour expliquer l’ambition, Catherine Katungu Furaha, ministre de la Culture et des Arts, revient sur la genèse de ce style. Cette musique a trouvé sa source de l’autre côté de l’Atlantique lors de la traite négrière entre le XVIe et le XVIIIe siècle.  

Catherine Katungu Furaha, ministre de la Culture et des arts

« La rumba, c’est l’histoire de l’esclavage qui est parti lors de la déportation amener les esclaves à traduire leurs souvenirs dans la danse à deux. Le geste avec leur nombril les a amenés à comprendre que les origines restent vivantes. Avec ces origines-là, ils ont perpétué le sens de la réjouissance, et avec l’évolution et avec l’histoire, les grands de la rumba dans notre pays, comme Grand Kalle et les autres, sont allés à Cuba vers les années 1950 et Grand Kalle est revenu avec ça au Congo. Comme vecteur de civilisation, la rumba doit être protégée, conservée. C’est notre patrimoine que tout le monde devra promouvoir. » 

« La rumba, c’est la science »

Pour faire reconnaître l’importance de la rumba congolaise à travers le monde, la ministre pense envahir tous les supports. 

« Nous avons lancé la campagne où nous voulons montrer au monde que la rumba, c’est la science, souligne-t-elle. C’est ainsi qu’un acte d’engagement de tous les acteurs a été signé, où les gens, qu’ils soient sénateurs, opérateurs politiques, culturels, danseurs, philosophes, amateurs de la rumba, puissent s’approprier cette histoire. Des actions, des calendriers sont en train d’être élaborés et définis aux besoins pour une vulgarisation. »

« Il y aura des campagnes de médiatisation dans les radios, à la télévision, poursuit-elle. Il y aura des affiches que nous allons essayer de mettre partout. Il y aura des spots publicitaires, des chansons que les gens vont encore vulgariser. Nous allons utiliser les réseaux sociaux, tous les canaux possibles pour que ce patrimoine mondial puisse jouer pour la cohésion et la solidarité. »

Une démarche également diplomatique, selon la ministre, qui affirme d’ores et déjà avoir le soutien de l’UNESCO. La rumba cubaine, quant à elle, a la reconnaissance mondiale depuis 2016.

Tabu Ley Rochereau – Kelya

► À lire aussi : Congo, rythmes et rumba

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